Alors que Venise s’apprête à élire son prochain maire les 24 et 25 mai 2026, l’écrivain italien Antonio Scurati a choisi de tirer la sonnette d’alarme sur le devenir de la ville, dans une tribune publiée par Le Monde. L’auteur, connu pour ses travaux sur l’histoire italienne et ses réflexions sur les défis contemporains, y souligne les menaces qui pèsent sur la Cité des Doges : entre montée inexorable des eaux et afflux massif de touristes, l’équilibre de Venise semble de plus en plus précaire.

Ce qu'il faut retenir

  • Antonio Scurati a publié une tribune dans Le Monde pour alerter sur les dangers qui menacent Venise, notamment la montée des eaux et le surtourisme.
  • Les élections municipales vénitiennes auront lieu les 24 et 25 mai 2026, un scrutin crucial pour l’avenir de la ville.
  • L’écrivain appelle le futur maire à instaurer une limite stricte au nombre de visiteurs afin de préserver la cité.
  • Venise est depuis longtemps en proie à des inondations récurrentes, aggravées par les effets du changement climatique.
  • Le surtourisme exacerbe les tensions sur les infrastructures locales et la qualité de vie des habitants.

Une ville assiégée par deux marées

Dans sa tribune, Antonio Scurati évoque une ville « assiégée » par deux formes de marées : celle, naturelle, de la lagune, et celle, humaine, des visiteurs. Selon lui, ces deux phénomènes conjugués mettent en péril la survie même de Venise. « La Cité des Doges est depuis toujours confrontée à la montée des eaux, un défi historique qui s’aggrave avec le réchauffement climatique », explique-t-il. Les données scientifiques confirment cette tendance : depuis plusieurs décennies, le niveau de l’Adriatique augmente, exposant davantage la ville aux inondations. Les épisodes de « *acqua alta* », ces crues exceptionnelles, sont devenus plus fréquents et plus intenses, rendant certains quartiers inhabitables pendant plusieurs jours.

Mais au-delà de la menace environnementale, Scurati pointe du doigt le rôle du surtourisme. Venise, classée au patrimoine mondial de l’UNESCO, attire chaque année des millions de visiteurs, au point de saturer ses infrastructures et de transformer son tissu social. « Bref, la ville est devenue un musée à ciel ouvert, où les habitants peinent à trouver leur place », souligne l’écrivain. En 2025, Venise a accueilli plus de 20 millions de touristes, un chiffre qui pose question alors que la ville ne compte que 50 000 résidents permanents. Les conséquences sont visibles : hausse des prix de l’immobilier, pénurie de logements abordables, et dégradation du patrimoine culturel en raison de la surfréquentation.

Un appel à l’action pour les municipales

À quelques jours du scrutin, Antonio Scurati en appelle aux candidats à la mairie. Dans sa tribune, il exige que le futur édile fixe une limite « claire et contraignante » au nombre de visiteurs autorisés à entrer dans la ville. « Un maire digne de ce nom doit avoir le courage de dire : ‘Assez, la survie de Venise passe avant le profit’ », écrit-il. Cette proposition s’inscrit dans un débat plus large sur la gestion du tourisme en Italie, où plusieurs villes, comme Rome ou Florence, réfléchissent à des mesures similaires pour préserver leur authenticité.

Les défis à relever sont immenses. Venise a déjà tenté des solutions, comme la mise en place d’un système de réservation payante pour les visiteurs à la journée, ou encore la promotion du tourisme hors saison. Pourtant, ces initiatives restent insuffisantes face à l’ampleur du problème. Selon un rapport de la municipalité publié en 2025, sans régulation forte, la ville pourrait perdre jusqu’à 10 % de sa population d’ici 2030, un scénario qui signerait l’échec de sa revitalisation. Pour Scurati, l’heure n’est plus aux demi-mesures : « Venise ne peut pas être à la fois un parc d’attractions pour le monde et une ville où vivent ses habitants. »

Et maintenant ?

Les élections des 24 et 25 mai pourraient marquer un tournant pour Venise. Plusieurs listes municipales ont déjà intégré la question du tourisme dans leurs programmes, avec des propositions allant de la taxation des hébergements touristiques à la limitation stricte des entrées. Reste à voir si ces engagements se traduiront par des actes concrets une fois l’élection passée. Une chose est sûre : sans action rapide, la Cité des Doges pourrait voir son destin basculer d’ici quelques années.

D’ici là, la pression sur les épaules du futur maire s’annonce intense. Entre impératifs économiques, enjeux environnementaux et attentes des habitants, la tâche sera ardue. Comme le rappelle Antonio Scurati, « Venise n’est pas un décor de cinéma, c’est une ville avec une âme. Et cette âme est en train de s’éteindre ».

Depuis 2024, Venise applique un système de réservation payante (5 euros) pour les visiteurs à la journée, destiné à décourager les excursions express. La ville a également instauré une interdiction des grands paquebots dans la lagune, une mesure controversée mais qui vise à réduire l’impact environnemental. Enfin, des campagnes de promotion du tourisme hors saison (automne, hiver) sont organisées pour répartir les flux.