Gérald Darmanin a demandé aux procureurs de traiter en priorité les infractions sexuelles commises sur des mineurs, mais cette consigne soulève des interrogations parmi les professionnels du secteur. Selon Franceinfo - Politique, Laurence Rossignol, sénatrice socialiste du Val-de-Marne et ancienne ministre des Familles, de l’Enfance et des Droits des femmes, a réagi à cette directive en rappelant que « les procureurs sont bombardés de circulaires de priorité. Ils ne peuvent pas tout prioriser ».

Ce qu'il faut retenir

  • Priorisation contestée : Gérald Darmanin a ordonné le 9 juin 2026 aux procureurs de traiter en priorité les infractions sexuelles sur mineurs, une mesure critiquée par Laurence Rossignol.
  • Surcharge des magistrats : La sénatrice dénonce une accumulation de circulaires prioritaires depuis 2015, notamment sur le terrorisme, les féminicides ou le narcotrafic.
  • Culture de la complaisance : Laurence Rossignol estime qu’en France, « on est toujours principalement du côté des auteurs » de violences sexuelles, citant l’exemple des débats autour de la loi de 2024 sur les relations majeur-mineur.
  • Contexte familial préoccupant : Les violences sexuelles sur mineurs sont majoritairement commises dans l’entourage familial, selon la sénatrice, qui pointe du doigt « une institution familiale qui ne protège pas tous les enfants ».
  • Manque criant de moyens : Laurence Rossignol souligne l’insuffisance de psychologues et d’experts psychiatriques, mal recrutés et mal rémunérés, alors qu’un rapport de l’Inspection générale de la justice en 2022 avait déjà alerté sur ce sujet.

Une priorité parmi d’autres, dans un contexte de surcharge judiciaire

La circulaire de Gérald Darmanin, datée du 9 juin 2026, s’inscrit dans une série de directives adressées aux procureurs pour orienter leur action. Laurence Rossignol, invitée sur Franceinfo, a rappelé que ces magistrats sont soumis à une pression constante pour traiter certains dossiers en urgence. « En 2015, on a priorisé la lutte contre le terrorisme, et il y avait de bonnes raisons de le faire ; en 2017-2018, on a priorisé la lutte contre les féminicides ; là, on priorise la lutte contre le narcotrafic ; et maintenant, le ministre dit : ‘j’ai envoyé une circulaire’ sur les violences faites aux enfants », a-t-elle déclaré.

Une complaisance persistante envers les auteurs de violences sexuelles

Pour la sénatrice, cette nouvelle priorisation ne suffit pas à corriger un problème structurel : la tendance à minimiser la responsabilité des auteurs. Elle a illustré ce point en citant les débats parlementaires autour de la loi de 2024, qui a renforcé la qualification pénale des relations sexuelles entre majeurs et mineurs de moins de 15 ans. « On a entendu des collègues dire : ‘Oui, mais l’auteur ne savait peut-être pas qu’elle avait moins de 15 ans’ », a-t-elle rappelé. « On est toujours principalement du côté des auteurs. Ce sont eux qui seraient mal compris, qui auraient été trompés par une enfant déguisée en adulte. »

Des violences majoritairement commises dans le cercle familial

Laurence Rossignol a également souligné que les violences sexuelles sur mineurs sont souvent perpétrées dans l’environnement proche de l’enfant. Cette réalité, selon elle, révèle les défaillances d’une institution familiale qui, trop souvent, ne protège pas les enfants et les expose à des risques. « Les violences sexuelles sur mineurs sont le plus souvent commises dans le cadre familial, dans l’environnement direct de l’enfant », a-t-elle expliqué, jugeant que cela « remet en cause une institution qui est censée protéger les enfants ».

Un manque de moyens structurels pointé du doigt

Enfin, la sénatrice a dénoncé l’absence de moyens humains et financiers pour traiter ces dossiers. « Il y a un manque de psy, un manque d’experts psychiatriques, d’experts psychologues, mal payés, mal recrutés », a-t-elle affirmé. « Il n’y a rien qui va dans cette affaire », a-t-elle ajouté, en rappelant qu’un rapport de l’Inspection générale de la justice, publié en 2022, avait déjà documenté ces lacunes. « Comment est-ce que c’est possible que le garde des Sceaux n’ait pas eu connaissance de ce rapport ? », s’est-elle interrogée.

Et maintenant ?

La circulaire de Gérald Darmanin pourrait entraîner une réorganisation des services judiciaires, mais son efficacité dépendra des moyens alloués. Les prochaines semaines seront cruciales pour évaluer si cette priorisation se traduit par une amélioration concrète du traitement des dossiers. Par ailleurs, la question des effectifs en psychologie et en psychiatrie, ainsi que leur rémunération, devrait revenir au cœur des débats parlementaires, notamment lors des prochaines discussions budgétaires.

Pour l’heure, la polémique reste ouverte : entre la nécessité de protéger les mineurs et la réalité d’un système judiciaire sous tension, la mise en œuvre de cette priorité soulève autant de questions qu’elle promet de réponses.

La circulaire vise les infractions sexuelles commises sur des mineurs, sans préciser si elle inclut uniquement les violences avérées ou également les tentatives ou les situations à la limite de la qualification pénale. Les modalités exactes de mise en œuvre restent à préciser par les procureurs.