La secrétaire nationale des Écologistes, Marine Tondelier, a appelé ce mercredi 10 juin 2026 à l’envoi d’un « signal fort » de la part du gouvernement pour mettre fin à l’impunité des agresseurs dans les affaires de violences sexuelles sur mineurs, alors que l’affaire Lyhanna continue de susciter l’émotion et les critiques. Selon Franceinfo - Politique, cette intervention intervient dans un contexte où les associations, comme Face à l’inceste, estiment que seule l’imprescriptibilité des crimes pourrait « dire aux agresseurs qu’ils ne seront jamais tranquilles ».

La responsable écologiste a vivement réagi aux annonces récentes des autorités, notamment la demande du ministre de la Justice aux magistrats de traiter, d’ici mi-juillet, les 70 000 plaintes en attente concernant des mineurs. Une mesure jugée irréaliste par Marine Tondelier, qui craint un « fiasco » en cas de précipitation. « Fixer des objectifs inatteignables sans les moyens pour les atteindre, les dossiers risquent d’être bâclés », a-t-elle alerté lors de son intervention sur franceinfo.

Ce qu'il faut retenir

  • Marine Tondelier, secrétaire nationale des Écologistes, réclame un « signal fort » du gouvernement pour lutter contre l’impunité dans les affaires de violences sexuelles sur mineurs, après la mort de Lyhanna.
  • Le gouvernement demande aux magistrats de traiter 70 000 plaintes en attente sur les mineurs d’ici mi-juillet, une mesure jugée « irréaliste » par l’écologiste.
  • Face à l’inceste et d’autres associations plaident pour l’imprescriptibilité des crimes sexuels sur mineurs, afin d’envoyer un message clair aux agresseurs.
  • Marine Tondelier dénonce un « virilisme » de la part de Gérald Darmanin et Bruno Retailleau, qu’elle accuse de « montrer leur force » plutôt que de résoudre les problèmes structurels de la justice.

Une mesure gouvernementale jugée « inatteignable » sans moyens supplémentaires

Marine Tondelier a vivement critiqué la décision du ministre de la Justice, Gérald Darmanin, d’ordonner aux magistrats de passer en revue 70 000 plaintes en attente concernant des mineurs avant la mi-juillet. Pour elle, cette injonction relève davantage d’une « réaction de communication » que d’une véritable volonté de justice. « On leur dit : ‘Personne ne part en vacances’, mais dans les faits, c’est tragique pour les enfants de leur faire croire que leur dossier sera bien traité dans ces conditions », a-t-elle dénoncé.

L’écologiste s’inquiète surtout des conséquences d’une telle précipitation. « Est-ce que ce sera rendre justice aux enfants que d’avoir un dossier mal monté, sur lequel on n’a pas passé assez de temps ? C’est un classement sans suite assuré ! », a-t-elle souligné. Selon elle, l’urgence n’est pas de fixer des délais impossibles à tenir, mais de doter la justice des moyens humains et matériels nécessaires pour traiter ces dossiers avec la rigueur requise.

L’imprescriptibilité, une piste avancée par les associations pour mettre fin à l’impunité

Dans ce débat, l’association Face à l’inceste milite pour l’adoption de l’imprescriptibilité des crimes sexuels sur mineurs. Une mesure qui, selon elle, enverrait un message clair aux agresseurs : « Ils ne seront jamais tranquilles », a rappelé Marine Tondelier. Aujourd’hui, en France, les victimes de violences sexuelles ont un délai de prescription de 20 ans à partir de leur majorité pour porter plainte, ce qui limite considérablement les possibilités de condamnation des auteurs.

Cette proposition s’inscrit dans un contexte où les dysfonctionnements de la justice sont régulièrement pointés du doigt. Les associations, mais aussi certains magistrats, dénoncent un manque criant de moyens. Marine Tondelier a rappelé que, malgré une augmentation du budget de la Justice sous la présidence d’Emmanuel Macron, les crédits ont surtout été orientés vers les prisons plutôt que vers les effectifs judiciaires. « Nous avons, en France, quatre fois moins de magistrats et de procureurs que la moyenne des 44 pays du continent européen », a-t-elle déploré. « Nous sommes 43e sur 44. »

Des accusations de « virilisme » envers Darmanin et Retailleau

Marine Tondelier n’a pas épargné les responsables politiques dans sa critique. Elle a accusé le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, et le président de la commission des Lois au Sénat, Bruno Retailleau (LR), de céder à une logique de « virilisme ». « Il y a une forme de besoin de montrer sa force et sa réactivité par une course à l’échalote », a-t-elle tancé. Pour elle, ces postures politiques visent davantage à donner une image d’autorité qu’à résoudre les problèmes de fond.

L’écologiste a également réagi aux propos d’Emmanuel Macron, qui a affirmé que l’affaire Lyhanna n’était pas un problème de moyens pour la justice. Une déclaration qu’elle conteste fermement. « Le budget de la Justice a augmenté, mais il a été affecté aux prisons, pas aux magistrats », a-t-elle rappelé. Selon elle, le manque de moyens humains et matériels explique en grande partie les retards et les classements sans suite dans ces affaires.

« On est 43e sur 44 en Europe pour le nombre de magistrats par habitant. C’est un constat accablant qui explique pourquoi tant de dossiers traînent, pourquoi tant de victimes renoncent à porter plainte ou voient leurs affaires classées sans suite. »
Marine Tondelier

Et maintenant ?

Les prochaines semaines pourraient être déterminantes pour l’évolution du dossier. La pression exercée par les associations et une partie de l’opposition politique pourrait inciter le gouvernement à revoir sa copie, notamment sur la question des moyens alloués à la justice. Une réforme de l’imprescriptibilité, si elle était adoptée, marquerait une avancée majeure, mais son examen dépendra des priorités parlementaires et de la capacité des pouvoirs publics à dégager des budgets supplémentaires. D’ici là, les familles de victimes et les associations continueront de réclamer des réponses concrètes, alors que les délais d’instruction restent un sujet de préoccupation majeur.

Cette affaire rappelle, une fois de plus, l’urgence d’une réflexion globale sur la lutte contre les violences sexuelles en France. Entre retards judiciaires, manque de moyens et débats sur l’imprescriptibilité, le chemin vers une justice plus protectrice pour les mineurs reste semé d’embûches.