Dans un entretien exclusif accordé au Monde, Yeon Sang-ho, le cinéaste sud-coréen à l’origine du film de zombies « Colony », revient sur la genèse de son œuvre. Le réalisateur y explore une société en proie à une épidémie de zombification, non pas seulement comme une métaphore de l’effondrement, mais comme une réflexion sur la manière dont les technologies de connexion permanente transforment les individus en un réseau unique, vulnérable et interdépendant.

Ce qu'il faut retenir

  • « Colony » est un film de zombies qui interroge la société hyperconnectée, où chaque individu devient une cellule d’un organisme collectif.
  • Yeon Sang-ho s’est inspiré de la peur contemporaine face à la surveillance, à l’isolement et à la perte d’autonomie dans un monde dominé par le numérique.
  • Le réalisateur sud-coréen souligne que l’horreur de notre époque ne réside pas seulement dans les pandémies, mais dans la manière dont nous acceptons, voire encourageons, notre propre dissolution au sein d’un système globalisé.
  • « Colony » a été présenté en avant-première internationale en 2025, avant une sortie mondiale en salles courant 2026.

Un film né d’une question existentielle

Pour Yeon Sang-ho, « Colony » n’est pas une simple réinterprétation des codes du genre zombie. Le cinéaste a choisi de placer son récit dans un futur proche, où une épidémie de « zombification » touche d’abord les populations urbaines hyperconnectées avant de s’étendre au reste du monde. « Pour faire ce film, je me suis demandé quelle était l’horreur de notre temps », explique-t-il dans les colonnes du Monde. « Ce n’est pas le virus lui-même qui m’intéresse, mais la façon dont nous y répondons en tant que société », ajoute-t-il, soulignant que la véritable menace réside dans notre incapacité collective à préserver notre humanité face à la technologie.

La technologie, miroir des peurs modernes

Le réalisateur sud-coréen précise que son inspiration ne vient pas uniquement de la science-fiction classique, mais d’un constat plus large : « Nous vivons dans un monde où nos données personnelles, nos interactions, voire nos émotions, sont constamment captées, analysées et monétisées ». Selon lui, cette hyperconnexion crée une forme de dépendance qui, une fois rompue — comme dans le scénario de « Colony » —, révèle à quel point nous sommes devenus incapables de fonctionner de manière autonome. « Dans le film, les zombies ne sont pas seulement des morts-vivants, mais des individus qui ont perdu leur individualité au profit d’un réseau », précise-t-il.

Une œuvre entre dystopie et avertissement

Sorti en avant-première internationale en octobre 2025 lors du Festival international du film fantastique de Catalogne, « Colony » a suscité des débats sur la frontière entre fiction et réalité. Yeon Sang-ho a indiqué que le film s’inspirait en partie des théories sur les réseaux sociaux et leur rôle dans la polarisation des opinions, mais aussi dans la création de bulles informationnelles où les individus perdent toute capacité critique. « Ce n’est pas une coïncidence si l’épidémie commence dans les grandes métropoles, où la densité des interactions numériques est la plus forte », relève-t-il. Une réflexion qui résonne particulièrement dans un contexte où les débats sur l’intelligence artificielle et la surveillance de masse sont plus que jamais d’actualité.

Et maintenant ?

Si « Colony » a déjà été salué par la critique pour son approche originale du genre zombie, le film pourrait bien devenir un objet de discussion plus large sur les dérives de la société numérique. Une sortie en salles est prévue pour mars 2026 en France, avec une diffusion internationale échelonnée jusqu’à l’été suivant. Le réalisateur, qui prépare déjà un nouveau projet, a laissé entendre que sa prochaine œuvre explorera une autre facette des angoisses contemporaines, cette fois-ci liée à l’éthique de l’intelligence artificielle.

Reste à voir si le public et les décideurs politiques sauront tirer les leçons de cette dystopie avant qu’il ne soit trop tard. Une chose est sûre : « Colony » pose des questions que plus personne ne peut ignorer.

Selon Yeon Sang-ho, « Colony » utilise la métaphore des zombies pour illustrer la manière dont les réseaux sociaux transforment les individus en éléments interchangeables d’un réseau global. « Quand le système s’effondre, comme dans le film, on réalise à quel point nous avions perdu notre capacité à penser par nous-mêmes », explique-t-il. Le réalisateur compare ainsi la propagation du virus dans son œuvre à la viralité des fake news ou des tendances toxiques sur les plateformes numériques.