Alors que la venue du pape Léon XIV à Metz, prévue le 28 septembre 2026, suscite déjà de vives réactions, une association laïque mosellane a demandé au préfet d’exercer son contrôle de légalité sur la délibération municipale allouant 500 000 euros à cet événement, selon Le Figaro. L’Union des familles laïques (Ufal) de Moselle, qui ne s’oppose pas à la visite papale en elle-même, dénonce en revanche les dépenses publiques engagées pour cette occasion.
C’est lors d’une annonce publique faite mercredi que l’association a précisé sa position, confirmant avoir saisi le préfet pour qu’il vérifie la conformité juridique de la décision prise par la mairie de Metz. Parmi les critiques formulées, l’Ufal pointe notamment l’achat et la location d’écrans géants destinés à rediffuser la messe pontificale, un choix qu’elle juge susceptible de soulever des « questions juridiques » alors que l’événement sera déjà couvert par les médias nationaux. Matthieu Gatipon-Bachette, président de l’association, a rappelé dans ses déclarations que l’Ufal avait également engagé un recours gracieux auprès de la mairie afin d’obtenir l’ensemble des documents budgétaires liés à cette visite.
Ce qu'il faut retenir
- L’Ufal de Moselle a demandé au préfet d’exercer un contrôle de légalité sur la délibération municipale de Metz allouant 500 000 euros au financement de la visite du pape Léon XIV.
- L’association critique notamment l’achat de matériel de diffusion (écrans géants) pour rediffuser la messe, estimant que cela pourrait poser des problèmes juridiques.
- Un recours gracieux a été engagé par l’Ufal pour obtenir la communication des documents budgétaires détaillant l’enveloppe de 250 000 euros d’investissement et 250 000 euros de fonctionnement.
- Le maire de Metz, François Grosdidier, avait justifié cette dépense en soulignant le caractère exceptionnel de l’événement et son « honneur immense » pour la ville.
Un financement municipal controversé
La décision de la ville de Metz de consacrer une telle somme à l’accueil du souverain pontife divise. La délibération en question, adoptée le 10 juillet 2026 lors du conseil municipal, prévoit une enveloppe de 500 000 euros, dont 250 000 euros pour les investissements et autant pour le fonctionnement. Lors de cette réunion, François Grosdidier avait indiqué s’attendre à ce que la totalité du budget de fonctionnement soit utilisée, qualifiant la visite de « événement mondial » et saluant le choix de Metz par le pape. « La visite du pape, c’est un événement mondial », avait-il affirmé, ajoutant que cette venue représentait « un honneur immense » pour la ville.
Ce financement s’inscrit dans un contexte particulier : la Moselle, comme l’Alsace, est un département concordataire, ce qui signifie qu’il n’est pas soumis à la loi de 1905 sur la séparation de l’Église et de l’État. Les collectivités locales y ont donc la possibilité de financer des activités cultuelles, une spécificité qui alimente régulièrement les débats sur la laïcité dans la région.
L’Ufal met en cause la légalité des dépenses
Pour l’Ufal, c’est moins la visite en elle-même que la manière dont elle est financée qui pose problème. L’association reproche à la mairie d’avoir engagé des dépenses qu’elle juge superflues, comme la location d’écrans géants pour rediffuser la cérémonie. « Des questions juridiques » pourraient émerger de cette pratique, estime Matthieu Gatipon-Bachette, qui rappelle que les médias nationaux couvriront déjà l’événement. « Nous n’avons rien contre la visite du pape, mais nous contestons les dépenses qui sont liées et mises à la charge de la collectivité », a-t-il précisé.
L’Ufal a donc saisi le préfet de Moselle afin qu’il examine la légalité de la délibération municipale. Sollicitée par l’AFP, la préfecture n’a pas encore réagi à cette demande, et aucune communication officielle n’a été publiée à ce stade. L’affaire pourrait donc prendre une nouvelle dimension dans les prochains jours, selon l’issue du contrôle de légalité.
Un parcours européen pour Léon XIV
La visite du pape Léon XIV en France s’inscrit dans une tournée européenne. Après un passage à Paris le 25 septembre 2026, il se rendra à Metz le 28 septembre avant de conclure son périple à Lourdes le 27 septembre. Ces étapes, choisies pour leur symbolique religieuse et culturelle, sont perçues comme des moments forts pour les communautés catholiques locales. Metz, en tant que ville historique et siège d’un diocèse important, a été sélectionnée pour son ancrage européen, selon les organisateurs de l’événement.
Cette visite, bien que principalement religieuse, prend une dimension politique et médiatique, notamment en raison de l’engagement financier de la collectivité. Elle soulève ainsi des questions récurrentes sur l’équilibre entre laïcité, tradition concordataire et événementiel public dans les territoires concernés.
Côté préfecture, aucune réaction officielle n’a encore été formulée. Quant à l’Ufal, elle a indiqué être prête à poursuivre ses actions si nécessaire, confirmant ainsi que le débat sur la laïcité et le financement des cultes dans les départements concordataires reste un sujet brûlant en 2026.
La Moselle, comme l’Alsace, est un département concordataire, ce qui signifie que le concordat de 1801 y est toujours en vigueur. Ce régime particulier, issu du droit local, permet aux collectivités locales de financer certaines activités cultuelles, contrairement au reste du territoire français soumis à la loi de 1905.
La délibération municipale prévoit 250 000 euros d’investissement (matériel, infrastructure) et 250 000 euros de fonctionnement (organisation, sécurité, communication). Le maire de Metz, François Grosdidier, a indiqué s’attendre à ce que la totalité du budget de fonctionnement soit utilisée.