L’application américaine Whoop, valorisée à plus de 10 milliards de dollars, a engagé une procédure judiciaire contre Bevel, une jeune entreprise française spécialisée dans l’analyse des données de santé via l’intelligence artificielle. Selon Numerama, Whoop reproche à son concurrent d’avoir copié son interface ainsi que certaines fonctionnalités clés, une accusation que Bevel rejette en bloc, dénonçant à son tour des emprunts de design de la part de Whoop.
Ce qu'il faut retenir
- Whoop, valorisée à 10,1 milliards de dollars, accuse Bevel d’avoir copié son interface et ses fonctionnalités dans son application d’analyse de données de santé.
- Bevel, qui permet d’analyser les données de n’importe quelle montre ou bracelet connecté, propose un modèle gratuit avec un coach IA, là où Whoop mise sur un abonnement payant associé à son propre bracelet.
- Whoop a déposé une plainte de 111 pages au Delaware, exigeant notamment que Bevel désactive son mode sombre et modifie des termes courants comme « Strain » (Effort) ou « Recovery » (Récupération).
- Bevel affirme que Whoop a elle-même repris des éléments de son design, comme le système des « trois roues de progrès », et dénonce une tentative d’éliminer la concurrence avant l’arrivée de géants comme Apple ou Google sur ce marché.
- La bataille judiciaire pourrait s’avérer disproportionnée, mais Bevel espère que la médiatisation de l’affaire renforcera sa notoriété.
Un géant de la santé connectée contre une startup en plein essor
Whoop, connue pour ses bracelets sans écran utilisés par de nombreux sportifs de haut niveau, a récemment vu sa valorisation bondir à 10,1 milliards de dollars après une levée de fonds de 575 millions de dollars. L’entreprise américaine mise sur un modèle économique basé sur un abonnement mensuel, le matériel (bracelet) étant fourni gratuitement aux utilisateurs. Son principal actif réside dans son algorithme et son interface, conçus pour analyser en temps réel l’état de santé et les performances physiques de ses utilisateurs.
Face à cette domination, Bevel a émergé comme un acteur disruptif. Cette application française, gratuite et compatible avec la plupart des montres et bracelets connectés (Apple Watch, Garmin, etc.), propose une analyse des données de santé via une interface intuitive et un coach IA. Son succès récent s’explique par sa capacité à centraliser et décrypter les données collectées par les appareils connectés, un service jusqu’ici réservé aux utilisateurs de bracelets Whoop. Autant dire que le modèle de l’entreprise américaine se trouve directement menacé.
Des accusations de copie réciproque
Dans une plainte déposée le 3 avril 2026 au tribunal du Delaware, Whoop accuse Bevel d’avoir « copié son interface et ses fonctionnalités », notamment son système de notation (Effort, Récupération, Sommeil) et son design. L’entreprise demande à Bevel de cesser immédiatement ces pratiques, allant jusqu’à exiger la désactivation de son mode sombre et l’abandon de termes génériques comme « Strain » ou « Recovery », qu’elle revendique comme sa propriété intellectuelle.
Bevel, de son côté, rejette ces accusations avec ironie. Dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux, Greg Nguyen, son fondateur, a rappelé que Whoop avait elle-même repris des éléments de son design. « L’inspiration est réciproque dans le monde de la technologie concurrentielle », a-t-il souligné, en produisant des captures d’écran montrant que Whoop avait récemment modifié son écran d’accueil pour adopter un système de « trois roues de progrès » identique à celui de Bevel. Une manière pour la jeune entreprise de retourner l’accusation et de souligner l’hypocrisie de Whoop, qui chercherait à éliminer un concurrent avant l’arrivée annoncée d’Apple ou de Google sur ce marché.
Un marché convoité et une stratégie de survie
Le conflit entre Whoop et Bevel s’inscrit dans un contexte de forte concurrence sur le marché des applications de santé connectée. Si Whoop domine actuellement le secteur des bracelets dédiés, son modèle économique repose sur un abonnement coûteux, couplé à un matériel gratuit. Un choix risqué face à l’arrivée prochaine de géants comme Apple, dont l’Apple Watch pourrait intégrer nativement des fonctionnalités similaires via Health+, ou Google, qui pourrait développer des services équivalents via Fitbit.
Pour Whoop, attaquer Bevel relève d’une stratégie de survie. En s’attaquant à cette petite structure, l’entreprise américaine cherche à éliminer un concurrent direct avant que les géants du numérique ne s’emparent du marché. « On ne veut pas se faire « sherlocker » », a expliqué un porte-parole de Whoop, faisant référence à la pratique qui consiste pour une grande entreprise à intégrer les fonctionnalités d’une application tierce dans ses propres services, rendant cette dernière obsolète. En ciblant Bevel, Whoop espère ralentir l’échéance et consolider sa position le temps que ses concurrents plus puissants n’agissent.
Une bataille judiciaire aux enjeux financiers et technologiques
La plainte déposée par Whoop, qui s’étend sur 111 pages, illustre l’ampleur de la bataille juridique à venir. L’entreprise demande non seulement l’arrêt des pratiques de Bevel, mais aussi des dommages et intérêts substantiels. Pour une jeune startup comme Bevel, ces demandes pourraient s’avérer dévastatrices, même si son fondateur assure vouloir se battre. « Nous ne sommes pas intimidés. Cette plainte pourrait même nous faire gagner en visibilité », a déclaré Greg Nguyen sur X (ex-Twitter).
Pour Whoop, la stratégie est claire : épuiser Bevel sous le poids des frais juridiques, forçant ainsi l’entreprise à modifier son application ou à cesser ses activités. Une tactique déjà utilisée par d’autres géants technologiques pour éliminer des concurrents plus petits. Pourtant, l’effet inverse pourrait se produire. La médiatisation de cette affaire pourrait attirer l’attention sur Bevel, dont la notoriété reste encore limitée malgré son succès grandissant.
Quoi qu’il en soit, cette affaire rappelle les tensions croissantes entre les startups innovantes et les géants technologiques, qui n’hésitent plus à utiliser les tribunaux pour éliminer des concurrents avant qu’ils ne deviennent une menace sérieuse. Pour Bevel, la bataille judiciaire pourrait bien être le prix à payer pour avoir bousculé les codes d’un marché jusqu’ici dominé par Whoop.
Whoop cible Bevel car cette startup représente une menace directe et immédiate pour son modèle économique. Contrairement à Apple ou Google, qui ne sont pas encore pleinement positionnés sur ce marché, Bevel propose déjà une alternative gratuite et performante aux services de Whoop, ce qui pourrait séduire une large partie des utilisateurs de bracelets connectés. En s’attaquant à Bevel, Whoop cherche à éliminer un concurrent avant que les géants du numérique ne s’emparent du secteur.
Si Whoop obtient gain de cause, Bevel pourrait être contrainte de modifier son application ou de cesser son activité, privant ainsi les utilisateurs d’un service gratuit et innovant. À l’inverse, une victoire de Bevel pourrait affaiblir la position de Whoop sur le marché et accélérer l’arrivée de nouveaux concurrents, offrant davantage de choix aux consommateurs. La médiatisation de l’affaire pourrait également attirer l’attention sur les alternatives existantes, bénéficiant indirectement aux utilisateurs.
