Le nouveau film du réalisateur japonais Ryusuke Hamaguchi, « Soudain », a été présenté en compétition officielle lors du Festival de Cannes 2026 le 15 mai dernier, avant sa sortie en salles ce mercredi 12 août. Ce long-métrage, qui a valu à Virginie Efira et Tao Okamoto le prix d’interprétation féminine, propose une réflexion ambitieuse sur la prise en charge des personnes âgées et la dignité en fin de vie. Selon Franceinfo - Culture, l’œuvre s’inspire d’un échange épistolaire réel entre la philosophe japonaise Maoko Miyano, atteinte d’un cancer du sein en phase terminale, et l’anthropologue Maho Isono.
Ce qu'il faut retenir
- Le film « Soudain », réalisé par Ryusuke Hamaguchi, est sorti en salles le 12 août 2026, après sa présentation à Cannes le 15 mai 2026.
- Virginie Efira et Tao Okamoto ont remporté le prix d’interprétation féminine pour leurs rôles respectifs.
- L’histoire s’articule autour de la méthode de l’humanitude, qui prône des soins respectueux de la dignité des résidents en EHPAD.
- Le film aborde des thèmes comme le vieillissement, le capitalisme et les enjeux sociétaux à travers une amitié entre deux femmes engagées.
- Avec une durée de 3h15, le long-métrage mêle drame et poésie, tout en intégrant des éléments théâtraux.
Adaptation d’un recueil de lettres échangées entre deux femmes en situation de fin de vie, « Soudain » plonge le spectateur dans une histoire universelle. D’un côté, Marie-Lou (Virginie Efira), directrice d’un EHPAD parisien, tente d’imposer une méthode de soins baptisée « humanitude ». Cette approche, fondée sur le toucher, la parole et le regard, vise à restaurer la dignité des résidents, souvent physiquement diminués ou atteints de troubles neurologiques. De l’autre, Mari (Tao Okamoto), une metteuse en scène japonaise en phase terminale d’un cancer, incarne un combat similaire, celui de vivre pleinement jusqu’au bout.
Comme le rapporte Franceinfo - Culture, la collaboration entre Hamaguchi et Efira a été marquée par une préparation linguistique intensive. « Le niveau de japonais qu’elle a pu atteindre est assez incroyable », a souligné le réalisateur lors d’une interview. Une prouesse qui souligne l’engagement des deux actrices dans un projet exigeant, tant sur le plan technique qu’émotionnel. Le film, coproduit par la France, le Japon, l’Allemagne et la Belgique, explore ainsi les tensions entre idéal et réalité dans la gestion des établissements pour seniors.
Un manifeste politique et humaniste
Ryusuke Hamaguchi, déjà auréolé du Prix du scénario à Cannes en 2021 pour « Drive My Car », signe ici un film manifeste. À travers le parcours de Marie-Lou, il questionne les limites du système de santé et les compromis imposés par les contraintes budgétaires. Le film prend place dans un EHPAD privé parisien, propriété d’un groupe financier, où la directrice se heurte à l’incompréhension d’une partie de son équipe. Sophie (Marie Bunel), une infirmière sceptique, incarne cette résistance : pour elle, la méthode de l’humanitude reste inaccessible face aux moyens humains et financiers disponibles.
Le récit bascule lorsque Marie-Lou rencontre Mari, dont la présence va transformer sa vision du monde. Les deux femmes, toutes deux engagées dans un combat contre les limites imposées par la société, engagent une réflexion profonde sur le travail, la démographie et l’épuisement des ressources. Un dialogue de nuit, dans le réfectoire de l’EHPAD, ouvre des perspectives inattendues, abordant même les dérives d’un capitalisme jugé « mortifère ». « Comment trouver le chemin qui va permettre à l’impossible de devenir possible ? », interrogent-elles, sans toujours trouver de réponse immédiate. Pourtant, c’est dans cette quête que réside la force du film : une invitation à repenser nos priorités collectives.
Entre théâtre et cinéma, une œuvre protéiforme
Comme souvent dans l’œuvre de Hamaguchi, le théâtre occupe une place centrale. Mari, avant de s’éteindre, anime des ateliers avec les résidents, mêlant respiration et travail corporel. Ces séances, décrites comme un « fluide », dissolvent les dernières réticences du personnel. Le film intègre également une dimension métathéâtrale, avec un spectacle où un personnage seul en scène interroge la psychiatrie et les frontières entre normalité et folie. Ce choix artistique renforce le propos du réalisateur : la vulnérabilité peut être un langage universel.
Le petit-fils de l’acteur, un enfant autiste qui évolue librement dans l’EHPAD, incarne cette liberté retrouvée. Son personnage, à la fois drôle et poétique, offre une réponse aux questions soulevées par le film. Hamaguchi, par cette mise en abyme, suggère que l’humanité se révèle dans l’acceptation de la différence. Le ton oscille entre didactisme et poésie, entre discours politiques et moments de grâce cinématographique. Certains dialogues, jugés un peu « scolaires » par la critique, contrastent avec des séquences d’une tendresse rare, où la drôlerie et l’émotion se répondent.
Au-delà de son intrigue, « Soudain » pose une question de fond : comment concilier humanité et efficacité dans une société vieillissante ? Le Japon, confronté à ce défi depuis des décennies, sert ici de miroir à l’Occident. Hamaguchi, par son approche à la fois intime et politique, rappelle que le vieillissement n’est pas seulement une question de santé publique, mais aussi de civilisation. Le film s’inscrit dans une série de productions récentes qui placent l’écologie sociale au cœur de leur propos, comme « Le mal n’existe pas » (2024), autre réalisation du cinéaste.
Pour les spectateurs, l’enjeu est double : découvrir une œuvre ambitieuse, mais aussi, peut-être, en ressortir avec l’envie de réinterroger ses propres rapports à la vieillesse et à la mort. Car « Soudain », comme son titre l’indique, invite à une prise de conscience : ce qui semble impossible aujourd’hui pourrait bien devenir une évidence demain.
L’humanitude est une approche des soins qui met l’accent sur la relation humaine plutôt que sur la simple exécution technique. Elle repose sur le toucher, la parole, le regard et le respect de la dignité des résidents en EHPAD, notamment ceux souffrant de troubles cognitifs ou de handicaps physiques. Développée par des professionnels français, cette méthode est déjà appliquée dans certains établissements en Europe.
Le réalisateur a expliqué, d’après Franceinfo - Culture, que le Japon, confronté depuis longtemps au vieillissement de sa population, servait de modèle pour le reste du monde. En transposant l’histoire à Paris, dans un EHPAD privé appartenant à un groupe financier, il met en lumière les défis universels posés par la gestion des établissements pour seniors, qu’ils soient publics ou privés.