La start-up française Verkor, spécialisée dans la production de batteries pour véhicules électriques, se retrouve dans une situation critique après la perte d'un contrat majeur avec Renault. Selon Numerama, cette dépendance excessive envers le constructeur automobile, couplée à des retards de production et des coûts de production supérieurs de 30 à 40 % à ceux de la concurrence asiatique, met en péril sa viabilité économique. Un constat qui rappelle les difficultés rencontrées par d'autres acteurs européens du secteur, comme Northvolt.

Ce qu'il faut retenir

  • Verkor a perdu le contrat pour équiper le nouveau Renault Master électrique, réduisant ses perspectives de commandes à 3 GWh au lieu des 12 GWh initialement prévus.
  • Les batteries Verkor coûtent 30 à 40 % plus cher que celles de la concurrence asiatique (coréenne ou chinoise), selon le directeur des achats de Renault.
  • L'usine de Dunkerque accuse un retard de 18 mois sur sa production en série, menaçant la trésorerie de Verkor.
  • Le gouvernement français, actionnaire de Renault et principal soutien financier de Verkor, pourrait être sollicité pour une intervention d'urgence.

Une stratégie risquée : « un produit, une usine, un client »

Depuis sa création, Verkor a misé sur une stratégie centrée sur un seul client, Renault, et un seul site de production, son usine de Dunkerque. Une approche qui, selon Numerama, se retourne aujourd'hui contre elle. Le constructeur français, confronté à un plan stratégique de réduction des coûts — le plan FutuREady dévoilé en mars 2026 — a revu ses priorités à la baisse. Les batteries Verkor, bien que performantes, ne correspondent plus aux exigences économiques de Renault, qui doit rester compétitif face à la concurrence internationale.

« Nommer Verkor sur un nouveau véhicule avec l’écart de compétitivité poserait un problème non seulement à Renault Group, mais à tous ceux qui nous ont fait confiance. La voiture deviendrait trop chère et ne se vendrait pas », a déclaré le directeur des achats de Renault au média Marianne, cité par Numerama. Un constat qui illustre l'impasse dans laquelle se trouve Verkor, dont les coûts de production rendent les véhicules équipés de ses batteries inaccessibles pour une large partie du marché.

Des retards qui aggravent la crise

Le problème ne se limite pas aux coûts. L'usine de Dunkerque, présentée comme un fleuron de la filière française des batteries, accuse un retard de 18 mois sur sa production en série. Une situation qui rappelle les difficultés rencontrées par ACC, autre acteur européen du secteur, dont les livraisons de batteries se font au compte-gouttes pour Stellantis. « Les modèles électriques de Renault ne peuvent pas se permettre d’attendre », souligne Numerama. Verkor, privée de revenus en l'absence de livraisons, voit sa trésorerie fondre à vue d'œil, tandis que ses engagements financiers envers ses partenaires et investisseurs restent intacts.

Cette situation place le gouvernement français dans une position délicate. Actionnaire de Renault et premier soutien financier de Verkor via des subventions publiques, l'État pourrait être appelé à la rescousse. Pourtant, la question de l'intervention reste ouverte : qui, entre la France et l'Europe, sera en mesure de sauver cette filière naissante ? Les solutions envisagées — subventions pour combler l'écart de prix ou contrainte envers Renault pour honorer ses engagements — comportent chacune des risques majeurs.

Un modèle économique à revoir ?

Le modèle de Verkor, basé sur une relation exclusive avec Renault, montre aujourd'hui ses limites. Le constructeur français, confronté à la nécessité de réduire ses coûts, n'a d'autre choix que de se tourner vers des fournisseurs moins chers, souvent asiatiques. Une décision logique sur le plan économique, mais qui fragilise Verkor et, plus largement, la filière européenne des batteries. « Quand une entreprise ne peut pas honorer ses commandes, les clients — ou, dans le cas de Verkor, "l’unique client" — vont se sourcer ailleurs », rappelle Numerama.

Pour Verkor, la situation est d'autant plus critique que le secteur des batteries en Europe reste en concurrence directe avec des acteurs asiatiques bien établis, capables de produire à moindre coût. Les subventions publiques, bien que cruciales, ne suffiront pas à combler l'écart de compétitivité à long terme. Une réflexion sur la diversification des clients et des marchés s'impose, mais le temps presse. Chaque mois de retard dans la montée en puissance de l'usine de Dunkerque aggrave la pression financière sur l'entreprise.

Et maintenant ?

Plusieurs scénarios pourraient se dessiner dans les mois à venir. Une intervention publique sous forme de subventions ciblées pourrait permettre à Verkor de réduire l'écart de prix avec la concurrence asiatique et d'accélérer sa production. Une autre option, plus risquée, consisterait à contraindre Renault à honorer ses engagements initiaux, mais cette solution mettrait en péril la compétitivité du constructeur et, in fine, l'emploi en France. Enfin, Verkor pourrait tenter de diversifier ses clients, mais cela nécessiterait des investissements supplémentaires et du temps, deux ressources dont l'entreprise manque cruellement.

La prochaine échéance à surveiller est celle de l'entrée en production en série de l'usine de Dunkerque, désormais prévue pour fin 2026 ou début 2027. Un retard supplémentaire aggraverait encore la situation financière de Verkor et pourrait rendre toute solution de sauvetage inenvisageable.

Cette crise met en lumière les défis auxquels est confrontée la filière européenne des batteries, encore en construction. Entre dépendance envers un seul client, retards industriels et concurrence asiatique, les obstacles sont nombreux. Pour Verkor, l'enjeu est désormais de survivre à court terme, tout en repensant son modèle pour espérer s'imposer comme un acteur incontournable de la mobilité électrique en Europe.

Les coûts de production plus élevés s'expliquent par plusieurs facteurs, dont des matières premières plus coûteuses et des volumes de production encore insuffisants pour bénéficier d'économies d'échelle. Verkor mise sur une production locale et des normes environnementales strictes, ce qui renchérit son modèle par rapport à ses concurrents asiatiques, souvent moins regardants sur ces aspects.

Le gouvernement est à la fois actionnaire de Renault et principal bailleur de fonds de Verkor via des subventions publiques. Une intervention directe pourrait prendre la forme de subventions pour compenser l'écart de prix des batteries ou de mesures incitatives pour contraindre Renault à honorer ses engagements. Cependant, une telle décision pourrait être perçue comme une distorsion de concurrence et fragiliser davantage la filière.