Alors que le Mexique s’apprête à affronter la République tchèque pour le compte de la Coupe du monde, les rues de Los Angeles vibrent d’une autre passion : celle de la communauté latino, pour qui le football reste un exutoire face à l’oppression. Pourtant, sous les paillettes du Mondial, une menace bien réelle plane sur les habitants des quartiers populaires de la Cité des Anges. Depuis l’été 2025 et l’envoi massif d’agents de l’Immigration and Customs Enforcement (ICE) dans plusieurs villes américaines, dont Los Angeles, la peur des raids et des arrestations arbitraires pèse comme une épée de Damoclès. Selon Franceinfo - Sport, les méthodes brutales de cette police fédérale, dont les expulsions massives s’élèvent à 442 000 en 2025, continuent de terroriser les sans-papiers et même les Mexicains naturalisés.
Ce qu'il faut retenir
- Les bénévoles de l’association Union del Barrio organisent des patrouilles pour surveiller les véhicules suspectés d’appartenir à l’ICE dans les quartiers de Southeast Los Angeles, où se déroulent des retransmissions de la Coupe du monde.
- Depuis 2025, 442 000 expulsions ont été recensées par l’ICE, selon les chiffres officiels.
- Les descentes de l’ICE se sont réduites, passant de 30 raids quotidiens à 5 ou 10 actuellement, mais les arrestations se poursuivent dans la rue, sur les lieux de travail ou près des stades.
- Les associations locales, comme Chirla, ont édité un guide spécial Coupe du monde pour alerter sur les risques et prodiguer des conseils de sécurité aux supporters.
- Des commerces et habitants de Boyle Heights affichent leur résistance avec des slogans et des produits dérivés anti-ICE, tandis que les militants promettent de maintenir leurs rondes même après la fin du tournoi.
Des patrouilles citoyennes pour contrer la menace de l’ICE
Mercredi 24 juin 2026, Rigoberto et Carmen, deux bénévoles de l’association Union del Barrio, sillonnaient les rues de Southeast Los Angeles au volant d’une voiture aux vitres teintées. Leur mission : repérer les véhicules suspects. « Des vitres teintées, ce type de plaque d’immatriculation, c’est typique des agents de l’ICE », explique Rigoberto, 35 ans, avant de demander à sa coéquipière de vérifier un SUV noir stationné dans un coin de rue. Fausse alerte. « On prend avec nous un téléphone pour faire des photos, un talkie-walkie pour communiquer avec les autres patrouilles, et un mégaphone pour alerter les habitants », détaille-t-il.
Leur ronde n’a pas été organisée au hasard. Dans quelques minutes, le Mexique devait affronter la République tchèque, et une retransmission sur grand écran était prévue dans ce quartier populaire, où vit une importante population latino. « C’est un secteur très vulnérable, il y a déjà eu beaucoup de raids de l’ICE ici. Les gens vont sortir de chez eux pour profiter, c’est donc un moment où ils peuvent avoir des problèmes », anticipe Rigoberto. Pourtant, malgré les patrouilles, la peur reste omniprésente, comme en témoigne Rodrigo, un vendeur de rue d’origine mexicaine. Installé sur un trottoir près de l’écran géant, il tient une feuille A4 avec le numéro à composer en cas d’arrestation. « J’ai des yeux dans le dos. Je ne suis jamais tranquille. Je regarde partout », murmure-t-il, avant d’ajouter, après un long silence : « Tu entends, on parle de l’ICE. »
Une Coupe du monde vécue dans l’ombre des arrestations
Pour Adriana, mère de famille mexicaine de 57 ans sans papiers, la Coupe du monde 2026 est un événement vécu derrière les murs de son domicile. « Cela a complètement changé notre vie. Nous ne vivons pas en paix, car nous avons toujours peur de ce qui pourrait nous arriver », confie-t-elle, le regard grave. Son mari, Antonio, un passionné de football, a décidé de ne plus sortir avec ses fils pour suivre les matchs. « Nous l’avons toujours suivi, mais ce n’est plus pareil. » Leur quotidien est désormais rythmé par la méfiance. Même Raul Sanchez, 35 ans, supporter du Mexique surnommé « El Tricolor », a adopté de nouvelles habitudes : « Je ne sors jamais sans mon passeport mexicain, et je préviens toujours un proche des lieux où je me rends. Je rentre dès le coup de sifflet final. »
La menace de l’ICE a aussi poussé un de ses amis à renoncer à se rendre au stade. « Il m’a envoyé un message sur WhatsApp : « Sortir pour me faire enlever par l’ICE à cause d’une partie de foot ? Désolé, mais sans moi. » » Un autre supporter, interrogé par Franceinfo, avoue éviter de porter le maillot de l’équipe nationale : « Un copain ne sort pas dans la rue avec son maillot du Mexique. Il dit que c’est donner un indice à l’ICE. »
Des arrestations toujours d’actualité malgré les promesses politiques
Les déclarations officielles n’ont pas suffi à rassurer la communauté. Mi-mai 2026, Markwayne Mullin, secrétaire du département de la Sécurité intérieure américain et donc supérieur hiérarchique de l’ICE, assurait qu’il n’y aurait pas de « rafles » pendant le Mondial. Pourtant, des arrestations aux abords des fan zones ou des stades restaient possibles. Tom Homan, ancien responsable des frontières sous l’administration Trump, a balayé ces promesses d’un revers de main : « À ceux qui disent que le président Trump faiblit sur la question des expulsions massives, vous n’avez encore rien vu. »
Dans les locaux de l’association Chirla, qui vient en aide aux migrants à Los Angeles, le fichier recensant les raids de l’ICE s’épaissit chaque jour. « Ils ont diminué, mais des habitants continuent d’être enlevés sur leur lieu de travail ou dans la rue », constate Jorge-Mario Cabrera, l’un des responsables. Selon ses estimations, le nombre de descentes est passé de 30 raids par jour à entre 5 et 10 actuellement. Face à cette réalité, Chirla a publié un guide spécifique pour la Coupe du monde, listant une vingtaine de recommandations : partager ses plans avec un proche, repérer les sorties, éviter les conflits, ou encore reconnaître les véhicules suspects. « Soyez attentif aux personnes dont les actions semblent axées sur la surveillance des autres plutôt que sur le plaisir de l’événement », peut-on y lire.
La résistance s’organise dans les rues de Boyle Heights
À Boyle Heights, bastion de la communauté latino, la résistance s’affiche sans ambiguïté. Sur la vitrine du restaurant Street Tacos, un graffiti proclame : « Du balai, l’ICE, revenez avec un mandat ! » Plus loin, des tags anti-police de l’immigration maculent les trottoirs. Dans la boutique Supernova Thrift, la mobilisation contre l’ICE a même droit à son propre rayon. « On a fait fabriquer des t-shirts, des pulls, des maillots de foot. Que des gens les achètent et les portent, c’est signe que la résistance existe », explique Yvonne Monje Perez, la gérante. Dans son téléphone, une photo : « Ce sont les agents de l’ICE, je les ai vus la semaine dernière. »
La grogne a même gagné les abords du SoFi Stadium, où se jouent huit matchs de la Coupe du monde. Un syndicat a organisé un piquet de grève pendant plusieurs jours pour empêcher l’entrée des agents de l’ICE dans l’enceinte. « Après plusieurs jours de mobilisation, on a fini par obtenir gain de cause », se réjouit Suzana, une Mexicaine employée dans les cuisines du stade. « Mais on sait que c’est fragile. Ils peuvent surgir n’importe où. La nuit, j’y pense tout le temps. Ça me pèse. »
Selon Franceinfo - Sport, la tension devrait rester vive au moins jusqu’à la fin du tournoi, le 19 juillet 2026. Les prochains matchs du Mexique, notamment celui contre l’Équateur prévu le 11 juillet, pourraient encore attirer des supporters dans les rues. Une chose est sûre : pour la communauté mexicaine de Los Angeles, l’enjeu dépasse largement le cadre sportif.
L’Immigration and Customs Enforcement (ICE) concentre ses actions dans les zones où la population immigrée, notamment mexicaine, est importante, car ces quartiers offrent davantage de cibles potentielles pour des arrestations et des expulsions. Southeast Los Angeles et Boyle Heights, où vit une forte communauté latino, sont ainsi régulièrement scrutés par les agents fédéraux. Selon les associations locales, les descentes y sont plus fréquentes en raison de la concentration d’habitants en situation irrégulière.