« Madame Fedorova est une propagandiste patentée. » La formule cinglante, prononcée par le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot, résume l’état des relations tendues entre la France, l’Union européenne et cette journaliste russe naturalisée française, dont la trajectoire incarne les controverses autour de la désinformation prorusse en Europe. Selon Franceinfo - Culture, cette figure médiatique, passée par RT France avant de devenir chroniqueuse sur les chaînes du groupe Bolloré, est désormais au cœur d’une polémique politique et médiatique qui secoue l’Hexagone et Bruxelles.
Ce qu'il faut retenir
- Xenia Fedorova, ancienne directrice de RT France, est qualifiée de « propagandiste patentée » par le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot, selon Franceinfo - Culture.
- Son titre de séjour a été prolongé en 2024 pour dix ans, une décision qui suscite l’incompréhension et la colère de plusieurs eurodéputés, dont Nathalie Loiseau et Raphaël Glucksmann.
- Elle a occupé des postes clés au sein de Russia Today (RT) dès la fin des années 2000, avant de diriger la version française de la chaîne, interdite en Europe après l’invasion de l’Ukraine en février 2022.
- Depuis 2025, elle anime des chroniques sur C8, Europe 1, Cnews et le JD News, où elle défend systématiquement le narratif du Kremlin, notamment sur la guerre en Ukraine.
- Plusieurs de ses déclarations récentes, comme celle du 10 mai 2026 sur Cnews affirmant que « l’Occident a décidé de prolonger le conflit » en Ukraine, ont déclenché une nouvelle vague de critiques à son encontre.
Une carrière forgée à l’ombre du Kremlin
Xenia Fedorova, âgée de 45 ans, a bâti sa carrière au sein de Russia Today (RT), un média financé par le Kremlin. Selon Franceinfo - Culture, elle y a gravi les échelons sans disposer d’aucune formation journalistique initiale, se rapprochant progressivement de Margarita Simonian, une figure centrale de la propagande russe. Son ascension l’a menée jusqu’à la direction de RT France en 2017, où elle a rapidement été au cœur de polémiques. Dès le lancement de la chaîne, des accusations de désinformation ont émaillé son parcours, notamment lors de la campagne présidentielle française de 2017.
Lors d’une conférence de presse commune avec Vladimir Poutine en mai 2017, elle avait interpellé Emmanuel Macron sur les difficultés rencontrées par ses journalistes pour obtenir des accréditations. Le président français lui avait rétorqué : « J’ai toujours eu une relation exemplaire avec les journalistes étrangers, encore faut-il qu’ils soient journalistes. (…) Russia Today et Sputnik ont été des organes d’influence pendant cette campagne qui ont à plusieurs reprises produit des contre-vérités sur ma personne et ma campagne. » Une réponse qui avait marqué les esprits et illustré les tensions entre RT France et les institutions françaises.
Des manquements répétés à la rigueur journalistique
Les controverses autour de Xenia Fedorova ne se sont pas limitées aux déclarations politiques. En juin 2018, RT France a été mise en demeure par le CSA (devenu depuis l’Arcom) pour « manquements à l’honnêteté, à la rigueur de l’information et à la diversité des points de vue » dans sa couverture de la guerre civile en Syrie. La chaîne avait notamment diffusé un reportage contestant la réalité des attaques à l’arme chimique dans la région de la Ghouta orientale, en accord avec la version russe des événements. Interrogée par Sud Radio quelques années plus tard, elle avait qualifié ces critiques de « problème technique », tout en défendant l’indépendance de ses journalistes — un argument difficile à concilier avec les déclarations de Vladimir Poutine en 2013, selon lesquelles la mission de RT était de transmettre le point de vue du Kremlin.
Ces manquements n’ont pas empêché Xenia Fedorova de poursuivre sa carrière en France après l’interdiction de RT en février 2022, consécutive à l’invasion de l’Ukraine. Contrairement à la chaîne, elle a pu rester sur le territoire français, son titre de séjour ayant été prolongé pour une durée de dix ans en 2024. Une décision administrative qui, selon Le Monde et rapportée par Franceinfo - Culture, a été prise de manière purement administrative, sans intervention directe de l’État, comme l’a précisé l’ancien préfet de police de Paris, Laurent Nunez, devenu entre-temps ministre de l’Intérieur.
De RT France aux plateaux Bolloré : une reconversion médiatique
Malgré l’interdiction de RT France en Europe, Xenia Fedorova a su rebondir dans les médias français. Depuis 2025, elle intervient régulièrement comme chroniqueuse sur C8, Europe 1, Cnews et le JD News, où elle défend systématiquement les thèses du Kremlin. Ses prises de parole, souvent polémiques, ont récemment provoqué une nouvelle salve de critiques. Le 10 mai 2026, lors d’une intervention sur Cnews, elle affirmait par exemple que « l’on sait aujourd’hui que c’est l’Occident qui a décidé de prolonger ce conflit » en Ukraine. Une déclaration qui a relancé les accusations de désinformation à son encontre.
Quelques semaines plus tôt, le 26 mars 2026, elle avait également suscité l’indignation en sous-entendant que l’Allemagne pourrait planifier une nouvelle guerre en Europe, en déclarant : « L’Allemagne se réarme très vite, très rapidement […] sur le continent européen quand même deux guerres mondiales… » avant d’appeler à « ne pas oublier le passé ». Ses interventions récurrentes appellent systématiquement à un réchauffement des relations entre la France, l’Europe et la Russie, tout en pointant du doigt la dépendance énergétique européenne ou en accusant l’Ukraine de nazisme — des thèmes récurrents dans la rhétorique prorusse.
Une défense fondée sur la « russophobie » et la liberté d’expression
À chaque critique, Xenia Fedorova se présente en victime d’une « russophobie » qui, selon elle, gangrènerait le débat public en France et en Europe. Un argument régulièrement repris par ses défenseurs, qui dénoncent une atteinte à la liberté d’expression. Pourtant, comme le souligne Franceinfo - Culture, cette rhétorique s’inscrit dans une stratégie plus large de désinformation utilisée par Moscou pour discréditer les critiques à son encontre. En Russie, où tout discours dissident sur l’armée peut être puni de 15 ans de prison, les journalistes étrangers se voient régulièrement refuser des visas presse — une réalité bien éloignée de la « liberté d’expression » qu’elle prétend défendre.
Le gouvernement français et plusieurs eurodéputés, dont Nathalie Loiseau (Renew) et Valérie Hayer (Renew), ont réagi avec fermeté. Nathalie Loiseau a demandé des sanctions européennes à son encontre, tandis que Valérie Hayer a saisi l’Arcom. Raphaël Glucksmann (S&D) a pour sa part appelé à lui retirer l’accès aux médias. Des initiatives qui contrastent avec la protection dont elle bénéficie de la part des groupes audiovisuels de Vincent Bolloré, où ses chroniques rencontrent un écho croissant.
L’affaire Fedorova illustre les tensions persistantes entre la liberté d’expression, la désinformation et les enjeux géopolitiques en Europe. Alors que la guerre en Ukraine entre dans sa troisième année, les débats sur la régulation des médias pro-Kremlin et la protection des démocraties contre les ingérences étrangères devraient occuper le devant de la scène médiatique et politique dans les mois à venir.
Xenia Fedorova est accusée de propagande prorusse en raison de ses prises de position répétées en faveur du narratif du Kremlin, notamment sur la guerre en Ukraine. Selon Franceinfo - Culture, ses interventions dans les médias français (C8, Europe 1, Cnews) reprennent systématiquement les éléments de langage du régime russe, comme l’affirmation que l’Occident prolongerait le conflit ou que l’Ukraine serait un régime nazi. Ces déclarations ont été qualifiées de désinformation par le gouvernement français et plusieurs eurodéputés.