Avec 1,8 million de visiteurs internationaux accueillis en mai 2026, le Vietnam enregistre un record absolu pour ce mois traditionnellement considéré comme une période creuse dans le secteur du tourisme, selon Courrier International. Les données, publiées par l’Autorité vietnamienne du tourisme et relayées par Tuoi Tre, confirment ainsi la montée en puissance du pays en Asie du Sud-Est, où il se positionne désormais comme un concurrent sérieux face à des destinations comme la Thaïlande.

Ce qu'il faut retenir

  • 1,8 million de touristes internationaux en mai 2026, un record pour cette période de basse saison.
  • De janvier à mai 2026, 10,6 millions de visiteurs ont été accueillis, soit près de la moitié de l’objectif annuel de 25 millions.
  • La Chine et la Corée du Sud représentent à elles seules 40 % des arrivées, suivies par la Russie, désormais troisième source de touristes.
  • La province de Khanh Hoa, dans le sud du pays, peine à recruter des guides russophones malgré des salaires doublés.
  • Le Vietnam séduit par sa stabilité géopolitique et ses infrastructures compétitives, face à une Thaïlande en perte d’attractivité.

Sur les cinq premiers mois de l’année, le pays a enregistré 10,6 millions de touristes internationaux, un chiffre qui représente près de la moitié de l’objectif annuel fixé à 25 millions pour 2026. Une performance d’autant plus remarquable que le Vietnam n’est généralement pas une destination privilégiée pendant la basse saison, contrairement à des pays comme la Thaïlande ou l’Indonésie. Pour Tuoi Tre, ce dynamisme reflète une stratégie touristique efficace, couplée à une image de destination sûre et stable dans une région marquée par les tensions.

Parmi les 1,538 guides touristiques internationaux agréés dans la province de Khanh Hoa, seulement 83 parlent russe. Pourtant, cette région, qui abrite les stations balnéaires de Nha Trang et Cam Ranh, a accueilli plus de 386 000 touristes russes entre janvier et avril 2026 — soit cinq fois plus qu’un an plus tôt. Face à cette demande croissante, certaines agences, comme la Pegas Misr Vietnam Travel Company, proposent désormais des salaires dépassant 1 100 dollars (945 euros) par mois pour les guides russophones, contre un salaire moyen vietnamien estimé à 280 euros selon l’Organisation internationale du travail (OIT). Malgré ces incitations, le recrutement reste difficile, comme l’explique Thai Thi Le Hang, directrice du département de la culture, des sports et du tourisme de Khanh Hoa : « La formation de guides touristiques russophones de haute qualité requiert du temps et des investissements durables. »

Un tourisme russe en forte croissance, mais des défis structurels

L’afflux de touristes russes, désormais troisième source d’arrivées après la Chine et la Corée du Sud, illustre une tendance de fond. Entre janvier et avril 2026, le Vietnam a enregistré 386 000 visiteurs russes, contre 77 000 sur la même période en 2025. Cette hausse s’explique en partie par les tensions géopolitiques et économiques qui poussent les voyageurs à privilégier des destinations perçues comme plus sûres ou plus accessibles. Pourtant, malgré les efforts des autorités locales, le manque de personnel qualifié en langues slaves freine le développement de cette manne touristique. « Certaines entreprises doivent même refuser des groupes de touristes russes en raison de l’absence de guides disponibles », précise un responsable cité par Vietnam News Express.

Les tensions géopolitiques et l’instabilité économique mondiale n’ont pas freiné l’attractivité du Vietnam, dont le modèle touristique mise sur une stabilité sociopolitique et des infrastructures en constante amélioration. « Le pays offre des prestations compétitives et un environnement sûr, deux atouts majeurs dans un contexte régional incertain », souligne Tuoi Tre. Cette stratégie semble porter ses fruits : en 2025, le Vietnam avait déjà accueilli 32,97 millions de touristes, un chiffre en progression constante depuis la fin de la pandémie.

Face à la Thaïlande, un concurrent qui gagne du terrain

Avec 32,97 millions de visiteurs étrangers en 2025, la Thaïlande reste la première destination touristique d’Asie du Sud-Est, mais son attractivité s’érode. Avant la crise sanitaire, le royaume accueillait jusqu’à 40 millions de touristes par an, un niveau qu’il peine désormais à retrouver. Plusieurs facteurs expliquent ce déclin : perte de confiance des touristes chinois, réputation entachée par des affaires de cyberescroqueries et de kidnappings, ou encore une concurrence accrue avec des destinations comme le Vietnam ou la Malaisie. « Restaurer la confiance des visiteurs étrangers devrait être une priorité absolue pour les autorités thaïlandaises », estime The Nation, un quotidien local cité par Courrier International.

Le Vietnam, lui, mise sur une diversification de ses sources de touristes. Si la Chine et la Corée du Sud restent les deux principaux marchés (représentant ensemble près de 40 % des arrivées), des pays comme les États-Unis, l’Inde ou l’Australie gagnent en importance. Cette répartition plus équilibrée réduit la dépendance à un seul partenaire économique et limite les risques liés à des crises géopolitiques ciblées. « Notre objectif est de devenir une destination incontournable pour les voyageurs en quête d’authenticité et de sécurité », confie un responsable du ministère du Tourisme vietnamien sous couvert d’anonymat.

Et maintenant ?

D’ici la fin de l’année 2026, les autorités vietnamiennes prévoient d’accueillir 25 millions de touristes internationaux, un objectif ambitieux mais réalisable si la tendance actuelle se poursuit. Pour y parvenir, le pays devra relever plusieurs défis : former davantage de guides multilingues, renforcer les infrastructures dans les régions périphériques, et maintenir une image de stabilité. Côté thaïlandais, la compétition s’annonce rude : Bangkok et ses partenaires devront investir massivement dans la restauration de leur réputation pour éviter un déclin durable. Une chose est sûre : en Asie du Sud-Est, le tourisme est devenu un champ de bataille économique où chaque point de croissance compte.

Alors que le Vietnam consolide sa position, les prochains mois seront déterminants pour évaluer si cette dynamique est durable ou simplement conjoncturelle. Les autorités locales, comme celles de la province de Khanh Hoa, misent sur des investissements à long terme dans la formation pour combler le déficit de personnel russophone. De son côté, la Thaïlande, sous pression, pourrait accélérer ses réformes pour redorer son blason. Autant dire que la bataille pour les touristes d’Asie du Sud-Est ne fait que commencer.

Les dix principaux pays d’origine des touristes au Vietnam en 2026 sont, dans l’ordre : la Chine, la Corée du Sud, la Russie, Taïwan, le Cambodge, les États-Unis, l’Inde, le Japon, les Philippines et l’Australie. La Chine et la Corée du Sud représentent à elles seules près de 40 % des arrivées.

Plusieurs facteurs expliquent le déclin de la Thaïlande : perte de confiance des touristes chinois en raison d’affaires de cyberescroqueries et de kidnappings, concurrence accrue avec des destinations comme le Vietnam qui misent sur la stabilité et des infrastructures modernes, ainsi qu’une image écornée par des conflits locaux. Le Vietnam, perçu comme plus sûr, en profite pour capter une partie de ce marché.