Il aura fallu cinquante heures de direct pour écrire le dernier chapitre. Dans la nuit du dimanche 6 au lundi 7 septembre 2026, vers une heure du matin, le compteur du ZEvent s'est figé sur un nombre que personne, dix ans plus tôt, n'aurait osé écrire : 32 891 874 euros. En trois jours, le marathon caritatif né dans un garage a récolté près du double de son propre record, et davantage que ses six premières éditions réunies. Ces fonds seront reversés, via la Fondation de France, aux 22 associations soutenues par l'événement depuis sa création en 2016. Puis le ZEvent s'arrêtera : cette dixième édition était la dernière.

10e et dernière édition 32 891 874 €

Montant final affiché par le compteur officiel — 32 891 874,15 € au centime près — récoltés du 4 au 6 septembre 2026 au Corum de Montpellier, au profit de 22 associations.

×1,97le record de 2025
340streamers engagés
50 hde direct non-stop
≈ 183 €récoltés par seconde
90,9 M€cumulés en 10 éditions

Les chiffres d'un week-end hors norme

Le ZEvent 2026 s'est tenu du vendredi 4 au dimanche 6 septembre au Corum de Montpellier, précédé jeudi soir d'un concert d'ouverture à la Sud de France Arena de Pérols. Créé en 2016 par Adrien Nougaret, alias ZeratoR, et Alexandre Dachary, alias Dach, et coproduit par ZQSD Productions, l'événement rassemble des créateurs de contenu qui diffusent en continu sur Twitch et sollicitent leur communauté au profit d'associations choisies à l'avance.

Pour ce dernier tour de piste, le dispositif a été poussé à son maximum. Le décompte officiel recense 340 chaînes participantes : 82 créateurs présents sur place au Corum et 258 en distanciel, depuis leur propre studio, partout en France et à l'étranger. L'AFP a relevé jusqu'à 900 000 spectateurs connectés simultanément le dimanche, et certains décomptes de plateforme situent le pic cumulé au-delà du million.

Rapporté à la durée de l'événement, le rythme donne le vertige. Sur une cinquantaine d'heures de direct, la collecte a progressé d'environ 658 000 euros par heure, soit près de 11 000 euros par minute et 183 euros par seconde, jour et nuit, sans interruption. À titre de comparaison, la première édition de 2016 avait mis trois jours à réunir 170 770 euros : le ZEvent 2026 a récolté l'équivalent de cette édition fondatrice toutes les quinze minutes.

Et pourtant, l'essentiel de cette somme vient de très petits montants. Dimanche, l'AFP dénombrait plus de 1,7 million de dons distincts, pour un panier moyen d'une dizaine d'euros. C'est le principe même du modèle : non pas quelques grandes fortunes, mais une masse de contributions à 1, 2 ou 5 euros. Le streamer byilhann l'a résumé à l'antenne à sa manière : « L'armée des un euro, deux euros, trois euros, allez-y ! »

Méthode

Les montants cités dans cet article proviennent du compteur officiel du ZEvent (relevé après la clôture, le 7 septembre 2026), des dépêches de l'AFP publiées pendant le week-end, et des communications de la Fondation de France. Le classement des cagnottes personnelles et la ventilation entre dons fléchés et dons non fléchés ont été calculés par News247 à partir des données publiques de l'événement. Les montants intermédiaires cités dans la chronologie sont des relevés horodatés : ils ne constituent pas des totaux définitifs.

Comment le compteur s'est emballé, heure par heure

La progression n'a pas été linéaire. Elle s'est faite par paliers, chaque palier correspondant à un moment de bascule à l'antenne.

  • Jeudi soir — Sud de France Arena, Pérols Concert d'ouverture devant plusieurs milliers de personnes, avec Bigflo & Oli, Gazo, Yamê, l'Orchestre Curieux emmené par les streameurs LittleBigWhale et PV Nova, et le compositeur Lorien Testard. Sur scène, Bigflo & Oli remettent un chèque de 100 000 euros.
  • Vendredi, avant le coup d'envoi Avant même l'ouverture officielle de la collecte, plus de 570 000 euros sont déjà enregistrés, portés par les annonces de dons faites en amont.
  • Vendredi, 23 h La cagnotte globale atteint 2 764 432 €. En tête des cagnottes personnelles : Domingo (196 482 €), devant la chaîne officielle ZEVENT (177 602 €) et Anyme023 (160 812 €).
  • Samedi, 17 h 5 341 881 €. Le classement s'est inversé : Mastu passe devant (537 239 €), talonné par mistermv (502 896 €) et Domingo (485 551 €). Le duel qui va structurer tout le week-end est lancé.
  • Samedi soir — le record individuel tombe Mastu franchit les 2 millions d'euros sur sa seule cagnotte. Aucun streamer n'avait jamais dépassé ce seuil ; l'ancien record individuel s'établissait à 1 478 000 €. Le compteur personnel continuera ensuite de grimper : 3, puis 4, puis 5 millions.
  • Dimanche, journée La barre des 20 millions d'euros est franchie : le record absolu de 2025 (16 658 660 €) est battu avec plusieurs heures d'avance. Environ 900 000 spectateurs suivent simultanément l'événement. Alors que Mastu approche les 4 millions, Domingo ressort « la mailloche », son outil de mobilisation fétiche, pour tenter de recoller.
  • Dimanche, minuit Le compteur affiche 30 millions d'euros — un seuil qu'aucun événement caritatif sur Twitch n'avait jamais atteint dans le monde.
  • Nuit de dimanche à lundi, ~1 h Clôture définitive sur 32 891 874 euros.

Le classement final des cagnottes : le duel Mastu–Domingo

Chaque participant dispose d'une cagnotte personnelle : les spectateurs choisissent la chaîne au profit de laquelle ils donnent, ce qui crée une émulation permanente. Cette année, cette mécanique a produit deux performances sans précédent. Mastu termine à 5 390 152 euros et Domingo à 4 697 097 euros : chacun d'eux, seul, a récolté davantage que l'intégralité de l'édition 2020, et presque autant que celle de 2021.

# Streamer Cagnotte finale Part du total
1Mastu5 390 152 €16,4 %
2Domingo4 697 097 €14,3 %
3ZeratoR1 541 975 €4,7 %
4Antoine Daniel1 033 260 €3,1 %
5Joueur du Grenier677 480 €2,1 %
6Florence659 966 €2,0 %
7Anyme023632 564 €1,9 %
8McFly & Carlito625 529 €1,9 %
9Amixem610 408 €1,9 %
10LittleBigWhale559 715 €1,7 %
11Joyca549 454 €1,7 %
12Sylvain Lyve523 823 €1,6 %
13Clemovitch502 497 €1,5 %
14MisterMV438 571 €1,3 %
15Ponce362 347 €1,1 %
16AlphaCast315 739 €1,0 %
17Laink238 632 €0,7 %
18JL Tomy229 811 €0,7 %
19Nico_la227 232 €0,7 %
20SebJDG227 222 €0,7 %

Trois enseignements se dégagent de ce classement.

Une concentration inédite au sommet. À eux deux, Mastu et Domingo pèsent 10 087 249 euros, soit 30,7 % de la collecte totale. Les dix premières chaînes en représentent 49,9 % : la moitié de l'argent est passée par dix cagnottes sur 340. C'est la conséquence directe du duel de tête, qui a capté l'attention et redirigé les dons vers les deux protagonistes — au bénéfice de la cagnotte globale, puisque toutes les sommes finissent dans le même pot.

Une classe moyenne solide. Derrière le duo, 39 chaînes ont dépassé les 100 000 euros et quatre ont franchi le million (Mastu, Domingo, ZeratoR et Antoine Daniel). L'événement ne repose donc pas uniquement sur ses deux locomotives : plusieurs dizaines de communautés ont apporté des montants qui, il y a cinq ans, auraient suffi à faire un bon ZEvent à eux seuls.

Six millions d'euros sans étiquette. La somme des 340 cagnottes personnelles s'établit à 26 860 786 euros. L'écart avec le total final — 6 031 088 euros, soit 18,3 % de la collecte — correspond aux dons versés directement à la cagnotte globale, sans être fléchés vers un streamer en particulier. Ces contributions « anonymes » dans le classement forment, à elles seules, l'équivalent de l'édition 2020 tout entière.

La tombola à 40 lots qui a fait basculer l'édition

Le basculement du week-end tient largement à une idée : la tombola organisée par Mastu. Le principe est celui d'une loterie solidaire — un euro donné vaut un ticket, un tirage au sort désigne les gagnants à la clôture. La différence, cette année, tenait au contenu de la corbeille : une quarantaine de lots offerts par des sportifs, des musiciens et des professionnels du cinéma, dont beaucoup n'avaient aucun lien préalable avec l'écosystème du streaming.

  • Un maillot dédicacé de Lionel Messi
  • Un maillot dédicacé de Zinédine Zidane
  • Un maillot d'Ousmane Dembélé
  • Un maillot de Désiré Doué
  • Un maillot de Warren Zaïre-Emery
  • Un maillot de Rudy Gobert (NBA)
  • Une chaussure signée de Luka Dončić
  • Les raquettes des frères Lebrun
  • Un casque de Formule 1 d'Esteban Ocon
  • Un disque de diamant de Justin Bieber
  • Un disque de Jul
  • Un disque d'Angèle
  • Un disque de Théodora
  • Un disque de Fatal Bazooka
  • Le script d'Inception signé par Christopher Nolan
  • Une pièce du costume de Spider-Man

L'effet a été immédiat. C'est cette tombola qui a propulsé la cagnotte personnelle de Mastu au-delà des seuils successifs de 2, 3, 4 puis 5 millions d'euros. Et elle a produit le moment le plus commenté de l'édition : la pièce du costume de Spider-Man a été remportée par un internaute qui avait donné… 5 euros. Une illustration presque trop parfaite du principe de la loterie solidaire — le petit donateur n'est pas un figurant, il a exactement les mêmes chances au tirage que celui qui a versé cent fois plus.

Ça fait des années que le ZEvent m'accueille, j'ai beaucoup rigolé.
— Bigflo, du duo Bigflo & Oli, en remettant un chèque de 100 000 € lors du concert d'ouverture

Les plus gros donateurs et les personnalités mobilisées

Une précision s'impose d'emblée, car elle est régulièrement source de confusion : le ZEvent ne publie pas de classement de ses donateurs. Les dons sont enregistrés par la Fondation de France, qui n'en diffuse pas le détail nominatif. Les « plus gros donateurs » connus sont donc uniquement ceux qui ont choisi de rendre leur geste public, généralement à l'antenne ou sur scène. Il est probable que des contributions supérieures aient été versées discrètement, sans jamais apparaître nulle part.

Voici les dons en numéraire annoncés publiquement pour cette édition :

100 000 € Bigflo & Oli Chèque remis sur scène lors du concert d'ouverture. Plus gros don individuel annoncé publiquement pour l'édition 2026.
50 000 € Gims Contraint d'annuler sa participation pour raisons de santé, le chanteur a compensé par un don, accompagné d'un disque de platine offert à l'événement.
50 000 € Twitch Don de la plateforme elle-même, annoncé en amont lors de la TwitchCon.
10 % Wikimasters Le jeu mobile s'est engagé à reverser 10 % de ses bénéfices générés les 5 et 6 septembre.
2 500 € JardiStream Don d'un créateur ne participant pas au dispositif officiel — un cas de figure devenu courant.
1 300 € MisterPacoThai Autre don de créateur extérieur au plateau, versé pendant le week-end.

Ces montants, additionnés, ne représentent qu'une fraction infime des 32,9 millions. Leur rôle est ailleurs : ils légitiment l'événement auprès du grand public et créent un effet d'entraînement. Quand un artiste de premier plan monte sur scène avec un chèque, l'information sort du cercle des spectateurs de Twitch pour atteindre les journaux télévisés — et le compteur suit.

Les dons en nature : la vraie contribution des célébrités

L'essentiel de l'apport des personnalités n'a en réalité pas transité par un virement, mais par un objet. Messi, Zidane, Dembélé, Doué, Zaïre-Emery, Gobert, Dončić, les frères Lebrun, Esteban Ocon côté sport ; Justin Bieber, Jul, Angèle, Théodora, Fatal Bazooka côté musique ; Christopher Nolan côté cinéma : tous ont cédé un objet personnel ou une pièce de collection alimentant la tombola et les enchères. Ces lots n'apparaissent nulle part dans le compteur en tant que « dons » — mais ils ont généré, en tickets et en enchères, plusieurs millions d'euros. C'est, en volume, la contribution la plus lourde des célébrités à cette édition.

À cela s'ajoute la mobilisation des artistes du concert d'ouverture — Bigflo & Oli, Gazo, Yamê, l'Orchestre Curieux et le compositeur Lorien Testard — qui se sont produits au bénéfice de l'opération, ainsi que la présence sur le plateau de figures venues d'autres univers que le jeu vidéo, du journaliste Samuel Étienne aux vidéastes McFly & Carlito ou EnjoyPhoenix.

Les 22 associations bénéficiaires

La particularité de cette dixième édition tient à ses bénéficiaires. Les précédentes désignaient une association, puis un groupe thématique — l'environnement en 2022, la lutte contre la précarité en 2024, la santé et l'accompagnement en 2025. Pour son adieu, le ZEvent a choisi de réunir les 22 associations qu'il a soutenues au cours de la décennie, toutes causes confondues.

Une par édition, de 2016 à 2021

  • 2016 Save the Children
  • 2017 Croix-Rouge française
  • 2018 Médecins Sans Frontières
  • 2019 Institut Pasteur
  • 2020 Amnesty International France
  • 2021 Action contre la Faim

L'environnement, thème de l'édition 2022

  • 2022 LPO (Ligue pour la Protection des Oiseaux)
  • 2022 Sea Shepherd France
  • 2022 WWF France

La lutte contre la précarité, thème de l'édition 2024

  • 2024 Les Bureaux du Cœur
  • 2024 Chapitre 2
  • 2024 Cop1 – Solidarités Étudiantes
  • 2024 Secours populaire français
  • 2024 Solidarité Paysans

La santé et l'accompagnement, thème de l'édition 2025

  • 2025 Ligue contre le cancer
  • 2025 Association Française des Aidants
  • 2025 Helebor
  • 2025 L'ENVOL
  • 2025 Le Rire Médecin
  • 2025 Nightline France
  • 2025 Sourire à la Vie
  • 2025 SPARADRAP

Une nuance mérite d'être relevée : cette liste de 22 n'est pas tout à fait exhaustive. L'édition 2022 avait retenu cinq associations environnementales — Time for the Planet et The SeaCleaners complétaient le trio ci-dessus — mais seules trois figurent parmi les bénéficiaires de 2026. La liste des 22 correspond donc aux partenaires reconduits pour cette dernière édition, et non à la totalité stricte des organisations aidées depuis 2016.

Dix ans en un graphique : de 170 770 € à 32,9 millions

Rien ne raconte mieux la trajectoire du ZEvent que la courbe de ses collectes. Chaque barre est ici proportionnelle au montant récolté ; la dernière donne la mesure du saut accompli en 2026.

2016170 770 €
2017451 851 €
20181,09 M€
20193,51 M€
20205,72 M€
202110,06 M€
202210,18 M€
2023pas d'édition
202410,15 M€
202516,66 M€
202632,89 M€

Montants finaux communiqués par l'organisation. Le ZEvent n'a pas eu lieu en 2023, l'édition annoncée ayant été annulée. Cumul des neuf premières éditions : 58 002 754 €. Cumul des dix éditions : 90 894 628 €.

La lecture de cette courbe est instructive. Après une phase de croissance quasi exponentielle jusqu'en 2021, le ZEvent a connu trois années de plateau autour de 10 millions d'euros (2021, 2022, 2024) — le signe d'un modèle arrivé à maturité, ayant saturé son audience naturelle. Puis 2025 a marqué une rupture (+64 %), et 2026 une seconde, encore plus forte (+97 %). En deux éditions, la collecte a été multipliée par plus de trois.

Pourquoi une telle explosion pour la dernière ?

Plusieurs facteurs se sont conjugués :

  • L'effet « dernière fois ». L'annonce que cette édition serait la dernière a créé un sentiment d'urgence : ceux qui repoussaient leur don d'année en année n'avaient plus d'année suivante.
  • Le duel Mastu–Domingo. Une compétition amicale entre deux communautés massives, qui a transformé le don en acte de soutien à son camp et fait monter les enchères pendant deux jours.
  • La maturité économique du public. Les spectateurs de la première édition, adolescents en 2016, ont aujourd'hui trente ans, un emploi et un pouvoir d'achat sans commune mesure.
  • L'élargissement au-delà du jeu vidéo. Le ZEvent 2026 a agrégé des communautés issues de la musique, du sport, de la cuisine ou du bricolage, bien au-delà du noyau gaming d'origine.
  • La caution des personnalités. Les dons et les lots offerts par des artistes et des sportifs de premier plan ont fait franchir à l'événement la frontière du grand public.

Où va concrètement l'argent

Le ZEvent ne manipule pas lui-même les fonds. La collecte et le reversement sont assurés par la Fondation de France, reconnue d'utilité publique, qui joue ce rôle de tiers de confiance depuis plusieurs éditions. C'est elle qui encaisse les dons, émet les reçus fiscaux et procède à la répartition entre les 22 associations, selon les règles définies pour cette édition et les proportions retenues avec l'organisation.

Trois conséquences pratiques :

  • Une réduction d'impôt de 66 %. Comme pour tout don à un organisme d'intérêt général, les donateurs imposables en France peuvent déduire 66 % du montant versé, dans la limite de 20 % du revenu imposable. Concrètement, un don de 10 euros revient à 3,40 euros après impôt ; un don de 100 euros, à 34 euros.
  • Un contrôle de l'usage des fonds. La Fondation de France ne se contente pas de transférer l'argent : elle suit l'emploi des sommes versées aux associations bénéficiaires, ce qui constitue la principale garantie apportée aux donateurs.
  • Un délai de versement. Les fonds ne sont pas virés le lendemain de la clôture. Le processus de vérification, de régularisation des dons et de répartition s'étale sur plusieurs semaines, voire plusieurs mois.

Quelle somme chaque association va-t-elle percevoir ? L'organisation n'a pas publié de clé de répartition détaillée. Si le partage était strictement égalitaire, chacune des 22 structures recevrait environ 1 495 000 euros. Pour donner un ordre de grandeur, cette somme représente, pour plusieurs des associations concernées, l'équivalent de plusieurs années de collecte auprès du grand public. En 2022 déjà, les bénéficiaires environnementaux décrivaient un versement qui les avait « projetés en avant » de plusieurs exercices d'un coup.

Attention aux arnaques

Chaque édition s'accompagne de fausses collectes reprenant le nom et l'identité visuelle du ZEvent. Les dons ne transitent que par la plateforme officielle de l'événement et la Fondation de France. Un message privé, un lien raccourci reçu par SMS ou une cagnotte hébergée ailleurs ne sont pas légitimes, même si l'habillage paraît conforme. Le reçu fiscal, lui, est émis par la Fondation de France — c'est le seul document qui fait foi.

Pourquoi ça s'arrête maintenant

La question revient à chaque interview : pourquoi mettre un terme à un événement qui vient de battre son propre record de 97 % ? La réponse des organisateurs tient en une idée — partir au sommet plutôt que de se laisser vieillir. ZeratoR a expliqué préférer arrêter tant que la formule fonctionne, plutôt que de la voir se ringardiser au fil des années.

D'autres éléments, moins médiatisés, éclairent la décision. L'organisation d'un ZEvent est devenue une entreprise lourde : plusieurs mois de préparation, une régie de niveau télévisuel, un budget global situé entre 600 000 euros et 1 million d'euros selon les postes retenus — dont le seul concert d'ouverture représente 25 à 30 %. À cela s'ajoute une pression croissante : chaque édition doit dépasser la précédente, sous peine d'être commentée comme un échec. Après un record à 32,9 millions, la barre à franchir en 2027 aurait été proprement inatteignable.

Reste enfin une considération de fond, rarement formulée publiquement mais bien réelle dans le milieu associatif : un événement qui capte l'essentiel de l'attention caritative d'un week-end finit par créer une dépendance chez ses bénéficiaires. S'arrêter, c'est aussi rendre aux associations la charge — et la maîtrise — de leur propre collecte.

Ce qu'il restera du ZEvent

En dix éditions, le ZEvent aura récolté 90 894 628 euros. Une somme qui, replacée dans le paysage de la générosité française, situe l'événement au niveau des grandes opérations caritatives historiques du pays — avec cette différence qu'il n'a jamais bénéficié d'antenne hertzienne, ni d'un siècle d'antériorité, et qu'il a été monté par deux personnes qui, en 2016, streamaient depuis un garage devant seize participants.

Son héritage est double. Il est financier : plus de 90 millions d'euros pour 22 causes, de la protection de l'enfance à la lutte contre le cancer en passant par la biodiversité et la précarité étudiante. Il est surtout culturel : le ZEvent a démontré qu'une audience réputée jeune, dispersée et peu solvable pouvait devenir, correctement mobilisée, l'une des forces de frappe les plus efficaces du secteur associatif français. Ce format — direct long, cagnottes personnelles, défis, tiers de confiance institutionnel — est désormais reproduit partout, en France comme à l'étranger.

Le compteur est éteint. Le modèle, lui, ne s'arrête pas.

Article publié le 7 septembre 2026. Chiffres arrêtés au relevé de clôture du compteur officiel.