Les propriétaires de véhicules électriques pourraient bientôt tirer un double avantage de leur voiture : une alimentation de secours en cas de panne et des revenus supplémentaires en revendant de l’électricité au réseau. Selon Euronews FR, cette technologie, appelée vehicle-to-grid (V2G), s’impose comme une réponse aux crises énergétiques croissantes en Europe, où les réseaux électriques subissent une pression accrue en raison des phénomènes météorologiques extrêmes.
Ce qu'il faut retenir
- Un système V2G bien déployé en Europe pourrait économiser jusqu’à 22 milliards d’euros par an d’ici 2040 en coûts de modernisation du réseau, selon une étude Fraunhofer.
- En Allemagne, 9 374 GWh d’électricité renouvelable gaspillée en 2024 pourraient être valorisés via cette technologie, soit l’équivalent de l’alimentation annuelle de trois millions de véhicules électriques.
- Des constructeurs comme Volkswagen, Nissan, Kia et Mercedes-Benz lancent des offres V2G entre 2026 et 2027, avec des gains annuels estimés entre 700 et 900 euros pour les particuliers.
- Seuls quelques modèles de véhicules électriques supportent actuellement la recharge bidirectionnelle, et l’investissement initial peut atteindre plusieurs milliers d’euros.
Un réseau électrique sous pression, une solution garée devant chez soi
Les vagues de chaleur, les tempêtes et les incendies de forêt mettent à rude épreuve les infrastructures électriques européennes. Selon Euronews FR, la demande accrue en climatisation pendant les épisodes caniculaires et la dégradation des réseaux réduisent leur efficacité, entraînant des pannes de plus en plus fréquentes. Face à cette instabilité, les ménages cherchent des alternatives pour sécuriser leur alimentation électrique. Pour les détenteurs de véhicules électriques, la solution pourrait bien se trouver dans leur garage.
De plus en plus de modèles récents sont équipés pour se connecter directement au compteur domestique. En cas de coupure, ils peuvent alimenter les appareils essentiels – réfrigérateur, éclairage, équipements médicaux – pendant plusieurs jours. Mais cette technologie va bien au-delà de la simple fonction de secours : elle permet aussi de réinjecter de l’électricité sur le réseau, transformant la voiture en une source de revenus.
Le vehicle-to-grid, un levier économique et écologique
Le principe du V2G repose sur l’utilisation des batteries des véhicules électriques comme réservoirs mobiles d’énergie renouvelable. Ces batteries stockent l’électricité excédentaire produite par les parcs éoliens ou solaires, puis la restituent au réseau lorsque la demande est forte. Selon une étude de Fraunhofer commandée par Transport & Environment, un déploiement à grande échelle en Europe permettrait d’économiser 22 milliards d’euros par an d’ici 2040 en évitant des coûts de modernisation du réseau. Sur la période 2030-2040, le gain total pourrait atteindre 175 milliards d’euros.
Cette technologie limite également le curtailment, une pratique coûteuse où les producteurs d’énergie renouvelable sont contraints de stopper leur production lorsque l’offre dépasse la demande. En Allemagne, 9 374 GWh d’électricité renouvelable ont été gaspillés en 2024, une quantité suffisante pour alimenter trois millions de véhicules électriques pendant un an. Avec le V2G, cette énergie pourrait être stockée et valorisée plutôt que perdue.
Des gains financiers attractifs pour les particuliers
Plusieurs constructeurs automobiles misent sur le V2G pour séduire les consommateurs. Volkswagen, via sa marque Elli, lancera au quatrième trimestre 2026 une offre V2G entièrement intégrée en Allemagne, incluant un véhicule électrique, un compteur communicant, un chargeur bidirectionnel et un contrat d’énergie. Les propriétaires pourraient ainsi gagner entre 700 et 900 euros par an en laissant leur batterie suivre les signaux du marché la nuit. « La mobilité électrique ne pourra réaliser tout son potentiel que si elle est aussi rentable pour nos clients », a déclaré Martin Sander, membre du directoire de Volkswagen chargé des ventes et du marketing.
D’autres acteurs se positionnent sur ce marché. Nissan déploiera en 2026 une solution de recharge bidirectionnelle abordable au Royaume-Uni, avant une extension en Europe. Kia et Hyundai proposent déjà un service V2G aux Pays-Bas, tandis que Mercedes-Benz et BYD développent des partenariats similaires. Une partie des équipements utilisés, comme les chargeurs bidirectionnels, est fabriquée en Europe par Wallbox, une entreprise espagnole.
Une autonomie énergétique renforcée, mais des limites persistantes
Au-delà des avantages financiers, le V2G offre une résilience accrue face aux coupures. Une batterie de véhicule électrique chargée peut alimenter une maison pendant plusieurs jours, selon les consommations. Ford, par exemple, propose un système permettant aux propriétaires de pick-up hybrides ou électriques aux États-Unis de se brancher directement sur leur compteur domestique via un adaptateur, pour un coût d’installation d’environ 1 000 euros. « Vous possédez déjà la source d’énergie : elle est garée devant chez vous », souligne Amanda Roraff, responsable de l’accélération des activités réseaux et services énergétiques chez Ford.
Cependant, cette technologie reste peu accessible. Seuls quelques modèles de véhicules électriques prennent en charge la recharge bidirectionnelle, et l’équipement nécessaire – chargeur inclus – peut coûter plusieurs milliers d’euros de plus qu’une borne classique. Les fournisseurs d’électricité doivent valider les installations, une procédure parfois longue, et certains constructeurs s’interrogent sur l’impact des cycles de charge supplémentaires sur la garantie et la durée de vie des batteries. Scott Samuelsen, professeur émérite à l’université de Californie, estime pourtant que « l’alimentation d’une maison en électricité lors d’une coupure va devenir extrêmement populaire ».
L’enjeu est désormais de concilier rentabilité, accessibilité et fiabilité. Si les premiers retours des pilotes en cours s’avèrent concluants, le V2G pourrait s’imposer comme un pilier de la transition énergétique européenne, tout en offrant aux automobilistes une nouvelle source de revenus.
En 2026, seuls quelques modèles supportent la recharge bidirectionnelle. Volkswagen proposera son offre V2G avec des véhicules compatibles dès le quatrième trimestre. Nissan, Kia, Hyundai et Mercedes-Benz lancent également des solutions, principalement au Royaume-Uni, aux Pays-Bas et en Allemagne. La liste complète dépendra des partenariats signés par les constructeurs avec les fournisseurs d’énergie.