Une maison en construction prise d’assaut par des colons, un militant britannique enlevé, une équipe de journalistes agressée à coups de pierres et de bâtons : une série d’incidents en Cisjordanie, survenus samedi 29 août, a contraint le Premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou à rompre son silence sur la situation dans ce territoire palestinien occupé. Selon nos confrères de Courrier International, cette séquence de violences a poussé l’autorité israélienne à réagir publiquement, une réaction qualifiée de « rare » par plusieurs médias internationaux.

Ce qu'il faut retenir

  • Une douzaine de colons a envahi une maison en construction à Qusra (nord de la Cisjordanie), un incident qui s’inscrit dans une série de violences répétées dans ce village ces dernières semaines.
  • Un militant britannique, Finn Joughlin, a été kidnappé dans le sud de la Cisjordanie, où il participait à des actions de « présence protectrice » pour soutenir les Palestiniens face aux violences des colons.
  • Une équipe de la chaîne NBC a été attaquée par des colons masqués à Jalud (centre de la Cisjordanie), alors qu’elle interviewait une habitante de 51 ans.
  • Entre le 1er janvier et le 24 juillet 2026, 76 Palestiniens ont été tués par des colons ou des soldats israéliens, contre 3 Israéliens sur la même période.
  • Benyamin Nétanyahou a condamné « avec force » ces actes, mais ses opposants lui reprochent une réaction tardive et opportuniste à quelques semaines des élections d’octobre 2026.

Des incidents en cascade qui forcent la réaction du gouvernement

Le Premier ministre israélien a publié un communiqué diffusé par le Jerusalem Post, dans lequel il dénonce « les actes de violence criminels commis dans les villages de Qusra et Jalud par une poignée d’émeutiers qui violent la loi ». Selon ses termes, ces agissements « causent du tort aux colons respectueux de la loi, empêchent l’armée de remplir ses missions et nuisent à l’image d’Israël dans le monde ». Une prise de position qualifiée d’« exceptionnelle » par Al-Jazeera, qui souligne que la « férocité de l’assaut » a poussé Nétanyahou à sortir de son mutisme.

Le New York Times note que le chef du gouvernement israélien a limité ses critiques à « une petite minorité » de colons, sans remettre en cause l’ensemble des communautés installées en Cisjordanie. Le quotidien américain rappelle par ailleurs que les violences contre les Palestiniens se sont multipliées depuis le début de la guerre à Gaza il y a trois ans, avec des « extrémistes » agissant « souvent en toute impunité ».

Violences documentées : maisons attaquées, journalistes agressés, militant kidnappé

À Qusra, une maison en construction a été envahie par une douzaine de colons, un scénario déjà observé à plusieurs reprises ces dernières semaines dans ce village du nord de la Cisjordanie. Selon Times of Israel, cette localité est devenue un symbole des tensions récurrentes entre colons et Palestiniens. Le même média met en lumière le cas de Finn Joughlin, un Britannique enlevé alors qu’il participait à une action de « présence protectrice ». Ce type d’initiative, de plus en plus courant, vise à dissuader les violences des colons par une présence physique face à des attaques quasi quotidiennes.

À Jalud, une équipe de NBC a été la cible d’une agression particulièrement violente. Quatre journalistes interviewaient Aida Ahmed Abdullah, une habitante de 51 ans, lorsque des colons masqués, arrivés en voiture aux plaques israéliennes, les ont frappés à coups de bâtons et de pierres avant de prendre la fuite. Un témoignage parmi d’autres qui illustre l’escalade de la violence dans cette région.

Un bilan humain lourd et une impunité dénoncée

Les chiffres compilés par les médias internationaux sont accablants. D’après NBC, entre le 1er janvier et le 24 juillet 2026, 76 Palestiniens ont été tués par des colons ou des soldats israéliens, contre seulement 3 Israéliens sur la même période. Al-Jazeera va plus loin en affirmant que l’armée israélienne soutient, depuis des décennies, les attaques menées par les colons. Une accusation que les autorités israéliennes rejettent catégoriquement.

Times of Israel rappelle que le gouvernement Nétanyahou a « offert fonds et protections » à ces communautés, tout en étant régulièrement critiqué pour son inaction face à ces violences. Le pays est pointé du doigt pour ne procéder que « rarement » à des arrestations dans les cas de violences commises par des colons, avec des inculpations et des condamnations « encore moins fréquentes ». Un constat partagé par Le New York Times, qui souligne que le gouvernement de droite et pro-colonisation minimise systématiquement ces inquiétudes.

Des opposants sceptiques sur la sincérité de Nétanyahou

Plusieurs figures politiques israéliennes remettent en cause la légitimité de la réaction du Premier ministre. Gilad Kariv, député des Démocrates et membre de la Knesset, a ironisé sur Twitter : « Un autre samedi, un autre pogrom à Qusra. » Il a ajouté que la condamnation de Nétanyahou « ne veut rien dire » et n’est qu’un « subterfuge », estimant que les colons en question sont des « émissaires » du gouvernement. Selon lui, cette agitation serait orchestrée pour servir les intérêts électoraux de Nétanyahou à quelques semaines du scrutin d’octobre 2026.

Gadi Eisenkot, principal rival de Nétanyahou, a lui aussi pointé du doigt la responsabilité du gouvernement. Dans un entretien rapporté par plusieurs médias, il a affirmé que les actions des colons sont « le résultat d’une politique gouvernementale menée par Nétanyahou et les partenaires de sa coalition ». Une accusation que le Premier ministre réfute, tout en condamnant les violences commises par une minorité d’individus.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines pourraient voir une intensification des tensions en Cisjordanie, à l’approche des élections israéliennes prévues en octobre 2026. Si Nétanyahou a choisi de réagir publiquement, ses opposants doutent de la sincérité de cette prise de position et appellent à des mesures concrètes pour mettre fin à l’impunité des colons violents. Reste à savoir si les autorités israéliennes modifieront leur approche face à ces incidents, ou si ces violences continueront de s’aggraver dans un contexte politique déjà hautement inflammable.

Pour l’instant, les Palestiniens de Cisjordanie restent sous la menace constante d’attaques, tandis que la communauté internationale observe avec inquiétude l’évolution de la situation dans ce territoire sous tension.

La « présence protectrice » désigne des initiatives menées par des militants internationaux, souvent des étrangers, qui se rendent dans des villages palestiniens de Cisjordanie pour tenter de dissuader les violences des colons israéliens par leur simple présence physique. Ces actions visent à documenter les agressions et à offrir un soutien moral aux communautés locales, en espérant réduire les attaques grâce à une visibilité internationale.

Les opposants à Nétanyahou estiment que sa condamnation des violences des colons intervient à un moment stratégique, à quelques semaines des élections israéliennes d’octobre 2026. Ils y voient une tentative de redorer son image internationale et de calmer les critiques, sans pour autant engager de mesures concrètes contre les colons violents, dont certains seraient soutenus par son gouvernement.