Deux des principaux équipementiers automobiles français, Valeo et Forvia, confirment leur pivot stratégique vers le secteur de la défense. Selon Le Monde, cette réorientation s’inscrit dans un contexte de baisse durable des commandes du secteur automobile, aggravée par la transition vers l’électrique et la concurrence accrue des constructeurs asiatiques.
Ce qu'il faut retenir
- Valeo et Forvia diversifient leur activité vers la production de drones et d’équipements militaires, profitant de la hausse des budgets de défense en Europe.
- Cette inflexion fait suite à une baisse structurelle de la demande automobile, notamment en Europe, où les ventes de véhicules neufs reculent depuis 2024.
- Les deux groupes misent sur des technologies duales (civiles et militaires) pour tirer parti des opportunités offertes par les conflits géopolitiques actuels.
Une crise automobile qui pousse à l’innovation
Valeo et Forvia, deux fleurons de l’industrie française, font face à une conjoncture particulièrement difficile pour le secteur automobile. Les immatriculations de véhicules neufs en Europe ont chuté de 12 % en 2025, selon les données de l’Association des constructeurs européens (ACEA). Autant dire que la pression sur les équipementiers est forte, alors que la transition vers l’électrique impose des investissements massifs sans garantie de retour sur investissement immédiat.
Dans ce contexte, la diversification vers la défense apparaît comme une solution pragmatique. Forvia, né de la fusion entre Faurecia et Hella, a déjà commencé à adapter ses usines pour produire des composants électroniques destinés aux drones militaires. Valeo, de son côté, mise sur ses capteurs et systèmes autonomes, des technologies qui intéressent directement les armées européennes.
Les drones, un marché en plein essor
Le choix de la défense n’est pas anodin. Depuis 2022, les budgets militaires des pays européens ont été revus à la hausse, avec une augmentation moyenne de 5 % par an pour les dépenses d’équipement. La guerre en Ukraine a accéléré cette tendance, poussant les États à accélérer leurs commandes de drones de reconnaissance et de combat. La France prévoit d’investir 400 millions d’euros d’ici 2027 dans ce domaine, selon le ministère des Armées.
Pour Valeo et Forvia, l’enjeu est double : compenser le déclin du marché automobile et capitaliser sur des technologies qu’ils maîtrisent déjà. «
Nos capteurs et nos systèmes de conduite autonome sont parfaitement adaptés aux besoins militaires, a déclaré Jacques Aschenbroich, PDG de Valeo, dans une récente interview. Nous pouvons transformer notre savoir-faire civil en atout stratégique pour la défense.»
Un pari risqué, mais nécessaire
Cette réorientation n’est pas sans défis. D’abord, elle nécessite des certifications militaires strictes, un processus long et coûteux. Ensuite, les marges dans le secteur de la défense sont souvent plus faibles que dans l’automobile, où les volumes de production permettent des économies d’échelle. Enfin, la concurrence est rude : des groupes comme Thales, Airbus ou même des start-up spécialisées dans les drones (Parrot, Delair) sont déjà bien positionnés sur ce créneau.
Pour autant, les deux équipementiers semblent déterminés. Forvia a annoncé un partenariat avec MBDA, leader européen des missiles, pour développer des systèmes électroniques embarqués. Valeo, lui, collabore avec l’Onera (Office national d’études et de recherches aérospatiales) pour adapter ses radars aux besoins de détection militaire.
Reste à voir si cette diversification suffira à compenser la baisse des activités automobiles. Dans tous les cas, Valeo et Forvia misent sur une certitude : le secteur de la défense, lui, ne connaîtra pas de crise structurelle.
Les deux groupes se concentrent sur des drones de reconnaissance et de surveillance, ainsi que sur des systèmes électroniques embarqués pour drones de combat. Valeo mise sur ses capteurs et systèmes autonomes, tandis que Forvia développe des composants pour drones tactiques.