Les États-Unis ont réitéré leur demande aux pays européens et au Canada d’accroître leurs dépenses militaires afin de prendre en charge davantage leur propre sécurité. Cette exigence, formulée lors d’une réunion au siège de l’Otan à Bruxelles jeudi 28 août 2026, s’inscrit dans un contexte de révision stratégique américaine visant à réduire l’empreinte militaire de Washington en Europe. Selon nos confrères de BFM Business, Elbridge Colby, sous-secrétaire américain à la Défense, a rencontré les alliés européens pour évaluer leur engagement à assumer « la responsabilité principale de leur défense conventionnelle ».

Ce qu'il faut retenir

  • Les États-Unis exigent une augmentation des dépenses de défense européennes, avec un objectif de 5 % du PIB d’ici 2035.
  • Washington a lancé en juin 2026 un examen de six mois pour revoir sa présence militaire en Europe, entamé officiellement fin juillet.
  • Les États-Unis ont déjà annoncé le retrait de 4 000 à 5 000 soldats d’Allemagne, où 36 000 militaires américains sont stationnés.
  • Mark Rutte, secrétaire général de l’Otan, a participé aux discussions aux côtés d’Elbridge Colby.

Une pression accrue depuis le retour de Donald Trump

La demande américaine n’est pas nouvelle, mais elle s’est intensifiée depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche en janvier 2025. En juin dernier à Bruxelles, son secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, avait qualifié de « honteux » le manque de coopération de certains alliés européens, notamment en ce qui concerne l’accès aux bases de l’Otan ou les survols territoriaux. Elbridge Colby a souligné jeudi que des « questions comme l’accès, l’utilisation des bases et les survols » devaient être réglées pour que la coopération future soit « cohérente ».

L’Europe face à l’équation d’une autonomie stratégique

Pour les États-Unis, l’enjeu est clair : l’Europe, « continent très riche », doit assumer davantage sa défense conventionnelle. Elbridge Colby a évoqué une « conversation pragmatique » lors de la réunion, précisant que l’objectif était d’avancer « ensemble dans un monde où l’Europe peut prendre la responsabilité principale de sa propre défense ». Cette position s’appuie sur le constat que les dépenses militaires européennes restent, en moyenne, bien en deçà des attentes américaines. Aujourd’hui, seuls quelques pays membres de l’Otan – comme la Pologne ou les pays baltes – dépassent les 2 % de leur PIB alloués à la défense, un seuil pourtant fixé comme minimum en 2014.

L’administration Trump pousse désormais pour un engagement bien plus ambitieux : 5 % du PIB d’ici 2035. Cette exigence, formulée publiquement lors du sommet de l’Otan en juin 2026, marque une rupture avec les décennies de leadership américain en matière de sécurité européenne. Elle s’accompagne d’une réduction concrète des moyens américains sur le continent. Depuis mai 2026, Washington a confirmé le retrait de plusieurs milliers de soldats d’Allemagne, réduisant ainsi l’une des plus importantes garnisons américaines en Europe. Une décision qui, selon les analystes, pourrait s’étendre à d’autres pays comme la Pologne ou l’Italie.

L’Otan dans la tourmente : entre solidarité affichée et désengagement américain

La réunion de Bruxelles s’est tenue dans un climat de tensions larvées au sein de l’Alliance atlantique. Mark Rutte, secrétaire général de l’Otan, a tenté de rassurer sur la cohésion du groupe, évoquant un « esprit de consultation et de participation » lors des échanges. Pourtant, les désaccords persistent. Certains pays européens, comme la France, plaident pour une défense européenne autonome, tandis que d’autres, dépendants du parapluie américain, rechignent à augmenter leurs budgets militaires.

Par ailleurs, Washington a annoncé début juin 2026 une réduction de sa contribution au « modèle de forces » de l’Otan. Ce mécanisme permet à l’Alliance d’évaluer les moyens militaires dont elle peut disposer en cas de crise. Une diminution de l’engagement américain pourrait fragiliser la capacité opérationnelle de l’Otan, surtout si les Européens ne comblent pas rapidement le vide laissé par le désengagement de Washington.

« L’Europe, qui est évidemment un continent très riche, peut prendre, et prend, la responsabilité principale de sa propre défense conventionnelle. »
— Elbridge Colby, sous-secrétaire américain à la Défense, lors de sa déclaration devant la presse au siège de l’Otan, le 28 août 2026.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines seront déterminantes. D’ici fin 2026, l’administration Trump devrait publier les conclusions de son examen stratégique sur la présence militaire américaine en Europe. Si les Européens ne parviennent pas à un accord sur une augmentation significative de leurs dépenses, les États-Unis pourraient accélérer leurs retraits, voire suspendre certaines aides militaires. Les 32 pays membres de l’Otan doivent par ailleurs finaliser d’ici 2027 leur prochain plan de défense, un exercice qui s’annonce déjà complexe. La question d’une autonomie stratégique européenne, souvent évoquée, pourrait enfin trouver un début de concrétisation – à condition que les divisions internes ne l’emportent pas.

Cette pression américaine intervient alors que le contexte géopolitique reste tendu. La guerre en Ukraine, toujours en cours en 2026, rappelle l’importance d’une défense européenne renforcée. Pourtant, les divisions entre États membres, les contraintes budgétaires et les priorités nationales risquent de freiner une réponse unifiée. Dans ce paysage, l’Otan, pilier de la sécurité transatlantique depuis 1949, se trouve à un tournant historique.

Autant dire que les prochains mois seront cruciaux pour déterminer si l’Europe saura saisir cette opportunité pour devenir un acteur majeur de sa propre sécurité – ou si elle restera dépendante d’un partenaire américain de plus en plus réticent à assumer seul ce rôle.

Selon nos confrères de BFM Business, Washington justifie cette demande par le coût élevé de son engagement en Europe et par la volonté de recentrer ses ressources sur d’autres zones stratégiques, comme l’Asie-Pacifique. Les États-Unis estiment également que l’Europe, en tant que « continent très riche », dispose des moyens financiers pour assumer davantage sa défense sans dépendre systématiquement de l’aide américaine.

D’après les données disponibles en août 2026, la Pologne et les pays baltes (Estonie, Lettonie, Lituanie) figurent parmi les États membres de l’Otan qui dépassent déjà le seuil des 2 % de leur PIB consacré à la défense. La Pologne, en particulier, a récemment annoncé des investissements massifs dans ses forces armées, incluant l’achat de systèmes de défense antiaérienne et la modernisation de ses forces terrestres.