Le 10 avril 2026, Daniel Moreno-Gama, étudiant texan de 22 ans, a lancé un cocktail molotov contre la résidence de Sam Altman, PDG d’OpenAI, dans le quartier huppé de Russian Hill à San Francisco. Selon Courrier International, l’individu a ensuite tenté de s’attaquer au siège de l’entreprise, situé dans la même ville, avant d’être rapidement interpellé par les forces de l’ordre. Ces événements surviennent dans un contexte de tensions croissantes entre certains milieux radicaux et les dirigeants des géants de la technologie, une dynamique que les médias américains qualifient désormais de « Techlash ».
Ce qu’il faut retenir
- Daniel Moreno-Gama, étudiant texan, a ciblé Sam Altman et les locaux d’OpenAI le 10 avril 2026, après avoir évoqué son intention de commettre un « coup à la Luigi Mangione » sur des forums en ligne.
- Dans ses déclarations, Moreno-Gama a justifié son acte par un manifeste où il affirme que l’intelligence artificielle menace l’humanité, accusant Altman de jouer un rôle central dans cette menace.
- Les enquêteurs ont découvert sur lui une liste de patrons et investisseurs en IA, accompagnées de leurs adresses personnelles, ainsi que des références répétées à Luigi Mangione, condamné pour le meurtre du patron de UnitedHealthcare.
- Les soutiens en ligne à Moreno-Gama et à Mangione révèlent une radicalisation croissante contre les dirigeants de la tech, avec des appels au financement de sa défense et des commentaires célébrant son acte.
- Le procès de Luigi Mangione, dont le fonds de défense a récolté 1,46 million de dollars, est prévu pour octobre 2026, tandis que les procureurs fédéraux soulignent l’influence de ses partisans sur la normalisation de la violence politique.
Un passage à l’acte inspiré par Luigi Mangione
Plusieurs mois avant son arrestation, Daniel Moreno-Gama avait évoqué, sur des forums internet, son intention de réaliser un « coup à la Luigi Mangione » contre « certains patrons du secteur de la tech ». Selon Courrier International, cette référence n’est pas anodine : Luigi Mangione, actuellement incarcéré dans l’attente de son procès pour le meurtre du patron de UnitedHealthcare en 2024, est devenu une figure controversée pour une frange de l’extrême gauche radicale. Moreno-Gama aurait même signé un manifeste où il met en garde contre les dangers de l’IA, adressant un message explicite à Sam Altman : « Si, par miracle, tu survivais, je prendrais cela comme un signe divin t’invitant à te racheter… »
Les enquêteurs ont également retrouvé sur lui une liste détaillée de dirigeants et investisseurs du secteur de l’IA, avec leurs adresses personnelles. Une découverte qui, selon The Wall Street Journal, illustre une volonté de cibler physiquement des figures emblématiques d’un système perçu comme oppressif. Pour les autorités, cette liste pourrait indiquer une préparation méthodique, bien que les motivations exactes de Moreno-Gama restent à éclaircir lors de son procès, prévu ultérieurement.
Un manifeste anti-IA et une radicalisation en ligne
Dans son manifeste, obtenu par les enquêteurs et cité par Courrier International, Moreno-Gama décrit l’intelligence artificielle comme une menace existentielle pour l’humanité. Il y dénonce les dirigeants de la tech, les accusant de vouloir « remplacer l’humanité par des robots ». Ce document, qui mêle théorie du complot et critique politique, reflète une méfiance profonde envers les entreprises technologiques, perçues comme incontrôlables et dangereuses. « Les criminels, ce sont les PDG des entreprises d’IA qui veulent tuer l’humanité », pouvait-on lire sous la plume d’un internaute sur X, citant des réactions similaires à l’attaque.
Les réactions sur les réseaux sociaux après l’arrestation de Moreno-Gama ont confirmé l’ampleur de cette radicalisation. Certains utilisateurs ont applaudi son geste, allant jusqu’à proposer des dons pour financer sa défense ou plaisanter sur la puissance du cocktail molotov utilisé. « Essayer d’empêcher l’apocalypse de l’IA est un acte héroïque, pas un acte criminel », a écrit l’un d’eux, tandis qu’un autre déclarait : « Je me soucie autant de l’humanité de Sam Altman qu’il se soucie de la mienne ». Ces propos, recueillis par Rolling Stone, révèlent une polarisation croissante autour des enjeux liés à l’IA, où la violence est parfois présentée comme une réponse légitime à des peurs jugées non entendues.
Le « Techlash » : entre critique légitime et violence politique
Pour The Washington Post, l’affaire Moreno-Gama n’est pas un simple « accès de violence incontrôlée », mais une conséquence directe de ce que le journal qualifie de « diabolisation cynique du système américain ». Dans un éditorial, le quotidien souligne que l’influence de figures comme Luigi Mangione, malgré son statut d’accusé dans une affaire de meurtre, ne fait que renforcer l’idée que la violence peut être un outil politique. « Depuis le meurtre [du patron de UnitedHealthcare], certains segments du public, qui s’identifient ouvertement comme des partisans de l’accusé, ont commencé à considérer la violence comme une solution de rechange acceptable, voire nécessaire, au débat politique raisonné », rappellent les procureurs fédéraux dans leurs arguments contre le report du procès de Mangione, fixé à octobre 2026.
Cette radicalisation s’inscrit dans un mouvement plus large, le « Techlash », qui désigne le rejet croissant des géants de la technologie et de leurs dirigeants par une partie de l’opinion publique. Comme l’explique Safiya Noble, professeure à l’université de Californie à Los Angeles et autrice de *Algorithms of Oppression*, « nous sommes en plein cœur du “Techlash”, c’est-à-dire du mouvement de rejet visant le secteur et les milliardaires de la tech, qui sont obsédés par leurs fantasmes d’un avenir tout droit sorti de la science-fiction ». Pour les experts, cette défiance n’est pas nouvelle, mais elle prend aujourd’hui des formes de plus en plus radicales, notamment en ligne, où les théories conspirationnistes et les appels à l’action directe se propagent rapidement.
Un phénomène qui dépasse les frontières américaines
Si les attaques contre les dirigeants de la tech restent pour l’instant concentrées aux États-Unis, les craintes d’une généralisation de ce phénomène préoccupent les autorités. Le fonds de soutien à Luigi Mangione, qui a levé 1,46 million de dollars auprès de plus de 40 000 donateurs, illustre l’ampleur du soutien populaire dont bénéficient certains accusés de violences politiques. Selon Courrier International, cette mobilisation financière et symbolique pourrait encourager d’autres passages à l’acte, dans un contexte où les divisions sociales et politiques s’exacerbent.
Les spécialistes de l’IA, qui alertent depuis des années sur les risques liés à un développement incontrôlé de cette technologie, observent avec inquiétude cette montée des tensions. « Il y a une escalade de la méfiance envers l’IA, qui couve depuis des années », note un chercheur cité par Rolling Stone. Pour autant, la majorité des acteurs du secteur insistent sur la nécessité de réguler l’innovation plutôt que de recourir à la violence, une position qui peine à convaincre les franges les plus radicales.
En attendant, la question se pose : jusqu’où iront les partisans de cette mouvance ? Leur capacité à mobiliser des fonds et à inspirer des actes violents pourrait bien déterminer l’ampleur du « Techlash » dans les mois à venir.
Luigi Mangione est incarcéré pour le meurtre du patron de UnitedHealthcare, un crime qui a choqué l’opinion publique américaine. Pourtant, il est devenu une figure de soutien pour une partie de l’extrême gauche radicale, qui le présente comme un symbole de la résistance contre les élites économiques. Son procès, prévu pour octobre 2026, et le fonds de défense qui a levé 1,46 million de dollars montrent l’ampleur de ce soutien.