À bord d’un Airbus A310 modifié, transformé en laboratoire volant, des passagers découvrent pour quelques secondes l’apesanteur. Selon Franceinfo - Sciences, ce dispositif unique au monde, exploité par Novespace — filiale du Centre national d’études spatiales (Cnes) — permet de reproduire les conditions de microgravité ressenties dans la Station spatiale internationale (ISS). Une expérience sensorielle intense, à laquelle participent astronautes en formation et équipes scientifiques lors de vols organisés depuis Mérignac, en Gironde. Mercredi 18 mars 2026, le journaliste de France Télévisions Louis San a pu embarquer à bord de l’un de ces appareils pour vivre cette aventure hors du commun.
Ce qu'il faut retenir
- Un Airbus A310 Zero G, basé à Mérignac, est le seul avion au monde à proposer des vols paraboliques à grande échelle, reproduisant l’apesanteur de l’ISS.
- Chaque vol comprend 31 paraboles, soit 31 séquences de 22 secondes en impesanteur, entrecoupées de phases à 1,8 G.
- Les participants, scientifiques ou particuliers, paient 7 500 euros pour vivre cette expérience, tandis que les astronautes s’y entraînent gratuitement.
- Les vols permettent de tester des expériences en physique fondamentale ou des gestes médicaux comme le massage cardiaque en apesanteur.
- Sophie Adenot et Thomas Pesquet ont tous deux suivi cet entraînement avant leurs missions dans l’espace.
Un avion-laboratoire pour défier la gravité
L’Airbus A310 Zero G, opéré par Novespace, est le seul appareil au monde à organiser des vols paraboliques à si grande échelle. Basé à Mérignac, près de Bordeaux, il effectue des manœuvres aériennes permettant d’atteindre une microgravité de 22 secondes. Pour y parvenir, l’avion réalise une ascension à 50 degrés, suivie d’une chute libre à 42 degrés, à une altitude de 7 500 mètres. Cette séquence, appelée parabole, est répétée 31 fois lors d’un même vol, offrant autant d’opportunités de flotter dans les airs.
À bord, 95 % des passagers sont des scientifiques menant des expériences en physique fondamentale ou préparant des missions habitées lointaines. Les 5 % restants sont des particuliers prêts à débourser 7 500 euros pour vivre l’apesanteur, une sensation proche de celle ressentie par les astronautes dans l’ISS. Parmi les habitués de ces vols : les astronautes de l’Agence spatiale européenne (ESA), dont Sophie Adenot, en mission depuis février 2026 à bord de l’ISS, et Thomas Pesquet, qui y a participé avant ses propres missions.
Une plongée sensorielle dans l’apesanteur
La première parabole est souvent la plus marquante. Le corps, soudain privé de son poids, semble se vider de sa substance. « La sensation est à la fois douce et soudaine », décrit Louis San, qui a participé au vol du 18 mars. « Le corps se soulève, comme porté par des vagues invisibles ». Sans point d’ancrage, il est impossible de rester au sol : les pieds décollent, les déplacements deviennent aléatoires, et certains se retrouvent rapidement au plafond, heurtant par inadvertance les parois ou leurs voisins. Les sens sont désorientés, le cerveau peine à comprendre cette nouvelle réalité.
Pour limiter les risques de nausées, les participants reçoivent une injection de scopolamine une heure avant le décollage. Dans l’ISS, un astronaute sur deux souffre en effet du « mal de l’espace » les premiers jours, caractérisé par des nausées et des maux de tête. Une fois passée l’émerveillement initial, la mobilité en apesanteur se révèle déroutante : les jambes cherchent désespérément un appui, la posture bipède devient inutile. Les gestes doivent être calculés, sous peine de partir en rotation incontrôlée. « Une légère poussée de la main dans la direction opposée à celle visée suffit à se mouvoir en douceur », explique Sébastien Rouquette, responsable des vols paraboliques au Cnes.
S’entraîner comme un astronaute
L’un des exercices proposés aux passagers consiste à se déplacer dans la « cage à écureuils », un espace de deux mètres de côté entouré de filets et équipé de matelas pour éviter les chocs. L’objectif ? Détacher un mousqueton d’un filet pour l’attacher de l’autre côté, en portant des gants de ski simulant ceux des scaphandres utilisés lors des sorties extravéhiculaires. La tâche, simple en théorie, se transforme en défi dans l’apesanteur : un premier essai se solde par un échec, les pieds décollant du sol sous l’effet d’une impulsion mal dosée. Après deux tentatives, le journaliste parvient finalement à réaliser l’exercice, prouvant la difficulté de s’adapter à cette nouvelle gestion de l’espace.
Un autre atelier, inspiré d’une simulation menée par Sophie Adenot, consiste à effectuer un massage cardiaque sur un mannequin sanglé au sol. En apesanteur, la technique diffère radicalement : il faut trouver un appui pour exercer une pression suffisante avec les bras. Adenot avait déjà testé cette méthode à bord du même avion en avril 2024. Les participants doivent aussi maîtriser leur position pour éviter de heurter le plafond au moment où l’avion retrouve sa gravité normale, avec des phases à 1,8 G pouvant donner l’impression d’être écrasé par un poids équivalent à 80 % de leur masse corporelle.
Un équipage sous contraintes strictes
Si deux tiers de l’avion sont dédiés aux expériences scientifiques, les scientifiques doivent rester attachés pendant les phases de travail pour ne pas perturber les recherches ou endommager le matériel. Seuls les passagers autorisés peuvent profiter de la « cage à écureuils » pendant les pauses. Une fois les 31 paraboles terminées, la fatigue se fait sentir : les 62 phases à 1,8 G accumulées pèsent sur le corps. À l’atterrissage, la sensation d’être alourdi ou de flotter encore peut persister quelques minutes avant que l’esprit et le corps ne retrouvent leurs repères terrestres.
Les sensations uniques offertes par ces vols en apesanteur attirent chaque année des centaines de passagers, qu’ils soient chercheurs, astronautes ou simples passionnés. Si l’expérience reste coûteuse, elle reste l’un des rares moyens pour le grand public de goûter, ne serait-ce que brièvement, à l’étrangeté d’un monde sans gravité.
Un vol parabolique à bord de l’Airbus A310 Zero G coûte 7 500 euros par personne. Ce tarif inclut une préparation avant le vol et un briefing de sécurité. Les places sont limitées et réservées plusieurs mois à l’avance.
Chaque parabole offre 22 secondes d’apesanteur pure. Un vol complet en compte 31, soit un total de 11 minutes et 22 secondes en impesanteur, entrecoupées de phases à 1,8 G.
