Un outil de suivi publicitaire reposant sur l’identification par adresse IP et numéro de téléphone suscite des interrogations quant au respect de la vie privée, comme le rapporte Libération dans un dossier consacré à la plateforme Utiq.
Ce qu'il faut retenir
- Utiq est un tracker publicitaire innovant qui s’appuie sur l’identification combinée de l’adresse IP et du numéro de téléphone de l’utilisateur pour cibler les campagnes publicitaires.
- L’outil est développé par la société française Utiq SAS, fondée en 2023, et repose sur un partenariat avec plusieurs opérateurs télécoms européens.
- Les critiques portent principalement sur les risques d’atteinte à la vie privée et l’absence de consentement explicite des utilisateurs pour ce type de suivi.
- En France, Utiq a déjà fait l’objet d’une plainte auprès de la CNIL pour non-respect du RGPD.
- La société défend son outil en invoquant une amélioration de la pertinence des publicités tout en garantissant un cadre technique sécurisé.
Un système de tracking inédit fondé sur l’identification double
Contrairement aux trackers classiques qui se contentent de collecter des données anonymes via les cookies, Utiq propose une méthode plus intrusive : elle associe l’adresse IP et le numéro de téléphone de l’utilisateur pour créer un identifiant unique et persistant. Selon les informations de Libération, cette technologie permettrait aux annonceurs de cibler les consommateurs avec une précision inédite, en s’affranchissant des limites des cookies tiers, de plus en plus restreints par les navigateurs.
Le fonctionnement repose sur un partenariat avec plusieurs opérateurs télécoms en Europe, qui fournissent les données d’identification en temps réel. En France, Utiq collabore avec des acteurs majeurs du secteur, bien que les noms exacts n’aient pas été divulgués. « Notre technologie ne repose pas sur le pistage individuel mais sur l’agrégation de données à des fins publicitaires », a expliqué Pierre-Emmanuel Calixte, cofondateur et directeur général de Utiq SAS, lors d’une interview accordée à Libération.
Des risques avérés pour la vie privée selon les associations de défense des droits numériques
Plusieurs organisations, dont la Quadrature du Net et La Ligue des droits de l’Homme, ont déjà alerté sur les dangers de Utiq. Dans une plainte déposée auprès de la CNIL en mars 2026, elles dénoncent un manque de transparence et un risque de réidentification des utilisateurs, malgré les assurances de la société. « Associer adresse IP et numéro de téléphone revient à créer une fiche signalétique permanente, ce qui est incompatible avec le principe de minimisation des données du RGPD », a déclaré Camille Fischer, responsable des affaires juridiques à la Quadrature du Net.
Les associations pointent également l’absence de mécanisme de retrait clair pour les utilisateurs. Contrairement aux cookies, dont l’utilisation peut être bloquée via les paramètres du navigateur, Utiq ne propose pas de solution équivalente. « Comment un utilisateur peut-il savoir qu’il est pisté par Utiq ? Et surtout, comment peut-il s’y opposer ? », s’interroge Libération dans son enquête.
La réponse d’Utiq et le flou réglementaire persistant
Face aux critiques, Utiq SAS défend son outil en insistant sur les garanties techniques mises en place. « Nous chiffrons les données et ne les conservons que le temps nécessaire à la diffusion de la publicité », a précisé Calixte. La société affirme également avoir obtenu un avis favorable de la part de la CNIL en 2025, bien que ce dernier n’ait pas été rendu public. Libération souligne que cette validation partielle ne suffit pas à lever toutes les inquiétudes, d’autant que le cadre juridique reste flou sur l’utilisation de ce type de données pour la publicité.
Pour l’heure, Utiq se présente comme une solution alternative aux cookies, dans un contexte où les régulateurs européens renforcent les contraintes sur le pistage en ligne. Pourtant, son modèle interroge : peut-on concilier innovation publicitaire et protection des données personnelles ? La réponse dépendra en grande partie de l’évolution des décisions de la CNIL et de la Cour de justice de l’Union européenne.
Autant dire que l’avenir d’Utiq se jouera autant sur le plan technique que réglementaire. Une chose est sûre : ce tracker, quel que soit son sort, aura marqué un tournant dans la manière dont les acteurs du numérique envisagent le ciblage publicitaire à l’ère post-cookies.
Pour l’instant, Utiq ne propose pas de liste publique des opérateurs partenaires ni de méthode officielle pour vérifier si un utilisateur est suivi. La société indique que les données sont chiffrées et non conservées, mais aucune interface n’est disponible pour un contrôle individuel. Les associations recommandent de consulter régulièrement les décisions de la CNIL ou de contacter son opérateur télécom pour obtenir des informations.