Une équipe de chercheurs chinois vient de révéler l’existence d’une nouvelle espèce de vipère arboricole dans les forêts humides de l’ouest du Sichuan. Selon Futura Sciences, cette découverte, officiellement publiée en début d’année 2025 dans la revue Zoosystematics and Evolution, porte à 58 le nombre d’espèces répertoriées au sein du genre Trimeresurus, dont seulement deux appartiennent au sous-genre identifié dans cette province chinoise.

Ce qu'il faut retenir

  • Une nouvelle espèce de vipère, Trimeresurus lii, a été identifiée dans les forêts du Sichuan occidental.
  • Longtemps confondue avec Trimeresurus stejnegeri, cette vipère diffère par son ADN et ses caractéristiques physiques, comme des écailles céphaliques lisses et un dimorphisme sexuel marqué.
  • Les mâles présentent une triple bande rouge et blanche sur les flancs, tandis que les femelles arborent une bande jaune simple.
  • Cette espèce venimeuse, mesurant jusqu’à 80 centimètres, fréquente des zones habitées, posant un défi pour la santé publique locale.
  • Le nom de l’espèce rend hommage à Laozi, philosophe chinois fondateur du taoïsme, en écho aux valeurs de conservation du Parc national du panda géant.

Une erreur taxonomique de plusieurs décennies

Pendant des années, cette vipère verte aux yeux d’ambre a été classée parmi les espèces voisines, notamment Trimeresurus stejnegeri, la vipère bambou, en raison de leur livrée similaire. Les populations locales et même certains scientifiques ignoraient qu’il s’agissait en réalité d’une espèce distincte. Ce n’est qu’avec l’analyse génétique moderne et une étude morphologique approfondie que les chercheurs ont pu établir la différence. « L’identification précise de cette espèce n’aurait pas été possible sans les outils moléculaires actuels », a expliqué Bo Cai, chercheur à l’Institut de biologie de Chengdu et responsable de l’équipe.

Les résultats, publiés dans Zoosystematics and Evolution, révèlent que Trimeresurus lii forme une lignée génétique totalement distincte. Plusieurs traits physiques confirment cette séparation : des écailles céphaliques parfaitement lisses, absentes chez les espèces proches, et un dimorphisme sexuel marqué. Les mâles, par exemple, arborent une triple bande rouge et blanche sur les flancs, tandis que les femelles présentent une bande jaune simple. Leurs yeux diffèrent également : ambrés pour les mâles, jaune-orangé pour les femelles.

Un serpent nommé en hommage au philosophe Laozi

Le choix du nom de cette nouvelle espèce n’est pas anodin. L’équipe de recherche a choisi de l’appeler Trimeresurus lii en hommage à Li Er, plus connu sous le nom de Laozi, philosophe chinois fondateur du taoïsme au VIᵉ siècle avant notre ère. « Ce choix reflète notre volonté de souligner l’importance de la coexistence harmonieuse entre l’Homme et la nature, une valeur centrale du Parc national du panda géant, où cette espèce a été découverte », a précisé Bo Cai. Le parc, situé dans une zone pluvieuse de Chine occidentale, est reconnu comme un hotspot mondial de biodiversité.

La vipère Huaxi, comme elle est surnommée, peuple les forêts humides du mont Emei et de la montagne enneigée de Xiling. Ces écosystèmes, bien que protégés, restent largement sous-étudiés malgré leur richesse écologique exceptionnelle. Cette découverte rappelle que même dans des zones bien surveillées, la biodiversité réserve encore des surprises majeures.

Une espèce venimeuse dans des zones habitées

Comme beaucoup de vipères arboricoles du genre Trimeresurus, Trimeresurus lii est venimeuse. Bien que sa taille n’excède pas 80 centimètres, elle fréquente des zones habitées par des communautés montagnardes, ce qui pose un risque sanitaire réel pour les résidents et les randonneurs. « Il ne s’agit pas de paniquer, mais de prendre cette donnée au sérieux dans les stratégies de santé publique locales », a souligné un porte-parole du Parc national du panda géant. Aucune morsure n’a encore été signalée, mais les autorités locales surveillent désormais la situation de près.

Cette découverte illustre un enjeu plus large : l’importance des inventaires de terrain dans les hotspots de biodiversité. Ces zones, bien que protégées, nécessitent une attention constante pour mieux protéger les écosystèmes et anticiper les risques pour les populations locales. « Même un serpent de 80 centimètres peut passer inaperçu pendant des décennies, ce qui montre l’ampleur de ce qui reste à découvrir », a rappelé Bo Cai.

« La coexistence harmonieuse entre l’Homme et la nature est une valeur centrale du Parc national du panda géant. »
Bo Cai, chercheur à l’Institut de biologie de Chengdu

Une biodiversité encore largement méconnue

Le Parc national du panda géant, où évolue Trimeresurus lii, est l’un des écosystèmes les plus riches au monde. Pourtant, malgré son statut de protection, de nombreuses espèces restent à découvrir. Cette nouvelle vipère en est la preuve. Les chercheurs insistent sur la nécessité de poursuivre les études dans ces hotspots, où la biodiversité est à la fois exceptionnelle et fragile.

Les forêts humides du Sichuan occidental, souvent enveloppées de brume, abritent une faune et une flore uniques. La vipère Huaxi, avec ses caractéristiques distinctives, en est un exemple frappant. « Ces milieux restent largement sous-étudiés, alors qu’ils pourraient contenir des trésors de biodiversité encore inconnus », a noté un expert en conservation.

Et maintenant ?

Les autorités du Parc national du panda géant ont annoncé qu’elles intégreraient désormais Trimeresurus lii dans leurs programmes de surveillance sanitaire. Une campagne de sensibilisation auprès des communautés locales est prévue pour limiter les risques de morsures. Par ailleurs, des études complémentaires sont en cours pour mieux comprendre l’écologie de cette nouvelle espèce et son rôle dans l’écosystème. Les résultats devraient être publiés d’ici la fin de l’année 2026.

Cette découverte soulève également des questions sur l’état des connaissances scientifiques dans les hotspots de biodiversité. Avec près de cinq millions de morsures de serpent et 150 000 décès annuels dans le monde, principalement dans les pays tropicaux, chaque nouvelle espèce identifiée peut avoir un impact sur la santé publique. Les sérums antivenimeux restent le seul traitement efficace, mais leur disponibilité dépend de la connaissance précise des espèces présentes dans une région.

Pour les chercheurs, cette découverte est un rappel : la science doit continuer à explorer, même dans les zones déjà étudiées. « Chaque nouvelle espèce découverte est une pièce du puzzle qui nous aide à mieux protéger notre planète », a conclu Bo Cai. L’aventure ne fait que commencer.

Longtemps confondue avec Trimeresurus stejnegeri en raison de sa livrée verte similaire, cette espèce n’a pu être distinguée que grâce à des analyses génétiques modernes et une étude morphologique approfondie. Son camouflage efficace dans les forêts humides du Sichuan a également joué un rôle.