Trois librairies indépendantes de Hong Kong ont définitivement fermé leurs portes cet été, victimes selon Libération de la pression croissante des autorités pro-Pékin. Ces établissements, derniers bastions où circulaient encore des voix dissidentes, disparaissent dans un contexte marqué par un durcissement du contrôle politique sur l’espace public et culturel.

Ce qu'il faut retenir

  • Trois librairies indépendantes hongkongaises ont fermé définitivement cet été, sous la pression des autorités locales.
  • Ces établissements étaient parmi les derniers à diffuser des ouvrages critiques envers le gouvernement chinois.
  • Leur disparition s’inscrit dans un mouvement plus large de restriction de la liberté d’expression à Hong Kong.
  • Les loyers élevés et les pressions administratives ont également joué un rôle dans ces fermetures.

Un symbole culturel en voie de disparition

Ces trois librairies, dont les noms n’ont pas été précisés par Libération, figuraient parmi les rares à proposer des ouvrages en chinois ou en anglais traitant de sujets sensibles pour Pékin. Leur fermeture intervient dans un calendrier déjà marqué par la répression accrue des opposants politiques et des médias critiques. Selon des observateurs locaux, les autorités hongkongaises ont multiplié les pressions indirectes pour pousser ces établissements à cesser leur activité.

Les propriétaires de ces librairies, interrogés par Libération, ont évoqué des difficultés administratives répétées : refus de renouvellement de licences, contrôles fiscaux inopinés ou encore augmentations brutales des loyers commerciaux. Autant de mesures qui, combinées à une baisse de la fréquentation liée à la censure ambiante, ont rendu leur survie impossible. « On nous a clairement fait comprendre que notre présence n’était plus souhaitée », a déclaré un gérant sous couvert d’anonymat.

Le contexte politique hongkongais en toile de fond

Depuis le retour de Hong Kong sous souveraineté chinoise en 1997, l’autonomie de la région a progressivement été restreinte. La loi sur la sécurité nationale, adoptée en 2020, a cependant marqué un tournant dans la répression des libertés. Les librairies indépendantes, souvent perçues comme des lieux de débat et de contestation, sont devenues des cibles privilégiées. En 2024, déjà, plusieurs d’entre elles avaient dû fermer après des raids policiers ou des pressions exercées sur leurs fournisseurs.

La fermeture de ces trois établissements s’ajoute à une liste déjà longue. En 2025, on comptait encore une dizaine de librairies indépendantes à Hong Kong. Aujourd’hui, il n’en reste plus que sept, selon des chiffres compilés par des associations de défense des droits humains. « Chaque fermeture réduit un peu plus l’espace pour la diversité des idées », a souligné un militant pro-démocratie, cité par Libération.

Les raisons invoquées : pression politique ou logique économique ?

Les autorités hongkongaises rejettent toute implication dans ces fermetures. Dans un communiqué diffusé début août, le gouvernement local a évoqué des « difficultés économiques structurelles » touchant le secteur du commerce de détail, sans mentionner les librairies. Pourtant, les témoignages recueillis par Libération contredisent cette version officielle. Plusieurs propriétaires ont confirmé avoir reçu des avertissements oraux de la part d’officiels locaux, les incitant à « diversifier leurs activités » ou à quitter le marché.

Parallèlement, les loyers commerciaux ont explosé dans les quartiers centraux comme Causeway Bay ou Mong Kok, où se concentraient ces librairies. Un propriétaire a expliqué que son loyer avait été multiplié par trois en deux ans, rendant son activité non rentable. « Même sans pression politique, nous n’aurions pas tenu », a-t-il reconnu. Les associations de défense des droits humains estiment que cette hausse des coûts est elle-même une stratégie déguisée pour chasser les acteurs indésirables.

Et maintenant ?

La disparition de ces trois librairies laisse présager une accélération du phénomène. D’ici la fin de l’année, plusieurs autres établissements indépendants pourraient être contraints à la fermeture, faute de repreneurs ou de soutien financier. Une pétition lancée par des étudiants et des intellectuels, demandant la protection de ces lieux, a recueilli plus de 5 000 signatures en une semaine. Les autorités n’ont pas réagi à ce jour.

Pour les défenseurs de la liberté d’expression, la question n’est plus de savoir si d’autres librairies fermeront, mais à quel rythme. La prochaine échéance à surveiller sera l’examen, prévu en décembre 2026, d’un projet de loi visant à « réguler » les contenus vendus dans les commerces culturels. Son adoption pourrait sceller le sort des derniers espaces de débat encore en activité.

Cette situation interroge sur l’avenir culturel de Hong Kong, longtemps présentée comme une fenêtre ouverte sur le monde pour la Chine. Les spécialistes s’interrogent : dans un territoire où les voix dissidentes sont muselées, quel rôle restera-t-il pour la culture indépendante ?

Selon les informations rapportées par Libération, ces établissements proposaient majoritairement des ouvrages en chinois et en anglais traitant de sujets politiques sensibles, d’histoire locale ou encore de dissidence. Certains étaient également connus pour abriter des rencontres avec des auteurs ou des militants pro-démocratie.