Un livreur de repas chinois de 57 ans, Wang Jibing, a marqué l’histoire littéraire de son pays en remportant le prix Lu Xun, l’un des plus prestigieux de Chine, pour son recueil de poèmes Vol à basse altitude. L’annonce a été faite le 15 juillet 2026, lors de la 9e édition de ce prix créé en 1986 en hommage à l’écrivain Lu Xun, comme le rapporte Courrier International.

Wang Jibing devient ainsi le premier livreur de repas à recevoir cette distinction nationale, soulignant un parcours atypique et une reconnaissance de son travail poétique. « Wang Jibing, livreur de repas, a remporté le prix littéraire Lu Xun ! » titrait d’ailleurs le quotidien Renmin Ribao dès le lendemain de l’annonce, le 16 juillet. Son recueil figure parmi les 35 œuvres primées lors de cette édition, qui récompense des auteurs tous les quatre ans.

Ce qu'il faut retenir

  • Wang Jibing, 57 ans, remporte le prix Lu Xun 2026 pour son recueil Vol à basse altitude.
  • Il est le premier livreur de repas à obtenir cette distinction nationale.
  • Son parcours est marqué par une carrière de travailleur précaire avant de devenir livreur à 50 ans.
  • Il a écrit près de 4 000 poèmes en utilisant des supports improvisés, comme des paquets de cigarettes ou ses mains.
  • Le prix Lu Xun, créé en 1986, est l’un des plus prestigieux de Chine.

Un parcours marqué par la précarité avant la consécration

Né dans une famille rurale modeste de la province du Jiangsu, à l’est de la Chine, Wang Jibing a enchaîné les petits boulots pour subvenir à ses besoins. Il a notamment travaillé comme dragueur de sable, marchand ambulant et chiffonnier, des métiers souvent mal rémunérés et physiquement éprouvants. Ce n’est qu’en 2019, à l’âge de 50 ans, qu’il a trouvé un emploi stable — ou du moins plus régulier — en devenant livreur de repas.

Selon le journal Xin Jingbao, il est même devenu « le livreur de repas le plus âgé de sa base », un détail qui illustre autant son expérience que la pénibilité de ce métier. Son parcours est décrit comme « marqué par l’empreinte poignante d’un travailleur ordinaire » par le quotidien pékinois, qui voit en lui une figure de la résilience.

Quatre mille poèmes écrits entre deux livraisons

Wang Jibing a écrit la quasi-totalité de ses poèmes pendant ses pauses, entre deux commandes ou lors des attentes interminables — que ce soit devant un ascenseur ou dans les embouteillages. Pour noter ses vers, il utilisait des morceaux de papier à cigarette ou, faute de mieux, la paume de ses mains. Au total, ce sont près de 4 000 poèmes qui ont ainsi vu le jour, selon les informations rapportées par Courrier International.

Il est désormais surnommé « livreur le jour et poète la nuit », une formule qui résume son double engagement : assurer sa subsistance tout en cultivant sa passion littéraire. Les médias locaux soulignent que son travail poétique, souvent inspiré par sa vie de travailleur, a su toucher un public plus large que les cercles littéraires traditionnels.

Un prix littéraire d’envergure nationale

Le prix Lu Xun, créé en 1986 en l’honneur de l’écrivain chinois Lu Xun — figure majeure de la littérature chinoise du XXᵉ siècle —, est l’une des récompenses les plus convoitées du pays. Décerné tous les quatre ans, il distingue des œuvres littéraires dans divers genres, allant de la poésie au roman en passant par les essais. Cette année, 35 œuvres ont été primées, dont celle de Wang Jibing.

Dans un pays où la littérature est souvent perçue comme un domaine élitiste, son sacre est perçu comme un symbole fort. Le Renmin Ribao et le Xin Jingbao ont tous deux salué une victoire « remarquable » pour un travailleur issu de milieux populaires. La chaîne de télévision CGTN a également consacré un reportage à son parcours, diffusant des images de Wang Jibing en train de livrer des repas ou d’écrire ses poèmes dans des conditions précaires.

Et maintenant ?

Si Wang Jibing a d’ores et déjà marqué l’histoire en devenant le premier livreur à remporter le prix Lu Xun, la suite de sa carrière littéraire reste à écrire. Les médias chinois évoquent déjà la possibilité d’une publication élargie de ses œuvres, voire d’une adaptation de ses poèmes en chansons ou en spectacles. Une chose est sûre : son parcours inspire déjà d’autres travailleurs précaires à se lancer dans l’écriture, malgré les obstacles.

Reste à voir si cette distinction ouvrira de nouvelles portes pour lui, que ce soit au sein de l’industrie du livre ou dans les médias. Une chose est certaine : son histoire rappelle que le talent n’a pas toujours besoin decredentials académiques pour s’exprimer.

Enfin, cette consécration pose la question de la reconnaissance des métiers manuels dans la culture chinoise contemporaine. Wang Jibing incarne une forme de résistance contre les stéréotypes sociaux, montrant que la poésie peut naître des conditions les plus modestes.

À ce stade, aucune annonce officielle n’a été faite concernant les projets futurs de Wang Jibing. Les médias chinois évoquent toutefois des discussions pour une éventuelle publication élargie de ses poèmes ou une adaptation de ses œuvres en d’autres formats. Une tournée de lectures ou des rencontres avec d’autres auteurs pourraient également être envisagées.

Le prix Lu Xun, créé en 1986, est l’un des prix littéraires les plus anciens et respectés en Chine. Il porte le nom de Lu Xun (1881-1936), écrivain et penseur majeur du mouvement du 4 Mai 1919, souvent considéré comme le « père de la littérature chinoise moderne ». Son prestige tient à la fois à l’héritage de Lu Xun et à la sélection rigoureuse des œuvres primées, qui couvrent tous les genres littéraires.