Selon Euronews FR, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a appelé mardi l’Europe à accélérer le développement de ses propres systèmes de défense aérienne, tout en insistant sur l’urgence d’un soutien accru de Washington. Cette déclaration intervient après une nouvelle offensive russe massive ayant causé la mort d’au moins 18 personnes et fait plus d’une centaine de blessés en Ukraine.

Ce qu'il faut retenir

  • En mai 2026, la Russie a lancé un record de 8 150 drones de longue portée contre l’Ukraine, soit une hausse de 24 % par rapport à avril, selon une analyse de l’AFP relayée par l’armée de l’air ukrainienne.
  • Une frappe russe mardi matin a tué 18 personnes et blessé plus d’une centaine, après des tirs de 73 missiles et 656 drones, dont 602 drones et 40 missiles interceptés par Kyiv.
  • Zelensky a plaidé sur X pour que l’Europe se dote d’une défense antibalistique autonome, tandis que Washington doit fournir des missiles pour les systèmes Patriot « absolument nécessaires ».
  • Le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Andriy Sybiha, a qualifié Vladimir Poutine de « criminel de guerre » et de « perdant », affirmant que Moscou n’avait « pour seule carte que la terreur ».
  • Malgré un cessez-le-feu de trois jours en mai, négocié sous médiation américaine, les combats ont repris, avec des frappes quotidiennes depuis février 2022.

Une escalade russe sans précédent en mai

Les chiffres livrés par l’armée de l’air ukrainienne sont sans appel : en mai 2026, Moscou a multiplié les attaques par drones, avec 8 150 engins de longue portée lancés, un record depuis le début de l’invasion. Une augmentation de 24 % par rapport à avril, comme le rapporte une analyse de l’AFP. Les frappes, menées presque quotidiennement, visent désormais des infrastructures critiques, selon les autorités ukrainiennes.

La Russie a revendiqué mardi une attaque ciblant un « complexe militaro-industriel » ukrainien, utilisant notamment des missiles hypersoniques. Pourtant, ces offensives ont aussi touché des zones civiles, malgré les dénégations de Moscou. La capitale ukrainienne, Kyiv, avait d’ailleurs alerté dès la veille, évoquant une « salve massive » en préparation.

L’Ukraine cherche à mobiliser l’Occident

Dans un message publié sur X, Zelensky a martelé que « l’Europe a besoin de sa propre défense antibalistique afin que cette guerre puisse enfin prendre fin ». Il a aussi souligné l’importance des livraisons américaines de missiles pour les systèmes Patriot, qualifiant leur soutien d’« absolument nécessaire ». « Une attaque de grande ampleur et une déclaration absolument claire de la part de la Russie : si l’Ukraine n’est pas protégée contre les frappes balistiques et autres tirs de missiles, ces attaques continueront », a-t-il ajouté.

Son ministre des Affaires étrangères, Andriy Sybiha, a adopté un ton encore plus virulent. Dans un communiqué sur les réseaux sociaux, il a décrit Vladimir Poutine comme un « criminel de guerre et un perdant », dont la seule stratégie repose sur la « terreur ». « Moscou est en train de perdre sur le champ de bataille. Aucun nombre de missiles ne pourra changer cela », a-t-il lancé. Sybiha a mis en garde le Kremlin : « Le prix à payer pour leur régime ne fera qu’augmenter, et la seule porte de sortie pour Poutine est de mettre immédiatement fin à cette guerre. »

Un bilan humain lourd et des perspectives de paix en berne

La frappe russe de mardi matin a frappé plusieurs régions, dont la capitale, où les sirènes d’alerte ont retenti pendant des heures. Les autorités locales ont fait état de 18 morts et plus de 100 blessés, tandis que des infrastructures énergétiques ont été endommagées. L’armée de l’air ukrainienne a précisé avoir intercepté 602 drones sur 656 et 40 missiles sur 73, mais admet que les missiles balistiques restent difficiles à abattre.

Cette intensification des combats survient alors que les espoirs de paix semblaient renaître en mai, avec un cessez-le-feu de trois jours négocié sous médiation américaine. Pourtant, les deux camps s’accusent mutuellement de violations, et la reprise des hostilités a douché les dernières illusions. « La Maison-Blanche est accaparée par la guerre en Iran », rappelle un observateur, ce qui limite la capacité des États-Unis à jouer un rôle central dans la résolution du conflit.

Des représailles ukrainiennes en Russie

En parallèle des frappes russes, Kyiv a mené des attaques sur le territoire russe. Un drone ukrainien a tué une personne dans la région de Koursk, près de la frontière, selon le gouverneur local Alexander Khinshtein. Une autre frappe a provoqué un incendie dans une raffinerie de Krasnodar, dans le sud-ouest du pays, comme l’a indiqué l’état-major opérationnel ukrainien sur Telegram.

Zelensky avait déjà alerté la population la semaine dernière, exhortant les civils à « protéger leurs vies » en se rendant dans les abris lors des alertes aériennes. « Écoutez les sirènes, partez vous mettre à l’abri », avait-il insisté. Ces consignes illustrent l’état d’urgence permanent dans lequel vit l’Ukraine, quatre ans après le début de l’invasion russe.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines pourraient voir une intensification des discussions entre l’Ukraine et ses partenaires occidentaux sur le renforcement des systèmes de défense aérienne. Une livraison de missiles Patriot supplémentaires de la part des États-Unis, évoquée par Zelensky, pourrait être annoncée lors du prochain sommet de l’OTAN en juillet. Cependant, la guerre en Iran et les élections américaines de novembre pourraient retarder ou modifier l’engagement occidental. Reste à voir si l’Europe parviendra à combler le vide capacitaire laissé par Washington, alors que les frappes russes continuent de s’intensifier.

En attendant, la situation humanitaire se dégrade, avec des millions de déplacés et une économie ukrainienne en partie paralysée. La communauté internationale, divisée sur la question d’un soutien militaire accru à Kyiv, devra trancher : laisser l’Ukraine se défendre seule face à une Russie déterminée, ou renforcer les moyens de dissuasion pour éviter une escalade incontrôlable.

Selon les analystes, cette escalade s’inscrit dans une stratégie de Moscou pour affaiblir le moral ukrainien et tester la résistance des défenses occidentales. Les frappes massives visent aussi à perturber la production industrielle ukrainienne, comme l’a confirmé une attaque revendiquée contre un « complexe militaro-industriel » mardi. La Russie cherche à exploiter les divisions au sein de la coalition pro-ukrainienne et le recentrage des États-Unis sur d’autres conflits, comme la guerre en Iran.

L’Ukraine dispose de systèmes diversifiés, notamment des batteries Patriot américaines, des IRIS-T allemands et des SAMP/T français. Ces équipements ont permis d’intercepter près de 90 % des drones et missiles lancés en mai, mais les missiles balistiques, plus rapides et imprévisibles, restent un point faible. Zelensky plaide pour un renforcement de ces systèmes et une autonomie européenne en la matière.