Depuis 2020, la commémoration annuelle du massacre de Tiananmen, survenu le 4 juin 1989 à Pékin, s’effectue désormais dans une clandestinité croissante à Hongkong. Autrefois symbole de résistance face à la répression chinoise, la région administrative spéciale voit ses espaces de mémoire se réduire comme peau de chagrin. Libération révèle comment les Hongkongais, autrefois libres de manifester leur soutien, doivent désormais se contenter de gestes discrets pour honorer les victimes de cette répression sanglante.
Ce qu'il faut retenir
- La loi sur la sécurité nationale, entrée en vigueur à Hongkong le 30 juin 2020, criminalise les hommages publics aux victimes de Tiananmen.
- Les commémorations collectives, autrefois organisées dans le parc Victoria, sont désormais interdites ou fortement restreintes.
- Les Hongkongais se tournent vers des formes d’hommage individualisées, comme le dépôt de bougies ou de fleurs, sous surveillance accrue des autorités.
- Les survivants du massacre de 1989 et les militants pro-démocratie hongkongais, autrefois protégés par l’autonomie de la région, sont désormais exposés à des poursuites.
Un tournant depuis 2020
Avant l’adoption de la loi sur la sécurité nationale, Hongkong représentait le dernier bastion chinois où la mémoire de Tiananmen pouvait s’exprimer publiquement. Chaque 4 juin, des milliers de personnes se rassemblaient dans le parc Victoria pour allumer des bougies et déposer des fleurs, transformant la place en un lieu de recueillement et de protestation. Mais depuis que Pékin a imposé ce texte législatif controversé, les autorités hongkongaises, sous influence directe de la Chine, ont muselé toute forme de commémoration collective. Selon Libération, les organisateurs de ces veillées annuelles ont été contraints de cesser leurs activités sous peine de poursuites pour « sédition » ou « subversion ».
Les rassemblements publics sont désormais interdits, et les forces de l’ordre patrouillent autour des lieux symboliques. Les commerces refusant d’afficher des bougies ou des banderoles commémoratives risquent des amendes ou des fermetures administratives. « Poster une bougie, c’est ma façon de résister », confie une habitante de Hongkong sous couvert d’anonymat. Elle précise : « On ne peut plus se réunir, alors chacun fait ce qu’il peut, dans l’ombre. »
Des gestes symboliques sous haute tension
Face à l’interdiction des rassemblements, les Hongkongais se sont adaptés en adoptant des méthodes plus discrètes pour perpétuer le souvenir. Certains déposent des bougies ou des fleurs devant leur domicile ou dans des lieux discrets, tandis que d’autres utilisent les réseaux sociaux pour partager des messages de commémoration. Pourtant, ces gestes ne sont pas sans risque : plusieurs internautes ont été arrêtés pour avoir publié des contenus jugés « subversifs » par les autorités. D’après Libération, au moins 26 personnes ont été poursuivies depuis 2020 pour des actes liés à la commémoration de Tiananmen.
Les survivants du massacre de 1989, autrefois protégés par le statut particulier de Hongkong, sont désormais menacés. Certains ont quitté la région pour éviter les poursuites, tandis que d’autres vivent dans la clandestinité. « C’est un paradoxe cruel, souligne un militant des droits humains. Hongkong était censé être un refuge, mais aujourd’hui, même les ombres sont traquées. »
Pour l’heure, les Hongkongais continuent de trouver des moyens de résister, même à petits pas. « On ne peut plus parler de résistance collective, explique un observateur local. Mais tant qu’il y aura des bougies allumées, l’espoir persistera. »
Selon Libération, les personnes organisant des rassemblements publics ou publiant des contenus en ligne jugés subversifs risquent des poursuites pour « sédition », « subversion » ou « collusion avec des forces étrangères ». Les peines peuvent aller jusqu’à la prison à vie, comme le prévoit la loi sur la sécurité nationale.