Un réseau criminel géorgien spécialisé dans le vol de livres anciens rares, ciblant notamment des éditions originales d’Alexandre Pouchkine, sera jugé à partir de ce lundi 9 juin devant le tribunal correctionnel de Paris. Selon Le Monde, cette affaire, baptisée « Opération Pouchkine » par les enquêteurs, révèle non seulement une vaste entreprise de pillage culturel, mais aussi des liens troubles avec des commanditaires russes. Cinq individus, tous originaires de Géorgie, sont accusés d’avoir dérobé, entre 2022 et 2024, des centaines d’ouvrages dans des bibliothèques majeures d’Europe de l’Ouest.
Ce qu'il faut retenir
- Un réseau criminel géorgien a organisé le vol d’éditions originales de Pouchkine dans des bibliothèques européennes entre 2022 et 2024.
- Cinq accusés, tous géorgiens, comparaissent devant le tribunal correctionnel de Paris à partir du 9 juin 2026.
- Les enquêteurs évoquent des commanditaires russes, bien que leur identité reste à confirmer lors du procès.
- Pouchkine, poète national russe du XIXᵉ siècle, est une figure sacralisée dans son pays, ce qui ajoute une dimension symbolique au dossier.
- Les livres volés, dont la valeur marchande est estimée à plusieurs millions d’euros, étaient destinés à des collectionneurs privés.
Un trafic méthodique visant des bibliothèques européennes
Les cinq prévenus, dont les noms ne sont pas encore rendus publics, sont accusés d’avoir infiltré des institutions culturelles en France, en Allemagne, en Belgique et aux Pays-Bas. Selon les éléments de l’enquête, rapportés par Le Monde, ils agissaient en infiltrant les réserves des bibliothèques sous de fausses identités, parfois en se faisant passer pour des étudiants ou des chercheurs. Une fois repérés, ils subtilisaient les ouvrages les plus précieux en profitant de failles dans les systèmes de surveillance.
Parmi les cibles figuraient des éditions originales des œuvres de Pouchkine, comme Eugène Onéguine ou Le Convive de pierre, imprimées au XIXᵉ siècle. Ces pièces, rares et recherchées par les collectionneurs, peuvent atteindre des centaines de milliers d’euros sur le marché noir. « Les livres étaient ensuite acheminés vers la Géorgie, où ils étaient restaurés et revendus à des intermédiaires », explique un magistrat en charge du dossier, cité par Le Monde.
Des commanditaires russes sous les projecteurs
Si les cinq accusés géorgiens sont les seuls à être jugés à Paris, l’enquête ouverte par la police judiciaire française suggère que ce trafic ne se limitait pas à une simple revente opportuniste. Selon Le Monde, les enquêteurs ont identifié des « interfaces » entre le réseau criminel et des personnalités russes liées au milieu de l’art et des collectionneurs. « On a retrouvé des correspondances électroniques entre certains accusés et des intermédiaires basés à Moscou et Saint-Pétersbourg », précise une source proche de l’enquête, sous couvert d’anonymat.
Cette piste inquiète les autorités françaises, car elle implique une possible implication d’acteurs proches du pouvoir russe. Pouchkine, considéré comme le père de la littérature russe moderne, est une figure intouchable en Russie. Son effigie orne des pièces de monnaie, des billets de banque, et son nom est associé à des institutions culturelles majeures. « Un vol de cette ampleur et avec une telle symbolique ne peut pas être le fait d’un simple hasard », estime un expert en trafics culturels interrogé par Le Monde.
Un procès sous haute tension géopolitique
Le procès, qui s’ouvre lundi à Paris, s’annonce comme un casse-tête diplomatique. La Russie, déjà en tension avec l’Union européenne sur de nombreux dossiers, n’a pour l’instant réagi ni officiellement ni publiquement aux accusations. De leur côté, les avocats des cinq accusés devraient plaider la « méconnaissance des circuits de revente » et insister sur le rôle des intermédiaires russes, qu’ils décrivent comme les véritables organisateurs du trafic.
Les procureurs, eux, comptent s’appuyer sur les aveux partiels de certains prévenus et sur les preuves numériques récupérées lors des perquisitions. « Les échanges de mails et les transferts bancaires tracent un réseau qui dépasse largement les frontières géorgiennes », souligne un membre du parquet national financier. Les investigations se poursuivent en Géorgie et en Russie, où plusieurs perquisitions ont déjà eu lieu sans qu’aucun arrestation ne soit signalée.
Quoi qu’il en soit, cette affaire met en lumière la vulnérabilité des collections publiques face aux réseaux criminels organisés. Les bibliothèques européennes, déjà renforcées après le vol de manuscrits médiévaux en Italie et en Espagne, pourraient revoir leurs protocoles de sécurité pour éviter de nouveaux pillages.
Alexandre Pouchkine (1799-1837) est considéré comme le père de la littérature russe moderne. Ses œuvres, comme Eugène Onéguine ou La Dame de pique, sont des pièces de collection extrêmement recherchées. En Russie, où son image est sacralisée, ces éditions originales peuvent atteindre des prix exorbitants sur le marché noir, parfois plusieurs millions d’euros pour les exemplaires les plus rares.