Le Zimbabwe, désormais quatrième producteur mondial de lithium, cherche à rééquilibrer les rapports de force avec ses partenaires chinois. Selon Le Monde, Harare ambitionne de contraindre les entreprises chinoises exploitant ses gisements à transformer localement le minerai, afin de capter davantage de valeur ajoutée. Cette stratégie s’inscrit dans un contexte où l’Afrique australe mise sur ses ressources naturelles pour peser davantage dans l’économie mondiale.
Ce qu'il faut retenir
- Le Zimbabwe est devenu en quelques années le 4ᵉ producteur mondial de lithium, derrière l’Australie, le Chili et la Chine.
- Pékin domine l’extraction et le raffinage du lithium zimbabwéen, via des investissements massifs dans le pays.
- Le gouvernement de Harare souhaite désormais imposer aux groupes chinois de raffiner le minerai sur place, pour en tirer des bénéfices accrus.
- Cette mesure vise à renforcer la souveraineté économique du Zimbabwe face à la dépendance aux capitaux étrangers.
Un secteur stratégique en pleine expansion
Avec une production estimée à 300 000 tonnes de lithium en 2025 – un chiffre en forte hausse depuis 2020 –, le Zimbabwe s’impose comme un acteur clé du marché mondial. Autant dire que ce minerai, indispensable à la fabrication des batteries électriques, est devenu un enjeu économique et géopolitique majeur. Jusqu’à présent, les entreprises chinoises, attirées par des coûts de production avantageux et des réglementations locales favorables, ont investi massivement dans l’extraction. Résultat : près de 80 % de la production zimbabwéenne est destinée à l’exportation brute, sans transformation locale.
Cette situation a poussé le gouvernement à revoir sa stratégie. « Nous ne voulons plus être de simples fournisseurs de matières premières », a déclaré un haut responsable du ministère des Mines, cité par Le Monde. « Le raffinage sur place permettrait de créer des emplois, de former des compétences locales et d’augmenter la valeur de nos exportations. »
Pékin face à une pression croissante
La Chine, premier consommateur mondial de lithium et leader incontesté de son raffinage, pourrait voir cette initiative zimbabwéenne lui compliquer la tâche. D’après les analystes, Pékin a déjà investi plus de 2 milliards de dollars dans les mines zimbabwéennes, notamment dans les projets de Bikita et de Arcadia. Ces sites, parmi les plus importants du pays, sont aujourd’hui contrôlés par des groupes comme Zhejiang Huayou Cobalt ou Sinomine Resource Group.
Pour Harare, l’enjeu est double : réduire la dépendance aux recettes minières volatiles et éviter que son sous-sol ne devienne une simple extension des besoins industriels chinois. « Le raffinage local est une priorité nationale », a souligné le ministre de l’Énergie et du Développement minier, Simon Khaya Moyo, lors d’une conférence de presse en mai 2026. « Les contrats d’exploitation devront désormais inclure des clauses exigeant une partie de la transformation sur le sol zimbabwéen. »
Un modèle pour l’Afrique ?
Le cas zimbabwéen s’inscrit dans une tendance plus large observée sur le continent africain. Plusieurs pays, comme la République démocratique du Congo avec le cobalt ou la Guinée avec la bauxite, tentent de négocier une meilleure répartition des bénéfices liés à l’exploitation de leurs ressources. « L’Afrique doit passer d’une logique de fournisseur à celle de partenaire stratégique », a rappelé lors du Forum économique de Davos en janvier 2026, le président zimbabwéen Emmerson Mnangagwa. Une déclaration qui résonne comme un appel à réécrire les règles d’un jeu minier longtemps dominé par les puissances étrangères.
Reste à savoir si cette ambition zimbabwéenne parviendra à se concrétiser sans aliéner ses principaux bailleurs de fonds. La balle est désormais dans le camp des décideurs de Harare et des investisseurs chinois, dans un contexte où les tensions commerciales entre Pékin et l’Occident pourraient rebattre les cartes.
L’évolution du secteur lithium zimbabwéen sera donc à suivre de près dans les mois à venir. Entre enjeux économiques, rivalités géopolitiques et quête de souveraineté, le pays d’Afrique australe pourrait bien écrire une nouvelle page de l’histoire minière africaine.
Le gouvernement zimbabwéen souhaite capter davantage de valeur ajoutée en transformant localement son minerai. Actuellement, près de 80 % de la production est exportée brute, privant le pays de recettes supplémentaires et d’emplois locaux. L’objectif est de réduire la dépendance aux exportations de matières premières et de renforcer la souveraineté économique du pays.