Selon RFI, les quartiers de Cité Soleil et de la plaine du Cul-de-sac, dans l’aire métropolitaine de Port-au-Prince, subissent une escalade sans précédent de la violence depuis mars 2026. Une enquête menée par le Bureau intégré des Nations unies en Haïti (Binuh), dont les résultats ont été publiés jeudi 6 août 2026, révèle un bilan humain dramatique : plus de 600 morts enregistrés en cinq mois. Ce chiffre marque un pic de violences jamais atteint dans ces zones depuis deux ans, c’est-à-dire depuis la création de la coalition de gangs « Vivre Ensemble ».

Ce qu'il faut retenir

  • Une enquête du Binuh (ONU) recense plus de 600 morts entre mars et août 2026 à Cité Soleil et dans la plaine du Cul-de-sac.
  • Cette violence inédite survient dans le cadre de tensions internes à la coalition « Vivre Ensemble », principale alliance de gangs de Port-au-Prince.
  • Les méthodes employées incluent des exécutions sommaires et des viols collectifs, selon les témoignages recueillis.
  • Le rapport de l’ONU souligne un niveau de violence sans précédent depuis deux ans.

Une coalition de gangs sous tension

La coalition « Vivre Ensemble », qui regroupe plusieurs groupes armés dans la capitale haïtienne, est au cœur des violences actuelles. Selon le Binuh, les affrontements internes au sein de cette alliance auraient dégénéré en une série d’exactions ciblant les populations civiles. Les quartiers de Cité Soleil, déjà réputés pour leur instabilité, et la plaine du Cul-de-sac, située en périphérie de Port-au-Prince, sont particulièrement touchés. Ces zones, parmi les plus pauvres de la capitale, deviennent le théâtre d’une guerre intestine entre factions rivales.

Les méthodes employées par les gangs laissent peu de place à l’espoir. D’après les enquêteurs de l’ONU, les exécutions sommaires et les viols collectifs se multiplient, visant à semer la terreur et à affaiblir les positions adverses. Ces actes, documentés par des témoignages recueillis sur plusieurs mois, illustrent l’effondrement des normes minimales de protection des civils.

Un bilan humain lourd et des méthodes brutales

Les 600 morts recensés par le Binuh entre mars et août 2026 ne représentent qu’une partie du bilan réel. Le rapport précise que ces chiffres ne tiennent pas compte des disparus, des blessés ou des personnes contraintes à l’exil. Les ONG locales évoquent, quant à elles, des milliers de déplacés internes, fuyant les zones sous contrôle des gangs. Les violences ne se limitent pas aux affrontements directs : elles incluent aussi des actes de banditisme, des enlèvements et des extorsions, aggravant la crise humanitaire.

Autant dire que la situation dépasse largement le cadre des rivalités entre gangs, a souligné un expert en sécurité haïtien, sous couvert d’anonymat. Les civils paient un lourd tribut, pris entre deux feux dans une guerre où les règles de la guerre ont disparu.

Un contexte politique et sécuritaire dégradé

Ces violences surviennent dans un contexte politique toujours aussi fragile en Haïti. Depuis le départ du président Jovenel Moïse en juillet 2021, le pays peine à rétablir un gouvernement stable et une force de sécurité opérationnelle. Les gangs, autrefois cantonnés à des rôles de maintien de l’ordre parallèles, ont progressivement étendu leur emprise sur des quartiers entiers, en l’absence d’une police ou d’une armée capable de les contrer. Le Binuh rappelle que cette escalade coïncide avec une détérioration de la situation humanitaire, aggravée par l’absence d’accès à l’aide pour les populations les plus vulnérables.

Les Nations unies appellent à une intervention urgente pour protéger les civils et rétablir l’État de droit. Mais sur le terrain, les perspectives restent sombres. Les gangs, armés jusqu’aux dents, contrôlent des axes routiers clés et imposent des taxes de passage aux habitants, tandis que les forces de l’ordre, sous-équipées et sous-financées, peinent à imposer leur autorité.

Et maintenant ?

La publication de ce rapport intervient à un moment où la communauté internationale commence à envisager une intervention plus directe en Haïti. Un projet de force multinationale, soutenu par les Nations unies et plusieurs pays de la région, est actuellement à l’étude. Son déploiement pourrait intervenir d’ici la fin de l’année 2026, si les négociations aboutissent. Cependant, son efficacité dépendra largement de la capacité à neutraliser les chefs de gangs les plus influents, dont certains sont déjà ciblés par des sanctions internationales.

Pour l’instant, les habitants de Cité Soleil et de la plaine du Cul-de-sac n’ont d’autre choix que de survivre dans un quotidien marqué par la peur et l’incertitude. La question qui se pose désormais est de savoir si une intervention extérieure parviendra à briser ce cycle de violence, ou si les gangs continueront à dicter leur loi dans l’impunité la plus totale.

La coalition « Vivre Ensemble » est la principale alliance de gangs opérant à Port-au-Prince, formée il y a deux ans pour consolider le pouvoir de plusieurs factions rivales. Depuis mars 2026, des tensions internes ont éclaté, entraînant des affrontements meurtriers entre ses membres. Cette division a donné lieu à des exactions ciblées contre les civils, selon l’enquête du Binuh.