Depuis le début de l'année 2026, le secteur des cryptomonnaies en France est le théâtre d'une hausse significative des activités criminelles. Selon BFM Business, ce sont 77 actes criminels – parmi lesquels des séquestrations, enlèvements, extorsions et tentatives – qui ont été recensés par le ministère de l'Intérieur. Parallèlement, 200 personnes ont déjà été interpellées dans le cadre d'enquêtes liées à cette criminalité spécifique. Ces chiffres, révélés lors de l'émission BFM Crypto, le Club diffusée le 1er juillet 2026, illustrent l'ampleur prise par ce phénomène et les défis sécuritaires qui en découlent.

Ce qu'il faut retenir

  • 77 actes criminels liés aux cryptomonnaies enregistrés depuis janvier 2026 en France, selon le ministère de l'Intérieur.
  • 200 interpellations déjà réalisées dans le cadre d'enquêtes sur la criminalité crypto.
  • Les formes de criminalité incluent séquestrations, enlèvements et extorsions, selon BFM Business.
  • L'émission BFM Crypto, le Club consacre une partie de son édition du 1er juillet 2026 à ce sujet.
  • Les invités ont abordé les mesures de protection contre cette menace et l'importance de l'hygiène numérique.

Une criminalité en mutation, liée à l'essor des cryptomonnaies

L'explosion des cryptomonnaies ces dernières années a créé un terreau fertile pour des activités illicites variées. Les auteurs de ces infractions exploitent notamment la pseudonymisation des transactions, la volatilité des cours et l'absence de cadre réglementaire unifié en Europe jusqu'à récemment. Gregory Raymond, cofondateur de The Big Whale, a souligné lors de l'émission que « ces actes criminels ne sont pas marginaux : ils reflètent une tendance de fond où les réseaux criminels ciblent de plus en plus les actifs numériques ».

Les méthodes utilisées par les malfaiteurs évoluent rapidement. Selon les experts présents dans l'émission, les enlèvements express – où les victimes sont forcées de transférer des cryptomonnaies sous la menace – se multiplient. Marc-Antoine Caen-Poletti, journaliste chez Cryptoast, a indiqué que « ces pratiques, autrefois rares, deviennent monnaie courante ». Il a ajouté que « la rapidité des transactions en crypto facilite grandement ces délits, avec des fonds parfois introuvables en quelques heures ».

Des interpellations en hausse, mais des défis persistants pour les autorités

Face à cette recrudescence, les forces de l'ordre ont intensifié leurs investigations. Tony Largeaud, directeur des opérations chez BlackEyes France, a confirmé que « 200 personnes ont déjà été interpellées depuis le début de l'année, un chiffre en forte progression par rapport à 2025 ». Cependant, il a précisé que « le taux de résolution de ces affaires reste faible en raison de la complexité des enquêtes, souvent transnationales ».

L'un des principaux obstacles réside dans la traçabilité limitée des transactions en cryptomonnaies. Bien que des outils d'analyse blockchain existent, leur utilisation reste inégale selon les pays. Perimeter Lab, intervenu dans l'émission, a présenté des solutions pour renforcer la sécurité numérique des entreprises exposées à ces risques. Leur approche repose sur une meilleure gestion des clés privées et une éducation accrue des utilisateurs.

L'hygiène numérique, un enjeu majeur pour les acteurs du secteur

Au-delà des mesures répressives, les intervenants ont insisté sur l'importance de l'hygiène numérique pour limiter les risques. Gregory Raymond a rappelé que « beaucoup d'incidents pourraient être évités avec des pratiques de base : utilisation de portefeuilles sécurisés, vérification systématique des adresses de réception, ou encore sauvegarde des clés privées ». Il a ajouté que « la méconnaissance des bonnes pratiques reste un problème majeur, notamment parmi les nouveaux investisseurs ».

Un autre point soulevé concerne les plateformes d'échange (CEX), souvent ciblées par les cybercriminels. Sandra Gandoin, animatrice de l'émission, a demandé aux experts comment les utilisateurs pouvaient se prémunir contre ces risques. La réponse a convergé vers une seule solution : « la diversification des actifs et l'utilisation de solutions de stockage décentralisées (cold wallets) ».

Un contexte réglementaire en pleine évolution

Cette recrudescence de la criminalité intervient alors que l'Europe finalise l'application du règlement MiCA (Markets in Crypto-Assets), entré en vigueur partiellement depuis juin 2026. Ce cadre juridique vise à encadrer les acteurs du secteur et à renforcer la transparence. Pourtant, de nombreuses sociétés peinent encore à obtenir leur agrément, ce qui crée des zones d'ombre exploitées par les réseaux criminels.

Parmi les acteurs français ayant obtenu leur agrément MiCA, Paymium est devenu le 18ème enregistrement officiel, un symbole fort dans un paysage encore incertain. Laetitia Zito, directrice générale de Paymium, a rappelé lors d'une précédente édition de l'émission que « l'agrément MiCA est une étape cruciale pour la crédibilité du secteur, mais il ne suffira pas à lui seul à endiguer la criminalité ».

Et maintenant ?

Plusieurs échéances réglementaires et technologiques pourraient influencer l'évolution de cette situation d'ici la fin de l'année. D'abord, l'entrée en vigueur complète du règlement MiCA, prévue pour la fin 2026, devrait permettre une meilleure traçabilité des transactions. Ensuite, le développement de l'euro numérique, actuellement à l'étude au Parlement européen, pourrait offrir une alternative aux stablecoins non régulés – souvent utilisés dans des schémas frauduleux. Enfin, les avancées en matière d'intelligence artificielle et de blockchain pourraient améliorer les outils de détection des fraudes, mais leur déploiement prendra encore plusieurs mois.

Dans l'immédiat, les autorités appellent les utilisateurs à la vigilance. Les experts recommandent de signaler toute activité suspecte via les plateformes dédiées, comme Pharos, gérée par l'Agence nationale de la cohésion des territoires (ANCT).

Si cette hausse des infractions liées aux cryptomonnaies préoccupe, elle s'inscrit dans un mouvement plus large de transformation des pratiques criminelles à l'ère du numérique. Comme le rappelle Gregory Raymond, « le secteur crypto n'est pas plus dangereux que d'autres, mais il est devenu un terrain de jeu privilégié pour les malfaiteurs, en raison de son manque de maturité et de ses spécificités techniques ». Une réalité qui devrait inciter à la fois les utilisateurs, les régulateurs et les acteurs privés à renforcer leurs dispositifs de sécurité.

Selon les experts intervenus dans l'émission BFM Crypto, le Club, le Bitcoin et l'Ethereum restent les actifs les plus visés en raison de leur liquidité et de leur adoption massive. Les criminels exploitent également la volatilité de certaines altcoins moins connues pour réaliser des gains rapides.

Les utilisateurs peuvent signaler toute activité suspecte via la plateforme Pharos (https://www.internet-signalement.gouv.fr), gérée par l'ANCT. Il est également recommandé de contacter les autorités locales ou de déposer plainte dans un commissariat ou une brigade de gendarmerie.