L'artiste japonaise Yayoi Kusama, mondialement reconnue pour ses installations immersives à pois et ses salles infinies, est décédée à l'âge de 97 ans, selon Euronews FR. Son décès, survenu ce mercredi 2 septembre 2026, marque la fin d'une carrière de près de huit décennies, durant laquelle elle a révolutionné l'art contemporain en fusionnant peinture, sculpture et performances.
Ce qu'il faut retenir
- Née en 1929 à Matsumoto, au Japon, Kusama a débuté sa carrière à New York dans les années 1950 avant de devenir une icône mondiale.
- Ses œuvres emblématiques incluent les paintings « Infinity Net », les sculptures phalliques et les chambres de miroirs infinis.
- En 1977, elle s'installe volontairement dans un établissement psychiatrique à Tokyo, où elle vit et travaille jusqu'à ses derniers jours.
- Sa célébrité tardive, après des décennies de reconnaissance internationale, lui a valu des collaborations avec des marques comme Louis Vuitton et des distinctions prestigieuses, dont l’Ordre de la Culture en 2016.
- Elle laisse derrière elle une œuvre monumentale, exposée dans les plus grands musées du monde, des records aux enchères et une influence majeure sur plusieurs générations d'artistes.
Une enfance marquée par la création et la souffrance
Née le 22 mars 1929 à Matsumoto, dans le centre du Japon, Yayoi Kusama grandit dans un milieu familial strict et conservateur. Dès son plus jeune âge, elle fait l'expérience d'hallucinations et de troubles obsessionnels, des épreuves qu'elle transformera plus tard en moteur de sa création artistique. Comme elle le racontera elle-même, ces visions, souvent angoissantes, inspireront des décennies plus tard ses motifs récurrents : les pois, les citrouilles et les réseaux infinis.
À 28 ans, refusant l'avenir tout tracé que lui réserve la société japonaise – un mariage arrangé et une vie domestique –, elle quitte son pays en 1958 pour New York. « Je voulais fuir, explorer le monde et trouver ma place dans l'art », expliquera-t-elle dans une interview accordée au Tate Modern en 2017. Un choix audacieux pour une femme à une époque où la scène artistique était largement dominée par les hommes.
New York, le laboratoire de sa révolution artistique
Dans la métropole américaine, Kusama s'immerge dans l'avant-garde, fréquentant des figures comme Andy Warhol ou Donald Judd. Elle développe alors son style signature : des toiles monochromes couvertes de motifs à pois, des sculptures phalliques et des installations immersives. Ses œuvres, à la fois poétiques et provocantes, dérangent autant qu'elles fascinent. En 1966, elle présente à la Biennale de Venise son installation « Narcissus Garden », composée de 1 500 sphères métalliques réfléchissantes, qu'elle vend aux visiteurs sous le slogan « Your narcissism for sale » – un pied de nez au mercantilisme de l'art.
Son engagement ne se limite pas à la création. Kusama multiplie les happenings et performances contestataires : elle propose au président américain Richard Nixon de coucher avec elle en échange de la fin de la guerre du Vietnam, organise le premier mariage homosexuel de New York en 1968, ou encore lave un drapeau soviétique devant le siège de l'ONU. Autant d'actions qui font d'elle une artiste militante et anti-establishment, bien avant que ce terme ne devienne une norme.
Un retour au Japon et une consécration tardive
En 1977, après près de vingt ans passés aux États-Unis, Yayoi Kusama rentre au Japon. Affaiblie par une santé mentale fragile, elle décide de s'installer volontairement dans un hôpital psychiatrique à Tokyo, où elle réside encore à sa mort. Pourtant, cette période n'est pas synonyme de retrait. Au contraire, elle y trouve un espace de travail ininterrompu. « Mon atelier est à l'hôpital, et ma vie est là-bas », confiait-elle en 2012. Dans ce cadre, elle continue de peindre quotidiennement, explorant sans relâche les thèmes de l'infini, de la répétition et de la dualité entre destruction et renaissance.
Pendant des décennies, Kusama reste une artiste culte, admirée par les initiés mais ignorée du grand public. Tout change dans les années 2000. Ses installations, comme « Pumpkin » ou « Infinity Mirrored Room », deviennent virales sur les réseaux sociaux. Les musées du monde entier se l'arrachent : le MoMA à New York, la Tate Modern à Londres, le Centre Pompidou à Paris ou encore le MNAC à Mexico organisent des rétrospectives de son œuvre. En 2016, le gouvernement japonais lui décerne l'Ordre de la Culture, la plus haute distinction artistique du pays – une reconnaissance symbolique forte pour une femme qui a toujours lutté contre les conventions.
Une influence durable et des records historiques
Son impact sur l'art contemporain est aujourd'hui incontestable. Kusama a inspiré des générations d'artistes, des peintres aux street artists, en passant par les créateurs de mode. Ses collaborations avec des marques comme Louis Vuitton en 2012 ont marqué l'histoire du luxe, transformant ses motifs à pois en phénomène culturel global. En 2021, une sculpture de citrouille de l'artiste s'est vendue pour plus de 7 millions de dollars aux enchères, établissant un record pour une œuvre d'une artiste femme vivante. Une performance qui illustre l'essor spectaculaire de sa cote sur le marché de l'art.
Malgré les succès, Kusama est restée jusqu'au bout fidèle à sa démarche. Dans un communiqué publié à l'annonce de sa disparition, sa fondation a rappelé que l'artiste avait « continué à peindre jusqu'à ses derniers jours, sans jamais poser son pinceau ». Elle a également poursuivi son exploration artistique, notamment à travers des séries comme « Love Arrives at the Earth Carrying with It a Tale of Cosmos », exposée à la Tate Modern en 2022. « Tout au long d'une vie entièrement consacrée à l'art, elle a mené une carrière pionnière, dont la pratique englobait peinture, performance, fiction et poésie », peut-on y lire.
La mort de Kusama survient à un moment où l'art immersif et participatif connaît un essor sans précédent. Ses installations, conçues pour plonger le spectateur dans un univers onirique, pourraient inspirer de nouvelles générations d'artistes à explorer des formes similaires. Une chose est sûre : son nom et ses œuvres resteront à jamais associés à l'idée que l'art peut être à la fois une thérapie, une provocation et une célébration de la vie.
Parmi ses créations les plus emblématiques figurent les peintures « Infinity Net », les installations « Infinity Mirrored Room » (chambres de miroirs infinis), la sculpture « Pumpkin » et la performance « Narcissus Garden », présentée à la Biennale de Venise en 1966.