Selon Futura Sciences, une hypothèse scientifique récente pourrait bien bouleverser la compréhension de la maladie d’Alzheimer. Publiée le 9 août 2026, une étude met en lumière le rôle potentiel d’une bactérie présente dans notre cavité buccale, Porphyromonas gingivalis, dans le développement de cette maladie neurodégénérative. Cette piste, explorée depuis plusieurs années, suggère que cette bactérie, responsable des maladies parodontales, pourrait franchir la barrière hémato-encéphalique et coloniser le cerveau, déclenchant ainsi des mécanismes associés à Alzheimer.
Ce qu'il faut retenir
- Porphyromonas gingivalis, une bactérie buccale, a été identifiée dans le cerveau de patients décédés d’Alzheimer, selon une étude publiée en 2019 dans Science Advances.
- Cette bactérie produit des enzymes toxiques appelées « gingipaïnes », corrélées à deux marqueurs de la maladie : la protéine tau et l’ubiquitine.
- Des expériences sur des souris ont montré qu’une infection buccale par P. gingivalis entraînait une colonisation cérébrale, une augmentation des protéines bêta-amyloïdes et une neuroinflammation.
- Un composé expérimental, le COR388, développé par la start-up Cortexyme, a réduit la charge bactérienne cérébrale et les marqueurs d’Alzheimer chez les rongeurs.
- Les chercheurs estiment que l’infection cérébrale par cette bactérie pourrait précéder de plusieurs années l’apparition des symptômes cognitifs.
Une piste infectieuse qui gagne du terrain
Longtemps considérée comme une simple dégénérescence cérébrale, la maladie d’Alzheimer pourrait en réalité trouver une partie de son origine dans une infection. Cette hypothèse, bien que controversée il y a encore quelques années, est désormais étayée par des travaux scientifiques de plus en plus robustes. Selon Futura Sciences, des chercheurs de l’Université de Louisville, dirigés par le microbiologiste Jan Potempa, ont découvert la présence de Porphyromonas gingivalis dans le cerveau de personnes décédées d’Alzheimer. Cette bactérie, responsable des maladies parodontales chroniques, est capable de traverser la barrière hémato-encéphalique et de s’installer dans le tissu cérébral.
L’étude, publiée en 2019 dans la revue Science Advances, marque un tournant dans la recherche sur Alzheimer. Elle suggère que cette bactérie pourrait jouer un rôle clé dans le déclenchement de la maladie, bien avant l’apparition des premiers symptômes cognitifs. Autant dire que cette découverte ouvre des perspectives inédites pour la prévention et le traitement de cette pathologie, qui touche près de 1,5 million de personnes en France.
Des enzymes toxiques et des marqueurs d’Alzheimer
Au-delà de la présence de la bactérie elle-même, les chercheurs ont identifié des enzymes toxiques produites par P. gingivalis, baptisées « gingipaïnes ». Ces dernières se lient à deux protéines caractéristiques de la maladie d’Alzheimer : la protéine tau, impliquée dans la dégénérescence des neurones, et l’ubiquitine, un marqueur cellulaire. Une observation particulièrement troublante a été faite dans le cerveau de personnes n’ayant jamais été diagnostiquées pour Alzheimer : la présence de ces enzymes y était également détectée. « Cela suggère que ces individus auraient pu développer la maladie s’ils avaient vécu plus longtemps », a expliqué Jan Potempa à Futura Sciences.
Cette découverte répond à une question récurrente dans le débat scientifique : la maladie parodontale cause-t-elle Alzheimer, ou est-ce la démence qui entraîne une mauvaise hygiène bucco-dentaire ? Les chercheurs sont formels : l’infection cérébrale par P. gingivalis n’est pas une conséquence de la démence, mais un événement précoce. « L’infection cérébrale par cette bactérie survient bien avant le déclin cognitif, souvent chez des individus d’âge moyen », précise Jan Potempa. Une affirmation qui renforce l’idée d’un lien de causalité entre cette bactérie et la maladie.
Des résultats prometteurs sur des modèles animaux
Pour valider leur hypothèse, les chercheurs ont mené des expériences sur des souris. Après une infection buccale par P. gingivalis, les rongeurs ont développé une colonisation bactérienne de leur cerveau, accompagnée d’une augmentation significative des protéines bêta-amyloïdes — ces agrégats protéiques qui s’accumulent dans le cerveau des patients Alzheimer. Ces résultats, publiés dans des revues scientifiques reconnues, constituent l’un des indices les plus solides à ce jour d’un lien entre cette bactérie et la maladie neurodégénérative.
Parallèlement, une équipe dirigée par Stephen Dominy, cofondateur de la start-up pharmaceutique Cortexyme, a testé un composé expérimental appelé COR388. Ce traitement, administré à des souris déjà infectées par P. gingivalis, a permis de réduire la charge bactérienne dans leur cerveau, tout en diminuant la production de bêta-amyloïdes et la neuroinflammation. « Ces résultats préliminaires sont encourageants, mais ils ne suffisent pas à prouver une causalité directe », tempère Stephen Dominy. Cependant, ils ouvrent la voie à de nouvelles stratégies thérapeutiques.
Une nouvelle approche pour la prévention et le traitement
L’hypothèse d’un lien entre Porphyromonas gingivalis et la maladie d’Alzheimer pourrait transformer les stratégies de prévention et de traitement de cette pathologie. Actuellement, aucun traitement significatif n’a émergé pour stopper ou ralentir la progression d’Alzheimer depuis plus de quinze ans. Face à ce constat, la communauté scientifique accueille ces résultats avec un optimisme prudent. David Reynolds, directeur scientifique d’Alzheimer’s Research UK, a souligné l’importance d’explorer toutes les pistes, y compris les moins conventionnelles : « Dans un contexte où les options thérapeutiques sont limitées, chaque hypothèse mérite d’être examinée avec sérieux. »
Cette découverte rappelle également l’importance de l’hygiène bucco-dentaire, non seulement pour la santé des gencives, mais aussi pour la protection du cerveau. Selon des experts réunis lors de la conférence annuelle de l’American Association for the Advancement of Science (AAAS), une bonne hygiène bucco-dentaire serait associée à une réduction du risque de nombreuses maladies systémiques, dont Alzheimer, l’arthrite et les maladies cardiaques. Une raison de plus pour accorder une attention particulière à nos dents et à nos gencives.
Cette avancée scientifique rappelle que les réponses aux grandes questions de santé publique se trouvent parfois là où on ne les attend pas. En l’occurrence, dans notre bouche.
Porphyromonas gingivalis est une bactérie responsable des maladies parodontales chroniques, comme la gingivite ou la parodontite. Selon les recherches publiées par Futura Sciences, cette bactérie serait capable de franchir la barrière hémato-encéphalique et de coloniser le cerveau, où elle produirait des enzymes toxiques (gingipaïnes) corrélées à des marqueurs de la maladie d’Alzheimer, tels que les protéines bêta-amyloïdes et tau.
Non, le COR388, développé par la start-up Cortexyme, est encore en phase d’essais cliniques. Les premiers résultats sur des modèles animaux sont prometteurs, mais des tests sur l’homme sont nécessaires pour évaluer son efficacité et sa sécurité. Les essais en cours pourraient aboutir à une autorisation de mise sur le marché d’ici 2027, si les résultats sont concluants.