Une rencontre inattendue s’est tenue ce 23 juillet dans les jardins du palais présidentiel de Kiev. Volodymyr Zelensky, président ukrainien, a accordé une interview à Laura Loomer, influenceuse américaine d’extrême droite et figure du mouvement MAGA, proche de Donald Trump. Selon BMF - International, cet échange filmé et diffusé sur les réseaux sociaux de Loomer marque un tournant dans les relations entre Kiev et les cercles conservateurs américains, alors que Trump semble ces derniers mois se rapprocher de l’Ukraine après des années de soutien ambigu à Moscou.

Ce qu'il faut retenir

  • Laura Loomer, autrefois critique virulente de l’Ukraine et pro-russe, a radicalement changé de position après avoir visité le pays et constaté la réalité de la guerre.
  • Volodymyr Zelensky a salué une « amélioration » de ses relations avec Donald Trump, notamment après une rencontre historique au Vatican en 2025.
  • L’influenceuse a reconnu avoir été « propagandée » par les médias russes et s’être trompée sur la situation en Ukraine, qualifiant désormais le pays de victime de l’invasion russe.
  • Son voyage à Kiev, financé par ses propres moyens selon ses déclarations, a inclus des visites symboliques comme la cathédrale de la Dormition, bombardée par la Russie un mois plus tôt.
  • Donald Trump a relayé sur son réseau Truth Social des extraits de l’interview de Zelensky, jugée « très bonne » par l’ancien président américain.
  • Zelensky se rendra prochainement à Washington pour rencontrer Trump et assistera à un hommage au sénateur républicain Lindsey Graham, défenseur historique de Kiev.

Une influenceuse passée de la rhétorique pro-russe à l’engagement pro-ukrainien

Laura Loomer, âgée de 33 ans, est une figure controversée des milieux conservateurs américains. Longtemps connue pour ses prises de position pro-russes et ses critiques contre le gouvernement ukrainien, elle a multiplié les déclarations hostiles à Kiev, allant jusqu’à qualifier l’Ukraine de « pays rempli d’apologistes nazis » — une rhétorique régulièrement reprise par le Kremlin pour justifier son invasion. Pourtant, ces dernières semaines, elle a opéré un virage à 180 degrés. « J’ai tenu ces propos et je ne les supprime pas, car j’ai réalisé que j’avais tort », a-t-elle déclaré sur son compte X (ex-Twitter). « J’ai été propagandée par les médias russes sur les réseaux sociaux pour croire ces choses-là. »

Son arrivée en Ukraine lundi 22 juillet a été marquée par un message en russe : « Je ne suis pas en Russie car je ne suis pas une propagandiste ». Le lendemain, depuis Kiev, elle a partagé son expérience d’une alerte aérienne, écrivant : « C’est le quotidien de chaque Ukrainien. Je me sens vraiment minable d’avoir minimisé l’épreuve que traversent les Ukrainiens depuis cinq ans. » Selon BMF - International, Loomer a également visité la cathédrale de la Dormition de la Laure des Grottes de Kiev, un site religieux majeur partiellement détruit par un bombardement russe en juillet 2026.

Zelensky saisit l’opportunité d’un rapprochement avec Trump

Lors de leur entretien dans les jardins présidentiels, Volodymyr Zelensky a évoqué une « amélioration » de ses relations avec Donald Trump, après une période de tensions publiques. « Le ton a changé, absolument », s’est-il félicité. « Nous avons connu un premier tournant à Rome, au Vatican. La réunion a été brève, mais je pense qu’elle a été historique car nous avons transformé nos relations en l’espace de 15 à 20 minutes. » La rencontre au Vatican, en février 2025, avait été marquée par des échanges tendus, mais semble désormais porter ses fruits. Trump, dont l’administration a autorisé début juillet la fabrication de missiles Patriot en Ukraine — une mesure cruciale pour contrer les frappes russes —, semble en effet adopter une posture plus favorable à Kiev.

L’influence de Loomer auprès de Trump pourrait jouer un rôle dans cette dynamique. « Certains d’entre nous ont eu l’audace d’affirmer que la Russie n’avait pas tort, car nous avons cru au mensonge selon lequel l’Ukraine serait un pays rempli de sympathisants nazis », a-t-elle reconnu lors de son séjour. « Nous avons été tellement soumis à la propagande russe et nous ne nous en rendons même pas compte. » Le cabinet de Zelensky avait salué son arrivée, soulignant l’importance qu’elle « voie les choses telles qu’elles sont et avec ses propres yeux ».

Un voyage symbolique et des prises de position marquantes

Outre sa rencontre avec le président ukrainien, Laura Loomer a rencontré le grand-rabbin d’Ukraine, Moshe Reuven Azman, dont le fils est mort au combat. « L’Ukraine a des lois plus strictes contre l’antisémitisme que les États-Unis ! On ne le saurait jamais si on consommait de la propagande russe et qu’on croyait au mensonge de Poutine sur la nécessité de ‘dénazifier l’Ukraine’ », s’est-elle enthousiasmée. Dans une vidéo tournée à la cathédrale bombardée, elle a également accusé Vladimir Poutine d’hypocrisie, déclarant : « Je ne pense pas qu’on devrait pouvoir prétendre protéger le christianisme si l’on tente de frapper Jésus-Christ avec un drone. »

Ces déclarations tranchent avec ses anciennes positions. En visite dans le pays ravagé par la guerre, Loomer a multiplié les gestes symboliques, tout en insistant sur le fait que son voyage était autofinancé. « Évidemment, j’ai des donateurs, mais le gouvernement ukrainien ne m’a pas payée pour y aller, si c’est ce que vous demandez », a-t-elle précisé au média Puck. Aucun responsable ukrainien n’a confirmé avoir facilité son séjour, le porte-parole de la présidence, Dmytro Lytvyn, précisant que Kiev n’avait découvert sa présence que via les réseaux sociaux.

Les prochaines étapes : Zelensky à Washington et l’évolution du soutien américain

La semaine prochaine, Volodymyr Zelensky est attendu à Washington, où il pourrait assister à un hommage rendu au sénateur républicain Lindsey Graham, décédé récemment et connu pour son engagement en faveur de l’Ukraine. Une rencontre avec Donald Trump est également envisagée, alors que les discussions sur un nouveau paquet de sanctions contre la Russie progressent au Congrès. Laura Loomer a d’ailleurs appelé à soutenir ce texte sur X, estimant qu’il pourrait rallier démocrates et républicains. « Je pense personnellement que ce serait formidable que Donald Trump vienne en Ukraine pour constater lui-même les conséquences de l’invasion russe », a-t-elle ajouté.

Ces développements interviennent alors que le projet de loi sur les sanctions contre Moscou gagne du terrain à Washington. Selon Loomer, ce texte pourrait marquer un tournant dans l’approche américaine du conflit. De son côté, Trump a relayé sur Truth Social des extraits de l’interview de Zelensky, qualifiant celle-ci de « très bonne ». Une manière de signaler son intérêt croissant pour la cause ukrainienne, après des années de soutien plus ambigu, voire favorable à Moscou.

Et maintenant ?

La visite de Laura Loomer à Kiev et sa rencontre avec Zelensky pourraient préfigurer une normalisation des relations entre l’Ukraine et les cercles conservateurs américains, notamment sous l’impulsion de Donald Trump. Si ce rapprochement se confirme, il pourrait se traduire par un renforcement du soutien militaire et financier à Kiev, alors que le Congrès discute de nouvelles sanctions contre la Russie. La venue de Zelensky à Washington la semaine prochaine sera donc scrutée de près, tout comme les signaux envoyés par Trump sur la suite à donner à la guerre en Ukraine.

Reste à voir si ce virage politique se concrétisera par des actes concrets, ou s’il restera limité à des déclarations symboliques. Toujours est-il que l’influence de Loomer, bien que limitée en dehors des réseaux sociaux, illustre les mutations en cours dans le débat américain sur l’Ukraine.

Laura Loomer, figure de l’extrême droite américaine, a longtemps relayé la rhétorique du Kremlin sur l’Ukraine, notamment en reprenant l’argument selon lequel Kiev serait un « État nazi » nécessitant une « dénazification ». Ces thèses, utilisées par Vladimir Poutine pour justifier son invasion, ont été largement diffusées par les médias russes et les comptes pro-Kremlin sur les réseaux sociaux. Loomer a elle-même reconnu avoir été « propagandée » par ces canaux avant de changer d’avis après avoir visité l’Ukraine.