Un investissement de 500 millions de dollars, un stablecoin et une licence bancaire obtenue en août 2026 : le projet World Liberty Financial (WLFI), porté par la famille Trump, cristallise les interrogations sur d’éventuels conflits d’intérêts entre Washington et Abou Dhabi. Selon nos confrères de Cryptoast, ce projet de banque crypto américaine, destiné à émettre le stablecoin USD1, repose sur un partenariat controversé avec Tahnoon bin Zayed al Nahyan, frère du président des Émirats arabes unis (EAU) et figure centrale de leur appareil de sécurité.

Ce qu'il faut retenir

  • World Liberty Financial (WLFI) a obtenu une licence bancaire préliminaire de l’Office of the Comptroller of the Currency (OCC) en août 2026, malgré des liens étroits avec Tahnoon bin Zayed al Nahyan.
  • Un fonds émirati détenu à 49 % par Tahnoon contrôle WLTC Holdings, la structure porteuse du projet bancaire, tandis que la famille Trump en détient 38 %.
  • Un investissement initial de 500 millions de dollars de Tahnoon aurait permis un transfert de 263 millions de dollars vers des entités liées à la famille Trump.
  • L’OCC a imposé un « engagement de passivité » à certains actionnaires, limitant leur influence sur la gestion de la future banque fiduciaire.
  • Ces développements surviennent alors que l’administration Trump a assoupli, en novembre 2025, les restrictions sur la vente de puces américaines à des entreprises contrôlées par Tahnoon.

Une licence bancaire obtenue dans un contexte opaque

Le 28 août 2026, l’Office of the Comptroller of the Currency (OCC), régulateur bancaire fédéral américain, a accordé à World Liberty Financial une autorisation préliminaire pour lancer une banque fiduciaire nationale. Ce statut lui permettra d’émettre et de gérer le stablecoin USD1, conçu pour servir de pont entre les cryptomonnaies et le système financier traditionnel. Pourtant, l’obtention de cette licence intervient alors que les liens entre le projet et les Émirats arabes unis sont de plus en plus scrutés par les observateurs.

Derrière World Liberty Financial se cache WLTC Holdings, une société créée pour porter les activités bancaires du projet. Selon les informations révélées par Cryptoast, cette entité est détenue à hauteur de 49 % par un fonds contrôlé par Tahnoon bin Zayed al Nahyan, tandis que la famille Trump en possède 38 %. Le solde est réparti entre d’autres investisseurs. Tahnoon, surnommé « le cheikh espion » pour son rôle dans les services de renseignement émiratis, aurait également injecté un capital initial de 500 millions de dollars dans World Liberty Financial, dont 263 millions de dollars auraient été transférés à des structures liées à Donald Trump.

Des transferts financiers et des questions de sécurité nationale

Les transactions entre les entités émiraties et la famille Trump soulèvent des interrogations sur d’éventuels conflits d’intérêts, notamment en matière de sécurité nationale. Ces craintes ont été renforcées par une série de décisions récentes de l’administration Trump concernant les exportations de puces électroniques vers le Moyen-Orient. En novembre 2025, Washington a autorisé la vente directe de puces américaines à G42, une entreprise d’intelligence artificielle émiratie dirigée par Tahnoon, après des années de restrictions destinées à empêcher leur réexportation vers la Chine. Les quotas imposés sur ces ventes ont ensuite été levés pour une durée minimale de neuf mois.

Ces assouplissements ont été perçus comme une contrepartie à l’investissement de Tahnoon dans World Liberty Financial, une hypothèse catégoriquement démentie par l’administration Trump. Kathleen Clark, professeure de droit spécialisée en éthique à l’université de Washington, a cependant estimé que « Trump brade la sécurité nationale américaine en échange de la maximisation de sa propre richesse ». Une déclaration qui illustre l’ampleur des tensions autour de ce dossier.

« Trump brade la sécurité nationale américaine en échange de la maximisation de sa propre richesse. »
Kathleen Clark, professeure de droit et ancienne juriste en éthique

Un « engagement de passivité » imposé par le régulateur

Pour tenter de lever les soupçons, l’OCC a exigé lors de la délivrance de la licence bancaire que certains actionnaires, dont ceux liés à la famille Trump et à Tahnoon, signent un « engagement de passivité ». Ce document les oblige à ne pas chercher à influencer la direction de la banque ou à en prendre le contrôle. Une mesure exceptionnelle, rapportée par le Wall Street Journal, qui vise à apaiser les inquiétudes des régulateurs et à éviter un examen plus approfondi du Congrès.

Les élus démocrates, eux, réclament des éclaircissements sur les véritables bénéficiaires de la banque et l’étendue des liens entre World Liberty Financial et Tahnoon bin Zayed al Nahyan. Ces demandes s’inscrivent dans un contexte plus large de tensions politiques autour des relations entre les États-Unis et les Émirats arabes unis, notamment sur les transferts technologiques sensibles.

Un autre élément de controverse : la grâce accordée à Changpeng Zhao

Le projet World Liberty Financial n’est pas le seul dossier à alimenter les suspicions. En octobre 2025, Donald Trump a accordé une grâce présidentielle à Changpeng Zhao, fondateur de la plateforme d’échange de cryptomonnaies Binance, condamné aux États-Unis pour des manquements à la réglementation financière. Quelques semaines plus tard, Binance a annoncé l’intégration du stablecoin USD1 comme « option centrale » sur sa plateforme, une coïncidence qui interroge les observateurs.

Ces enchaînements soulèvent des questions sur d’éventuels échanges de faveurs entre la famille Trump et des acteurs économiques internationaux, dans un secteur – la cryptomonnaie – où les régulations restent en construction. Si l’administration Trump nie toute collusion, les parallèles entre ces événements alimentent un climat de défiance.

Et maintenant ?

Le prochain cap pour World Liberty Financial sera l’obtention de la licence bancaire définitive, une procédure qui pourrait s’étaler sur plusieurs mois. Les élus démocrates ont déjà annoncé leur intention de demander un audit indépendant sur les liens entre la banque et les Émirats arabes unis, tandis que le Congrès pourrait organiser des auditions pour examiner les décisions de l’OCC. Par ailleurs, l’administration Trump devra clarifier sa politique concernant les exportations de technologies sensibles vers le Moyen-Orient, un dossier qui cristallise les tensions géopolitiques.

D’ici là, les observateurs attendent avec attention les réactions des régulateurs européens et asiatiques, qui pourraient durcir leur surveillance de World Liberty Financial en fonction des révélations à venir. Bref, l’histoire de cette banque crypto est loin d’être terminée.

World Liberty Financial (WLFI) est un projet de banque crypto porté par la famille Trump, visant à créer une banque fiduciaire nationale aux États-Unis. Cette entité, basée sur la blockchain, prévoit d’émettre un stablecoin appelé USD1 et de proposer des services financiers traditionnels. Le projet a obtenu une licence bancaire préliminaire en août 2026, malgré des liens controversés avec les Émirats arabes unis.

Tahnoon bin Zayed al Nahyan est le frère du président des Émirats arabes unis (EAU) et une figure centrale de leur appareil de sécurité et de renseignement. Il est surnommé « le cheikh espion » en raison de son influence dans ce domaine. Tahnoon est également un investisseur majeur dans World Liberty Financial : son fonds détient 49 % de WLTC Holdings, la structure porteuse du projet bancaire, et il aurait injecté un capital initial de 500 millions de dollars, dont 263 millions de dollars auraient été transférés à des entités liées à la famille Trump.