Un nouveau chapitre s’ajoute à l’histoire déjà mouvementée de « Comedian », l’œuvre emblématique de l’artiste italien Maurizio Cattelan. Selon Franceinfo - Culture, la banane scotchée au mur, élément central de cette installation, a été dérobée samedi 30 mai au Centre Pompidou-Metz, où elle était exposée dans le cadre de l’exposition « Dimanche sans fin. Maurizio Cattelan et la collection du Centre Pompidou ».

Ce qu'il faut retenir

  • L’œuvre volée : une banane scotchée au mur avec du ruban adhésif gris, partie intégrante de « Comedian », créée en 2019.
  • Valeur symbolique et marchande : l’installation, vendue 6,2 millions de dollars (soit environ 5,3 millions d’euros) en 2024, repose davantage sur son certificat d’authenticité et son protocole d’exposition que sur l’élément périssable qu’est la banane.
  • Vol constaté dans l’après-midi : la disparition de la banane a été remarquée vers 14 heures par un agent de surveillance du musée.
  • Réaction immédiate : le Centre Pompidou-Metz a porté plainte contre X dès le lendemain du vol, dimanche 31 mai.
  • Remplacement rapide : l’élément périssable a été remplacé dans les heures qui ont suivi le vol, sans dommage irréversible pour l’exposition.
  • Histoire mouvementée : cette installation a déjà fait l’objet de plusieurs incidents, dont la consommation de la banane par un visiteur en 2025.

La nouvelle a été confirmée par le musée lui-même dans un communiqué publié dimanche, après que l’agent de surveillance a constaté la disparition de la banane vers 14 heures. Le Centre Pompidou-Metz a immédiatement porté plainte contre X, sans attendre, pour faire face à cet acte de vol. L’établissement a précisé que « la valeur de l’œuvre réside dans son certificat d’authenticité et dans le protocole qui régit sa présentation plutôt que dans son élément périssable ».

Malgré cette perte, le musée s’est voulu rassurant : « Aucun dommage irréversible n’a été constaté » et « l’élément périssable a été remplacé dans les plus brefs délais ». Une déclaration qui souligne la résilience de l’exposition, conçue pour absorber ce type d’incident sans altérer l’expérience proposée aux visiteurs. Le musée a également condamné l’acte, estimant qu’il « porte atteinte au respect dû aux œuvres exposées » et prive temporairement les visiteurs d’une partie de l’expérience artistique.

Une œuvre déjà au cœur de polémiques

« Comedian » est une installation minimaliste qui a marqué l’histoire de l’art contemporain depuis sa première présentation à Art Basel Miami Beach en 2019. Composée simplement d’une banane scotchée à un mur avec du ruban adhésif gris, cette œuvre a suscité des réactions variées à travers le monde. Certains y ont vu une critique de l’art contemporain, d’autres une provocation pure et simple. Toujours est-il que l’installation a donné lieu à plusieurs interventions de visiteurs ou de performeurs, allant jusqu’à retirer ou consommer la banane exposée.

Un exemple marquant s’est produit en 2025, lorsqu’un visiteur avait mangé la banane sur place, avant de quitter les lieux. Le Centre Pompidou-Metz avait alors confirmé l’incident, rappelant que « la valeur de l’œuvre ne réside pas dans l’objet lui-même, mais dans son concept et son certificat d’authenticité ». Une logique qui s’applique une fois de plus dans ce nouveau vol, où l’élément matériel reste secondaire par rapport à la démarche artistique.

Le destin de cette installation a également croisé celui de la spéculation financière. Après une première vente en 2019 pour 120 000 dollars, « Comedian » a changé de propriétaire en 2024, lorsque son achat a été finalisé pour 6,2 millions de dollars par le fondateur d’une plateforme de cryptomonnaie. L’acquéreur avait alors décidé de consommer la banane en direct sur les réseaux sociaux, transformant l’acte en performance médiatique et alimentant un peu plus la légende autour de cette œuvre.

Une exposition qui défie le temps et les incidents

Présentée au Centre Pompidou-Metz dans le cadre de l’exposition « Dimanche sans fin », « Comedian » s’inscrit dans une réflexion plus large sur la durabilité de l’art et la fragilité des objets exposés. Le musée a rappelé que « l’élément périssable » de l’œuvre est systématiquement remplacé dès qu’il est altéré, que ce soit par un acte de vandalisme, une consommation ou, désormais, un vol. Cette pratique permet de maintenir l’intégrité de l’installation sans en modifier le concept original.

Le Centre Pompidou-Metz a également souligné que « l’acte de vol porte atteinte au respect dû aux œuvres exposées ». Une déclaration qui s’inscrit dans une volonté de défendre l’intégrité des collections et de rappeler aux visiteurs que le respect des œuvres, même celles aussi provocatrices que « Comedian », reste une priorité. Le musée a précisé que des mesures supplémentaires seraient étudiées pour renforcer la sécurité autour des œuvres exposées, sans pour autant compromettre l’accessibilité au public.

Et maintenant ?

La plainte déposée par le Centre Pompidou-Metz contre X ouvre une enquête qui pourrait permettre d’identifier le ou les auteurs du vol. Si la valeur marchande de l’œuvre réside principalement dans son certificat d’authenticité, le vol d’un élément physique — même secondaire — pourrait avoir des conséquences juridiques, notamment en matière de trafic d’œuvres d’art. Les autorités judiciaires devraient examiner les images de surveillance et interroger les témoins potentiels pour faire avancer l’enquête. En attendant, l’exposition se poursuit normalement, avec une banane de remplacement déjà en place.

Le Centre Pompidou-Metz n’a pas précisé si des poursuites supplémentaires seraient engagées contre le ou les responsables du vol, une fois identifiés. La question reste ouverte, d’autant que l’œuvre, en tant qu’objet d’art contemporain, défie les catégories juridiques traditionnelles. Une chose est sûre : « Comedian » continue de faire parler d’elle, bien au-delà des murs du musée messin.

Selon le protocole défini par Maurizio Cattelan, la valeur de « Comedian » ne réside pas dans l’objet lui-même — une banane périssable — mais dans son certificat d’authenticité, le geste artistique et la provocation conceptuelle. L’œuvre interroge la notion même d’art contemporain, où l’idée et la démarche priment souvent sur l’objet.