Depuis sept jours, les infrastructures logistiques du géant russe Wildberries, fleuron de l'e-commerce national, sont la cible d'attaques par drones menées par l'armée ukrainienne. Selon Libération, Kyiv accuse explicitement l'entreprise de participer, directement ou indirectement, à l'effort de guerre russe en alimentant son industrie de défense.

Ce qu'il faut retenir

  • Les attaques ukrainiennes visent les plateformes logistiques de Wildberries depuis une semaine
  • Kyiv accuse l'entreprise de contribuer à l'industrie de défense russe
  • Wildberries, fondé en 2004, est le deuxième plus grand site de commerce en ligne en Russie
  • Les frappes par drones ciblent des entrepôts et centres de distribution stratégiques
  • Ces attaques s'inscrivent dans une stratégie ukrainienne plus large visant les chaînes d'approvisionnement russes

Un géant du e-commerce sous pression militaire

Fondé en 2004 par Tatyana Bakalchuk et son mari Vladislav, Wildberries est aujourd'hui le deuxième plus grand site de commerce en ligne en Russie, derrière Ozon. Avec un chiffre d'affaires estimé à plus de 10 milliards de dollars en 2025, l'entreprise emploie près de 50 000 salariés et gère un réseau de plus de 2 000 entrepôts répartis sur tout le territoire russe.

Les frappes ukrainiennes, qui se sont intensifiées ces derniers jours, visent précisément ces infrastructures logistiques. Selon des sources militaires citées par Libération, les drones utilisés seraient des modèles à longue portée, capables de frapper des cibles situées à plusieurs centaines de kilomètres des lignes de front. Les premiers rapports font état de dégâts matériels importants dans plusieurs centres de distribution, sans faire de victimes civiles à ce stade.

Kyiv accuse Wildberries de complicité avec l'effort de guerre russe

Dans un communiqué publié hier, le ministère ukrainien de la Défense a affirmé que Wildberries « joue un rôle clé dans le soutien logistique de l'industrie militaire russe ». L'entreprise, dont le siège social est situé à Moscou, est accusée de livrer des équipements et fournitures à des entreprises russes impliquées dans la production d'armements. « Ces livraisons, bien que civiles en apparence, renforcent directement la capacité de production militaire de Moscou », a déclaré un porte-parole du ministère, cité par Libération.

Wildberries n'a pas encore réagi officiellement à ces accusations. Interrogée par Libération, une source proche de l'entreprise a simplement indiqué que « toutes les livraisons respectent les réglementations internationales en vigueur ». Cette déclaration n'a pas convaincu les autorités ukrainiennes, qui ont annoncé leur intention de poursuivre leurs attaques contre les infrastructures de l'entreprise « tant que la Russie maintient son agression contre l'Ukraine ».

Une stratégie ukrainienne ciblant les chaînes d'approvisionnement russes

Ces frappes s'inscrivent dans une stratégie plus large adoptée par l'Ukraine pour fragiliser l'économie russe. Depuis le début de l'année, les forces ukrainiennes ont multiplié les attaques contre des infrastructures logistiques, énergétiques et industrielles en Russie profonde. En avril dernier, des drones avaient ainsi frappé une raffinerie de pétrole dans la région de Samara, provoquant d'importants dégâts. Selon les experts, cette campagne vise à déstabiliser l'économie russe en limitant ses capacités de production et de distribution.

Pour Wildberries, dont les entrepôts sont souvent situés en périphérie des grandes villes, ces attaques représentent un risque croissant. « La localisation des entrepôts, souvent en zone urbaine ou périurbaine, expose l'entreprise à des risques collatéraux en cas de frappe ukrainienne », explique un analyste spécialisé dans les risques géopolitiques. À ce jour, les autorités russes n'ont pas communiqué sur d'éventuelles mesures de protection renforcées pour les infrastructures de l'entreprise.

Et maintenant ?

Si les attaques se poursuivent, Wildberries pourrait être contraint de déplacer une partie de ses activités vers des zones moins exposées, ou de renforcer ses mesures de sécurité. Une telle décision aurait un coût logistique et financier important pour l'entreprise, déjà fragilisée par les sanctions internationales et la baisse du pouvoir d'achat en Russie. D'après les observateurs, une escalade des frappes pourrait également entraîner une réaction plus ferme de Moscou, qui pourrait riposter en ciblant des infrastructures ukrainiennes similaires.

Ces événements soulèvent une question plus large : jusqu'où l'Ukraine est-elle prête à aller pour affaiblir l'économie russe ? Une chose est sûre, dans ce conflit où chaque camp cherche à porter l'offensive au-delà des lignes de front, les géants du commerce et de l'industrie deviennent des enjeux stratégiques.