Selon Le Monde, des responsables politiques et administratifs de l’ancien régime à Madagascar font désormais l’objet de poursuites judiciaires. D’anciens ministres, gouverneurs de région, parlementaires ou encore directeurs d’établissements publics sont visés, principalement pour des affaires de détournements de fonds publics ou des actes jugés hostiles à la junte militaire au pouvoir. Cette offensive judiciaire s’inscrit dans un contexte de tensions persistantes entre les nouvelles autorités et l’opposition, alors que le pays tente de stabiliser son système politique après une transition chaotique.
Le 30 mai 2026, Le Monde révèle l’ampleur de cette vague d’enquêtes, qui cible des figures emblématiques de la vie politique malgache. Ces procédures, engagées depuis plusieurs mois, reflètent une volonté affichée par la junte de sanctionner les pratiques corruptives supposées et d’éliminer toute velléité de résistance institutionnelle. Parmi les personnalités concernées figurent d’anciens membres du gouvernement de l’ère précédente, ainsi que des hauts fonctionnaires accusés d’avoir saboté les intérêts de l’État.
Ce qu’il faut retenir
- Des anciens ministres, gouverneurs, parlementaires et directeurs d’établissements publics sont visés par la justice malgache pour des crimes financiers ou des actes jugés hostiles à la junte.
- Ces poursuites s’inscrivent dans une stratégie de purification administrative menée par les nouvelles autorités depuis leur prise de pouvoir.
- Les chefs d’accusation portent principalement sur des détournements de fonds publics, des corruptions avérées ou des décisions contestées prises sous l’ancien régime.
- Plusieurs procédures judiciaires ont été lancées depuis 2024, avec une accélération notable en 2025 et 2026.
- Cette offensive judiciaire intervient dans un contexte de crise politique et institutionnelle persistante à Madagascar.
Une purge judiciaire ciblant les soutiens de l’ancien président
D’après Le Monde, la majorité des personnalités poursuivies appartenaient au cercle proche de l’ancien président Andry Rajoelina, renversé lors du coup d’État de 2023. Parmi elles, on compte plusieurs anciens ministres de l’Économie, des Transports ou encore de l’Éducation, accusés d’avoir organisé des détournements massifs au sein de leur ministère respectif. Certains auraient également été mis en cause pour avoir entravé la transition en bloquant des réformes clés ou en distribuant des fonds publics à des fins clientélistes.
Un ancien gouverneur de la région d’Analamanga, Rija Randrianantenaina, figure parmi les personnalités les plus médiatisées dans cette affaire. Il est notamment poursuivi pour abus de pouvoir et enrichissement personnel, avec des biens immobiliers saisis dans le cadre de l’enquête. Selon les procureurs, ces enquêtes s’appuient sur des documents comptables compromettants et des témoignages d’anciens collaborateurs.
Des accusations de corruption et de sabotage des institutions
Les chefs d’accusation varient selon les cas, mais la corruption et le détournement de fonds publics restent les motifs les plus fréquents. Plusieurs anciens parlementaires sont visés pour avoir voté des lois favorables à des lobbies en échange de rétrocommissions. D’autres, comme Fara Rakotomalala, ancienne directrice de l’Agence nationale de l’aviation civile, sont accusés d’avoir falsifié des contrats publics pour favoriser des entreprises privées liées à l’ancien régime.
Un haut fonctionnaire du ministère des Finances, Jean-Luc Rakotoarivelo, a déclaré à Le Monde : « Ces enquêtes visent à rétablir la confiance dans les institutions, mais elles doivent aussi respecter les droits de la défense. Certains dossiers reposent sur des preuves fragiles. » Ces propos illustrent les tensions entre les autorités judiciaires et une partie de la société civile, qui dénonce parfois des procédures bâclées ou politiquement motivées.
Un contexte politique toujours instable
Cette vague de poursuites s’inscrit dans un paysage politique malgache marqué par une instabilité chronique. Depuis le renversement d’Andry Rajoelina en 2023, la junte militaire, dirigée par le général Richard Ravalomanana, tente de consolider son pouvoir en éliminant toute opposition structurée. Les anciens responsables de l’administration, souvent perçus comme des soutiens de l’ancien régime, sont donc des cibles idéales pour affaiblir la résistance politique.
Pourtant, cette stratégie comporte des risques. Plusieurs observateurs locaux s’interrogent sur la légitimité de ces procédures, notamment lorsque les preuves sont jugées insuffisantes. « On assiste à une instrumentalisation de la justice, où les enquêtes servent avant tout à éliminer des adversaires », a souligné un juriste malgache sous couvert d’anonymat. Cette offensive judiciaire pourrait, à terme, aggraver les divisions au sein de la population et nourrir un sentiment de défiance envers les nouvelles autorités.
Reste à savoir si cette offensive judiciaire permettra de restaurer la confiance dans les institutions ou si elle ne fera que creuser davantage les fractures au sein de la société malgache. Une chose est sûre : les prochains mois seront déterminants pour l’avenir politique de Madagascar.