Selon Le Figaro, le dugong, ce mammifère marin emblématique de l'océan Indien et souvent considéré comme une créature presque légendaire, ne compterait plus que six individus à Mayotte. Une situation alarmante pour cette espèce classée « en danger » par l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), dont la sous-population de l'océan Indien est particulièrement menacée. Autant dire que l'avenir de ce cousin du lamantin, surnommé « vache marine » en raison de son régime herbivore, est aujourd'hui plus incertain que jamais.
Ce qu'il faut retenir
- Seulement six dugongs seraient encore présents à Mayotte, contre plus d'une centaine dans les années 1970.
- L'espèce est classée « en danger » par l'UICN dans le sud-ouest de l'océan Indien.
- La pêche intensive jusqu'en 1995 et la dégradation des herbiers marins ont fortement réduit sa population.
- Les associations locales multiplient les efforts pour protéger les derniers individus et leur habitat.
- Des méthodes scientifiques innovantes, comme l'analyse d'ADN environnemental, sont utilisées pour suivre les dugongs.
Une espèce en sursis, victime de son histoire
Dans les eaux turquoise du lagon mahorais, l'un des plus vastes et des plus préservés de l'océan Indien, le dugong incarne aujourd'hui bien plus qu'un simple mammifère marin. Pour El Assad Makine, prestataire nautique connu sous le nom de Giggs, croiser l'un de ces animaux reste un événement exceptionnel. « C'était une journée normale. J'étais à l'îlot M'tsamboro », raconte-t-il. Peu après le déjeuner, des enfants signalent avoir aperçu un « dauphin bizarre » ressemblant à un phoque. « Là, j'ai tout de suite su qu'ils parlaient du dugong », explique-t-il.
Le dugong, avec sa silhouette fuselée, sa peau gris ardoise et sa queue fendue comme celle d'une baleine, peut atteindre trois à quatre mètres de long pour un poids de plusieurs centaines de kilos. Herbivore, il consomme chaque jour des dizaines de kilos d'herbes marines. Pourtant, sa survie à Mayotte est aujourd'hui un enjeu majeur. « La population stagne à moins de dix depuis les années 2000 », souligne David Lorieux, coordinateur scientifique pour l'association Ceta'Maore. « La sonnette d'alarme a été tirée trop tard pour qu'elle puisse recroître. Les femelles ne peuvent mettre au monde un petit qu'à partir de 10 ans, puis tous les quatre à sept ans. »
Des décennies de déclin, malgré la protection
La pêche intensive a décimé l'espèce jusqu'à sa protection légale en 1995. Pourtant, malgré cette mesure, le déclin s'est poursuivi. « On estimait encore plus d'une centaine de dugongs à Mayotte avant les années 1970 », précise David Lorieux. Aujourd'hui, avec seulement six individus recensés, le risque d'extinction locale est bien réel. Les prises accidentelles et la dégradation des herbiers marins, essentiels à son alimentation, aggravent encore la situation. « La préservation du dugong est primordiale pour éviter son extinction dans ce département français », insiste le coordinateur scientifique.
Pourtant, l'espoir persiste. Les associations locales, comme Ceta'Maore ou Les Naturalistes, multiplient les initiatives pour protéger les derniers dugongs et leur habitat. Leur objectif ? Sensibiliser les populations locales et mettre en place des mesures de conservation ciblées. « Les gens pensent qu'il n'y en a déjà plus, ou que le dugong est déjà condamné. Or il y a des observations, il faut le protéger, ce ne sont pas que des légendes », rappelle David Lorieux.
Des méthodes scientifiques innovantes pour sauver l'espèce
Sur le terrain, les biologistes marins redoublent d'efforts pour localiser les dugongs et comprendre leurs déplacements. À bord du bateau de Giggs, Auriane Serval, chargée de projet pour l'association Les Naturalistes, prépare une mission de plongée au nord du lagon. Cinq jours plus tôt, une douzaine de capteurs filtrants ont été installés dans l'espoir de détecter l'animal. « Les espèces perdent de l'ADN avec la desquamation. En analysant cet ADN en suspension, on peut déterminer si un dugong est passé récemment », explique-t-elle.
Cette méthode, dite « passive », n'est pas la seule utilisée. Pour la première fois à Mayotte, un protocole de filtration « active » est également déployé. « On a une pompe au bout de laquelle on met un filtre avec une membrane, à laquelle va adhérer l'ADN », détaille la biologiste marine en installant le matériel. Pendant quarante minutes, le bateau avance lentement sur trois kilomètres pour pomper 60 litres d'eau. « Avec ces deux méthodes, on a des informations différentes : une sur cinq jours, et l'autre instantanée », précise-t-elle.
L'objectif de cette mission, lancée en avril, est clair : déterminer quand et où les dugongs sont présents. « Cela nous permet ensuite de faire un effort de conservation sur des zones cibles », ajoute Auriane Serval. Une approche pragmatique pour maximiser les chances de survie de l'espèce.
Un animal emblématique aux enjeux écologiques larges
La disparition du dugong à Mayotte ne serait pas seulement une perte symbolique. Ce mammifère joue un rôle clé dans l'équilibre des écosystèmes marins, notamment en maintenant la santé des herbiers marins par son alimentation. Sa protection s'inscrit donc dans une démarche plus large de préservation de la biodiversité marine de l'océan Indien. Pour les scientifiques, son déclin reflète également les pressions exercées par les activités humaines sur les milieux marins, qu'il s'agisse de la pêche, du tourisme ou du changement climatique.
Les défis à relever sont nombreux. Outre la lutte contre les prises accidentelles, les associations plaident pour la restauration des herbiers marins et la création de zones protégées. « Le dugong est un indicateur de la santé des écosystèmes marins », rappelle David Lorieux. « Sa disparition serait un signal d'alerte pour toute la région. »
En attendant, les dernières observations de dugongs à Mayotte rappellent que l'espoir persiste. Mais le compte à rebours est lancé. Sans mesures concrètes et immédiates, ce mammifère, à la fois symbole de la richesse marine de l'archipel et victime de son déclin, pourrait bien rejoindre la liste des espèces disparues de la région.
Le dugong de Mayotte est menacé principalement par la pêche intensive avant 1995, la dégradation des herbiers marins essentiels à son alimentation, et les prises accidentelles dans les filets de pêche. Aujourd'hui, avec seulement six individus recensés, le risque d'extinction locale est élevé.
Les associations locales, comme Ceta'Maore et Les Naturalistes, mènent des missions de suivi scientifique, installent des capteurs pour détecter la présence des dugongs, et sensibilisent les populations locales. Elles plaident aussi pour la restauration des herbiers marins et la création de zones protégées.