La petite commune d’Échauffour, en Normandie, perpétue la mémoire d’une figure de la Résistance locale, l’artiste peintre Marie-Thérèse Auffray, disparue en 1990. Selon Franceinfo – Culture, c’est la fille d’un aviateur américain qu’elle avait sauvé pendant la Seconde Guerre mondiale qui s’est déplacée depuis les États-Unis pour lui rendre hommage. Cette visite symbolique a mis en lumière le rôle discret mais déterminant joué par Auffray dans l’exfiltration de soldats alliés, à l’image de Arnold Pederson, dont l’appareil avait été abattu par la Luftwaffe en février 1944.

Ce qu’il faut retenir

  • En février 1944, un bombardier américain est abattu au-dessus de la Normandie, forçant l’éjection de dix membres d’équipage, dont Arnold Pederson.
  • Marie-Thérèse Auffray, artiste peintre résistante, a participé à son sauvetage et à son exfiltration vers l’Espagne puis l’Angleterre.
  • Arnold Pederson est resté en contact avec Auffray par correspondance après la guerre, exprimant sa gratitude éternelle.
  • La fille de Pederson, Mary Behrends-Pederson, a effectué un voyage depuis les États-Unis pour honorer sa mémoire au cimetière d’Échauffour.
  • Un cerisier a été planté dans la commune en symbole de cette amitié franco-américaine.
  • Marie-Thérèse Auffray est décédée en 1990, tandis qu’Arnold Pederson s’est éteint en 2022, laissant derrière lui une histoire de solidarité humaine.

Une opération de sauvetage menée dans l’urgence

Le 8 février 1944, le sort s’acharne sur l’équipage d’un bombardier B-17 américain alors qu’il survole la Normandie. L’appareil est touché par des chasseurs allemands et doit être abandonné en plein vol. Parmi les dix hommes qui parviennent à sauter en parachute, Arnold Pederson se retrouve isolé, loin de ses coéquipiers. C’est dans ce contexte que le réseau de résistants auquel appartenait Marie-Thérèse Auffray entre en action. Installée à Échauffour, dans l’Orne, l’artiste de 35 ans collabore avec d’autres membres du réseau pour organiser des planques et des filières d’évasion.

Les nuits sont longues et les risques immenses. La moindre erreur peut coûter la vie aux fugitifs et à ceux qui les abritent. C’est ainsi qu’une nuit, Auffray et sa cousine se rendent chez l’un des habitants de Gacé où Pederson est caché. Le lendemain à 4 heures du matin, l’aviateur est conduit discrètement à la gare de Sainte-Gauburge. Là, il prend le train pour Paris, accompagné par Auffray et sa cousine. « Une opération méticuleusement organisée, où chaque détail compte », souligne Janine Barbey, amie proche de la résistante.

Une reconnaissance éternelle à travers les lettres

Une fois parvenu en Angleterre, Arnold Pederson ne reste pas inactif. Il entame une correspondance suivie avec Marie-Thérèse Auffray, comme pour sceller une dette morale qu’il ne pourra jamais rembourser. Dans une lettre datée de l’après-guerre, il écrit : « Ma chère Marie, je ne t’oublierai jamais. En fait, je n’oublierai jamais aucun de mes chers amis en France. En effet, j’ai une profonde admiration pour le peuple de France. Il me sera impossible de rembourser chacun d’entre vous. » Ces mots, à la fois humbles et chargés de gratitude, résument l’impact de cette solidarité transatlantique.

Pour sa fille, Mary Behrends-Pederson, ces échanges épistolaires ont marqué toute une vie. « Ça, c’était l’histoire de mon père, toute sa vie, la reconnaissance pour les gens qui l’ont aidé », confie-t-elle lors de son voyage en Normandie. Aujourd’hui âgée de plusieurs décennies, elle tient à honorer la mémoire de ceux qui, comme Auffray, ont risqué leur vie pour sauver des soldats alliés. « Ça me fait plaisir de revenir de temps en temps, surtout avec les amis, les gens que je connais ici. Il y a de la reconnaissance », ajoute-t-elle, émue.

Un hommage posthume à l’artiste résistante

Le 14 avril 2026, Mary Behrends-Pederson se recueille sur la tombe de Marie-Thérèse Auffray, au cimetière d’Échauffour. La commune, qui compte moins de 800 habitants, n’a pas oublié l’engagement de cette femme discrète mais déterminée. En 1990, à l’âge de 81 ans, Auffray s’éteint, laissant derrière elle un héritage artistique et humain. Son rôle dans la Résistance, bien que moins connu que d’autres figures, reste un exemple de courage et de dévouement.

Pour marquer cette histoire, les habitants ont planté un cerisier en bordure de route, symbole de paix et d’amitié franco-américaine. Une manière de rappeler que, parfois, les libérateurs étaient aussi ceux qui sauvaient. « Il était reçu comme libérateur, mais c’est lui qui était sauvé. C’était vraiment important pour lui », rappelle Mary Behrends-Pederson, soulignant l’ironie d’un destin qui a inversé les rôles.

Et maintenant ?

Alors que les derniers témoins directs de la Seconde Guerre mondiale disparaissent, des initiatives locales continuent de perpétuer leur mémoire. À Échauffour, des visites guidées sur les traces de la Résistance pourraient être organisées pour les années à venir. Par ailleurs, le musée de la Résistance normande étudie la possibilité d’intégrer cette histoire dans ses collections permanentes, afin de la transmettre aux générations futures. Reste à voir si d’autres descendants de soldats alliés exfiltrés par des réseaux de résistance suivront l’exemple de Mary Behrends-Pederson.

Marie-Thérèse Auffray repose aujourd’hui sous une pierre tombale discrète, mais son action et celle de milliers d’autres résistants rappellent une vérité simple : la liberté ne se conquiert pas sans solidarité. À Échauffour, comme ailleurs en France, leur combat reste un exemple intemporel de fraternité.

Marie-Thérèse Auffray était une artiste peintre normande engagée dans un réseau de résistants basé à Échauffour, dans l’Orne. Son rôle consistait à cacher des aviateurs alliés abattus, comme Arnold Pederson, et à les exfiltrer vers des filières d’évasion passant par l’Espagne et l’Angleterre. Elle a notamment participé à l’organisation du transfert de Pederson depuis Gacé jusqu’à la gare de Sainte-Gauburge, d’où il a pu rejoindre Paris avant de rentrer aux États-Unis.

Après son retour aux États-Unis, Arnold Pederson a entamé une correspondance régulière avec Marie-Thérèse Auffray. Cette relation épistolaire, qui a duré des années, témoigne de la gratitude qu’il éprouvait envers elle et envers tous ceux qui l’avaient aidé. Dans ses lettres, il exprimait son admiration pour le peuple français et son incapacité à « rembourser » l’aide reçue, comme il l’écrivait en 1945.