L’ancien chef de la communauté druze du Liban, Walid Joumblatt, dresse un bilan sans concession de la situation politique régionale. Dans une analyse publiée le 25 mai 2026 par Libération, il pointe du doigt les dérives institutionnelles et les fractures communautaires qui minent la stabilité du Liban et du Proche-Orient.

Ce qu'il faut retenir

  • Walid Joumblatt, figure historique de la communauté druze libanaise, livre une critique acerbe de l’état actuel du Liban et de la région.
  • Selon lui, les institutions libanaises sont paralysées par des divisions politiques et des logiques communautaires dépassées.
  • Il dénonce l’influence croissante des puissances régionales dans les affaires libanaises, aggravant l’instabilité.

Un diagnostic sans appel sur la gouvernance libanaise

Dans son analyse, Walid Joumblatt, longtemps considéré comme un acteur clé de la vie politique libanaise, souligne que les mécanismes de gouvernance du pays sont « totalement défaillants ». Il explique que le système politique libanais, basé sur un équilibre communautaire figé depuis des décennies, ne parvient plus à répondre aux défis contemporains. « Le Liban est prisonnier d’un système qui favorise les divisions au détriment de l’intérêt national », a-t-il déclaré à Libération. Selon lui, cette paralysie institutionnelle a permis à des groupes armés et à des milices de s’imposer comme des acteurs incontournables, marginalisant toute velléité de réforme.

L’ancien leader du Parti socialiste progressiste (PSP) rappelle que les tentatives de modernisation du système ont systématiquement échoué, en raison de la résistance des élites traditionnelles. « Les partis politiques au Liban ne représentent plus les citoyens, mais des clientèles confessionnelles », a-t-il ajouté. Joumblatt évoque également la crise économique persistante, qu’il lie directement à cette gouvernance défaillante, et à l’absence de vision stratégique à long terme.

L’ombre des puissances régionales sur un Liban affaibli

Au-delà des dysfonctionnements internes, Walid Joumblatt met en garde contre l’ingérence croissante des pays voisins dans les affaires libanaises. Selon lui, l’Iran, l’Arabie saoudite et d’autres acteurs régionaux exploitent les faiblesses du système libanais pour étendre leur influence. « Le Liban est devenu un terrain de jeu pour les rivalités géopolitiques », a-t-il souligné. Il cite en exemple la présence du Hezbollah, qu’il qualifie de « prolongement armé des intérêts iraniens », ainsi que l’influence des pétromonarchies du Golfe, qui soutiennent financièrement certaines factions politiques.

Cette situation, selon Joumblatt, aggrave les tensions intercommunautaires et rend toute tentative de dialogue national encore plus improbable. « Les Libanais paient aujourd’hui le prix d’un système politique qui a transformé le pays en un champ de bataille par procuration », a-t-il martelé. Il appelle à une prise de conscience collective pour éviter l’effondrement définitif des institutions libanaises, évoquant même le risque d’un « État fantôme », où les autorités centrales n’auraient plus aucun contrôle sur l’ensemble du territoire.

Un héritage politique en quête de rédemption

À près de 77 ans, Walid Joumblatt reste l’une des figures les plus influentes de la communauté druze, mais aussi l’un des derniers grands leaders historiques du Liban. Son parcours politique, marqué par des alliances et des ruptures spectaculaires, le place aujourd’hui dans une posture de « dernier recours » pour une partie de l’opinion publique. Ancien allié de la Syrie, puis de l’Arabie saoudite, puis de l’Occident, il a toujours su naviguer dans les eaux troubles de la politique libanaise. Pourtant, dans cette analyse, il semble rompre avec cette logique opportuniste pour adopter un ton plus moralisateur.

Il appelle désormais à une « révolution pacifique » pour sortir le Liban de l’impasse, sans préciser les modalités concrètes de cette transition. « Les Libanais doivent choisir entre le chaos et la reconstruction », a-t-il lancé. Certains observateurs y voient une tentative de réhabiliter son image, alors que sa popularité a fortement décliné ces dernières années, en raison de ses revirements politiques successifs.

Et maintenant ?

Si l’analyse de Joumblatt reflète une partie des frustrations libanaises, elle ne propose pas de feuille de route claire pour sortir de la crise. La communauté internationale, déjà engagée dans des discussions sur la stabilisation du Liban, pourrait prendre en compte ses remarques pour relancer des réformes. Une réunion internationale est prévue le 15 juin 2026 à Paris, où la situation libanaise sera à l’ordre du jour. Reste à savoir si les acteurs politiques locaux seront capables de dépasser leurs divisions avant que la situation ne devienne ingérable.

Cette prise de position de Joumblatt intervient dans un contexte où le Liban, déjà en proie à une inflation record et à des pénuries d’électricité chroniques, voit sa classe politique divisée sur l’attitude à adopter face aux crises successives. Son discours, bien que sévère, rappelle l’urgence d’agir pour éviter que le pays ne sombre définitivement dans le chaos.

Walid Joumblatt, leader du Parti socialiste progressiste (PSP), a marqué la politique libanaise par ses alliances changeantes. Alliée historique de la Syrie dans les années 1990, il s’est ensuite rapproché de l’Arabie saoudite et de l’Occident après 2005. Ses revirements lui ont valu d’être perçu comme un opportuniste par ses détracteurs, tout en conservant une base électorale fidèle parmi les druzes. Son discours actuel, plus moralisateur, vise peut-être à redorer son blason après des années de déclin politique.