Depuis un an, Angers expérimente une alternative originale dans le secteur de la livraison à vélo : la coopérative Rayonneurs, fondée en juin 2025, prouve que la cyclologistique peut allier performance économique, respect de l’environnement et justice sociale. Selon Ouest France, cette initiative, née sur les ruines de l’ancienne entreprise K’Liveo, mise sur un modèle autogestionnaire où les livreurs sont aussi associés et décisionnaires. Une démarche qui séduit autant par son équilibre que par ses résultats concrets.
Ce qu'il faut retenir
- Rayonneurs est une coopérative de livreurs à vélo fondée en juin 2025 à Angers, après la liquidation de K’Liveo.
- Le modèle repose sur la co-gestion : les livreurs sont associés et participent aux décisions stratégiques.
- L’entreprise revendique une approche à la fois rentable, écologique et sociale, avec un impact carbone réduit et des revenus plus équitables.
- Rayonneurs s’inscrit dans la tendance des coopératives de livreurs à vélo, un secteur en croissance depuis 2020.
Une réponse aux limites des modèles traditionnels
Avant sa création, le secteur de la livraison à vélo à Angers était marqué par l’échec de K’Liveo, une entreprise qui avait tenté de se positionner sur ce créneau sans parvenir à pérenniser son modèle. Rayonneurs a choisi une voie radicalement différente en adoptant le statut de société coopérative et participative (SCOP). « On discute et on décide ensemble », résume l’un de ses membres fondateurs, qui souligne l’importance de l’implication collective dans la gestion quotidienne. Autant dire que l’entreprise mise avant tout sur la transparence et l’équité des revenus.
Côté chiffre, Rayonneurs revendique une hausse de 30 % de son chiffre d’affaires depuis son lancement, tout en maintenant un impact environnemental limité grâce à l’absence de véhicules motorisés. Un pari gagnant, selon les porteurs du projet, qui rappellent que la livraison à vélo représente aujourd’hui 15 % des livraisons urbaines à Angers, contre 5 % en 2020.
Un modèle social au cœur de la stratégie
Au-delà de l’aspect économique, Rayonneurs place l’inclusion au centre de son projet. Les livreurs, majoritairement issus de quartiers populaires d’Angers, bénéficient de formations régulières et d’un accompagnement vers l’emploi durable. « Ici, on ne fait pas que livrer des colis, on construit un projet de vie », explique un membre de l’équipe, qui rappelle que 80 % des employés sont en CDI ou en parcours d’insertion.
La coopérative collabore également avec des associations locales pour toucher des publics éloignés de l’emploi, comme les jeunes en décrochage scolaire ou les personnes en reconversion professionnelle. Une approche qui séduit les collectivités, puisque Rayonneurs a remporté en 2026 un appel d’offres municipal pour la livraison de repas dans les cantines scolaires.
Une croissance qui interroge l’avenir du secteur
Avec une activité en progression constante, Rayonneurs pourrait bien devenir un acteur incontournable de la logistique urbaine en France. Selon les projections internes, l’entreprise prévoit d’embaucher 20 nouveaux membres d’ici fin 2026, portant son effectif à près de 60 salariés. Une croissance qui soulève cependant des questions sur la capacité des coopératives à rivaliser avec les géants du secteur, comme Stuart ou Deliveroo, souvent pointés du doigt pour leurs conditions de travail.
Pour l’instant, Rayonneurs mise sur son ancrage local et sa différence pour se distinguer. « Notre force, c’est notre proximité avec les clients et les livreurs. On ne sera jamais les plus rapides, mais on sera les plus fiables et les plus justes », confie un responsable de l’entreprise. Une philosophie qui pourrait inspirer d’autres initiatives similaires en France.
Avec cette initiative, Angers confirme son rôle de laboratoire des nouvelles formes de travail et de mobilité. Une chose est sûre : à l’heure où la livraison urbaine pèse de plus en plus lourd dans l’économie, Rayonneurs prouve qu’il est possible de concilier profit et éthique.