Un conseiller municipal du Rassemblement National a récité une prière mariale en pleine séance du conseil d’Ivry-sur-Seine, mardi 11 juin 2026, après avoir tenté sans succès d’y interdire le port du voile par deux élues locales. L’incident a provoqué une réaction vive du maire communiste Philippe Bouyssou, qui a menacé de saisir le préfet contre cet élu. Selon Le Figaro – Politique, cette séquence illustre les tensions persistantes autour de la laïcité dans les assemblées locales, où les règles semblent parfois s’appliquer avec une certaine souplesse.
Ce qu'il faut retenir
- Deux élues de gauche, Estelle Boufala et Fenda Diarra, siègent voilées depuis le précédent mandat au conseil municipal d’Ivry-sur-Seine, dirigé par le maire communiste Philippe Bouyssou.
- Kevin Nader, conseiller municipal RN et collaborateur parlementaire du député Emmanuel Fouquart, a proposé un amendement pour réviser le règlement intérieur et interdire le port du voile en séance.
- Après le rejet de sa proposition, il a récité à haute voix un « Je vous salue Marie » en pleine séance, déclenchant la colère du maire.
- Philippe Bouyssou a annoncé vouloir saisir le préfet pour sanctionner cet acte, jugé contraire aux règles de neutralité de l’assemblée.
- La proposition de Kevin Nader s’appuyait sur une proposition de loi nationale visant à encadrer les signes religieux dans les institutions publiques.
Un amendement rejeté, une prière provocatrice
Arrivé en conseil municipal ce 11 juin, Kevin Nader, 26 ans, collaborateur parlementaire et élève avocat, avait préparé son intervention. Dans une vidéo diffusée en ligne la veille, il promettait de « combattre le gauchisme avec vos impôts », qualifiant l’assemblée d’Ivry de « repère du gauchisme ». Son objectif : faire adopter un article 10 bis dans le règlement intérieur, reprenant les termes d’une proposition de loi portée au niveau national, pour interdire le port de signes religieux ostentatoires lors des séances du conseil municipal.
Mais son amendement a été rejeté. Ce rejet n’a pas suffi à le calmer. Selon les comptes-rendus de séance, il s’est ensuite levé et a récité à voix haute une prière mariale, « Je vous salue Marie », en pleine assemblée. Un geste interprété comme une provocation par la majorité communiste, mais aussi comme une transgression des règles de neutralité imposées aux élus en séance.
Immédiatement, le maire Philippe Bouyssou a réagi avec fermeté. « Une colère noire » l’a saisi, rapportent des témoins. Il a annoncé vouloir saisir le préfet pour sanctionner cet acte, estimant qu’il portait atteinte à la dignité de l’institution municipale.
Ivry-sur-Seine, laboratoire des tensions laïques
Depuis le début de son mandat, Philippe Bouyssou dirige une municipalité où deux élues de la majorité, Estelle Boufala et Fenda Diarra, siègent voilées. Leur présence, tolérée depuis des années, a déjà suscité des polémiques locales, notamment lors des cérémonies officielles ou des commémorations. La question du voile en assemblée publique n’est donc pas nouvelle à Ivry-sur-Seine, ville dirigée par le Parti communiste depuis des décennies.
Pour Kevin Nader, cette tolérance est une « capitulation » face à l’islam politique. Dans ses prises de parole, il dénonce régulièrement ce qu’il qualifie de « communautarisation » de l’espace public, et voit dans le voile un symbole de l’entrisme islamiste. Son intervention en séance s’inscrit dans une stratégie plus large : celle de la droite et de l’extrême droite, qui multiplient les initiatives locales pour restreindre l’expression religieuse dans l’espace public.
Mais la réaction du maire communiste montre aussi que, dans cette ville, la laïcité semble s’appliquer à géométrie variable. Alors que certains élus de gauche défendent la liberté de culte, d’autres, comme Philippe Bouyssou, insistent sur la neutralité de l’institution. Un équilibre difficile à maintenir.
La laïcité en débat au-delà des murs d’Ivry
L’incident d’Ivry-sur-Seine s’inscrit dans un contexte national où la question de la laïcité reste un sujet de clivage politique. Plusieurs communes, notamment dans les grandes villes, ont tenté d’interdire le port de signes religieux dans les conseils municipaux, avec des succès variables. Certaines ont été censurées par la justice administrative, au nom de la liberté de culte et de l’égalité des citoyens.
À Ivry, la situation est d’autant plus complexe que la ville abrite une forte communauté musulmane et une tradition de gauche ancrée. La majorité municipale, issue du Front populaire ivryen, défend une approche inclusive, tout en affirmant respecter les principes laïques. Pourtant, la présence de deux élues voilées en séance crée un paradoxe : comment concilier neutralité de l’institution et liberté d’expression des élus ?
Pour Kevin Nader, la réponse est simple : « Interdire le port du voile en conseil municipal enverrait un signal clair aux acteurs de l’islam politique », a-t-il déclaré avant la séance. Une position qui trouve un écho croissant dans une partie de l’opinion publique, mais qui se heurte à des obstacles juridiques et politiques.
« Au programme : du gauchisme, du gauchisme et encore du gauchisme, avec vos impôts. Mais je serai là pour les combattre ! »
— Kevin Nader, conseiller municipal RN, dans une vidéo diffusée la veille du conseil
Cette séquence rappelle que la laïcité, en France, ne se décrète pas uniformément. Entre principes républicains, liberté de culte et réalités locales, les équilibres restent fragiles. À Ivry-sur-Seine comme ailleurs, la question continue de diviser – et de faire parler.
En France, la laïcité impose une neutralité des agents publics et des institutions dans l’exercice de leurs fonctions. Cependant, cette neutralité ne s’applique pas aux élus dans l’exercice de leur mandat, sauf si le règlement intérieur de l’assemblée le prévoit. À Ivry-sur-Seine, le règlement actuel ne l’interdit pas, ce qui permet aux deux élues de siéger voilées. La justice administrative a déjà rappelé que l’interdiction devait être justifiée par un motif d’ordre public ou de sécurité, et non par une simple volonté de neutralité visuelle.