Avec plus de sept ans à la tête de la Commission européenne, Ursula von der Leyen incarne l’une des figures politiques les plus influentes de l’Union européenne. Pourtant, comme le rapporte Franceinfo - Politique, son parcours et son enfance, marquée par l’histoire européenne, restent méconnus du grand public. Retour sur les origines d’une personnalité dont les décisions façonnent le quotidien de 450 millions d’Européens.
Ce qu'il faut retenir
- Ursula von der Leyen est née le 8 octobre 1958 à Bruxelles, dix mois seulement après la création officielle de la Communauté économique européenne (CEE).
- Son père, Ernst Albrecht, était un haut fonctionnaire européen et l’un des artisans du traité de Rome, fondement de l’UE actuelle.
- Elle a grandi dans une famille politique marquée par la Fraction armée rouge, ce qui l’a contrainte à un exil temporaire à Londres sous une fausse identité.
- Après des études à la London School of Economics, elle s’est immergée dans la culture punk avant de se tourner vers une carrière politique en Allemagne.
- Elle est présidente de la Commission européenne depuis 2019 et a été réélue pour un second mandat en 2024.
Une enfance européenne entre Bruxelles et l’Allemagne
Ursula Gertrud Albrecht naît le 8 octobre 1958 à Bruxelles, dans une Europe en pleine construction. Son père, Ernst Albrecht, n’est pas un simple fonctionnaire : il fait partie des architectes du traité de Rome, signé en 1957, qui a posé les bases de l’intégration européenne. « Je suis européenne de tout mon cœur », déclarait plus tard Ursula von der Leyen, soulignant l’influence précoce de son environnement familial sur son engagement futur.
Pendant ses treize premières années, la petite Ursula – surnommée « Röschen » (la petite Rose) – grandit au cœur de l’institution européenne. Son enfance se déroule dans une famille polyglotte, où l’allemand est parlé à la maison et où le français et l’anglais s’apprennent à l’école. Elle évoque, dans une interview à Politico, ses souvenirs d’enfance au musée africain de Bruxelles, où « les animaux empaillés sont les mêmes qu’il y a presque 50 ans ». Une anecdote qui illustre la stabilité de son cadre de vie, bien que son père quitte la fonction publique en 1971 pour se lancer en politique en Allemagne.
Une famille politique sous les projecteurs
Ernst Albrecht s’engage dans les rangs de la CDU, le parti conservateur allemand, et devient rapidement ministre-président de Basse-Saxe. Son ascension politique propulse sa famille sous les feux des médias. À l’image des dynasties politiques comme les Kennedy ou les Giscard, les Albrecht apparaissent en couverture des magazines et dans les émissions de télévision populaires. Ursula von der Leyen, alors adolescente, fait sa première apparition médiatique en chantant un canon avec sa mère et ses frères. Un disque est même commercialisé, où la famille interprète un chant populaire célébrant la beauté du monde de Dieu. La pochette du 45 tours la montre en pantalon pattes d’éléphant, vêtue d’un style très années 1970.
Mais ce bonheur médiatique est rapidement terni par la montée du terrorisme en Allemagne. La Fraction armée rouge, groupe d’extrême gauche, multiplie attentats, enlèvements et assassinats contre l’élite du pays. Ernst Albrecht, inquiet pour la sécurité de sa fille, l’envoie s’exiler à l’étranger sous une fausse identité : « Rose Ladson », inspirée de son surnom « Röschen » et du nom d’une grand-mère américaine. Officiellement, Ursula von der Leyen poursuit ses études à la London School of Economics (LSE), où elle reviendra en 2020 pour y donner une conférence.
Londres, punk et la construction d’un destin
Cette parenthèse londonienne, bien que brève, marque un tournant dans sa vie. Comme elle le confiera plus tard, « j’ai appris beaucoup à l’école et hors de l’école. Ceux qui m’ont côtoyée à l’époque vous diront sans doute que je passais plus de temps dans les bars de Soho et chez les disquaires de Camden qu’à la bibliothèque ». Elle ne cache pas son goût pour la culture punk de l’époque, un engagement passager qui contraste avec son image actuelle de femme politique rigoureuse. « Pour m’éviter de rougir, je vous épargne les détails », ajoute-t-elle avec une pointe d’humour, lors de sa conférence à la LSE.
Cette année à l’étranger lui permet de prendre ses distances avec l’univers politique familial et de se forger une personnalité propre. Elle ne deviendra pas anarchiste, comme le chantaient les Sex Pistols, mais cette expérience forge chez elle une maturité qui la mènera vers la politique. À son retour en Allemagne, elle s’inscrit en médecine, une voie qui contraste avec son parcours ultérieur. Pourtant, le virus de la politique, transmis par son père, finira par s’imposer.
D’une carrière médicale à la tête de l’Europe
Ursula von der Leyen se destine initialement à une carrière de médecin. Elle étudie la médecine à Hanovre et se spécialise en santé publique. Dans les années 1990, elle travaille comme médecin assistant avant de s’engager progressivement en politique, suivant les traces de son père. Son entrée en politique se fait au sein de la CDU, où elle occupe divers postes avant d’être élue députée au Bundestag en 1990. En 2005, elle intègre le gouvernement fédéral allemand, d’abord comme ministre de la Famille, puis comme ministre du Travail et des Affaires sociales.
Son parcours allemand la propulse sur la scène européenne. En 2019, elle est désignée pour prendre la tête de la Commission européenne, devenant la première femme à occuper ce poste. Son mandat est marqué par des crises majeures, comme la pandémie de Covid-19 ou la guerre en Ukraine, mais aussi par des réformes économiques et environnementales ambitieuses. En 2024, elle est réélue pour un second mandat, confirmant son statut de figure incontournable de l’UE.
Ursula von der Leyen reste une personnalité dont le parcours reflète les mutations de l’Europe depuis les années 1960. De Bruxelles à Bruxelles, en passant par Londres et Berlin, son histoire illustre les défis et les opportunités d’une carrière au service d’une construction européenne en perpétuelle évolution.
Le mandat de la présidente de la Commission européenne dure cinq ans. Ursula von der Leyen a été élue pour un premier mandat en 2019 et réélue pour un second en 2024, ce qui porte son mandat actuel jusqu’en 2029.
Dans les années 1970, la Fraction armée rouge menaçait les élites allemandes, y compris la famille d’Ernst Albrecht. Pour protéger sa fille Ursula, alors âgée d’une vingtaine d’années, Ernst Albrecht l’a envoyée s’exiler à Londres sous le pseudonyme de « Rose Ladson ». Cette mesure visait à éviter un éventuel enlèvement ou une tentative d’intimidation.