Les aides européennes destinées à Mayotte peinent à être correctement utilisées, selon un rapport de la chambre régionale des comptes qui n’a pas encore été rendu public. Nos confrères du Monde – Politique en ont pris connaissance et révèlent les difficultés majeures rencontrées par le groupement d’intérêt public (GIP) associant l’État et le département-région pour administrer ces fonds.
Ce qu'il faut retenir
- Un rapport de la chambre régionale des comptes pointe les défaillances du GIP Mayotte dans la gestion des fonds européens.
- Le groupement, qui associe l’État et le département-région, peine à utiliser efficacement les subventions attribuées.
- Les retards et dysfonctionnements mis en lumière par ce document s’ajoutent aux critiques récurrentes sur l’action publique à Mayotte.
- Ce rapport n’est pas encore public, mais Le Monde – Politique en a obtenu une copie.
Un groupement sous surveillance pour ses lacunes administratives
Le GIP Mayotte, structure conjointe de l’État et du département-région, est au cœur de critiques répétées concernant sa capacité à gérer les fonds européens. Selon le rapport de la chambre régionale des comptes, les retards dans l’instruction des dossiers, les erreurs de ciblage des bénéficiaires et les difficultés administratives expliquent en grande partie ces dysfonctionnements. Le document souligne que ces problèmes renvoient directement à des défaillances structurelles de l’État, qui peine à adapter ses dispositifs aux spécificités ultramarines.
Les montants en jeu ne sont pas négligeables : Mayotte, département français le plus pauvre, bénéficie de plusieurs centaines de millions d’euros de fonds européens chaque année. Pourtant, le rapport indique que seulement une partie des crédits alloués est effectivement mobilisée, en raison notamment d’un manque de coordination entre les acteurs locaux et les services de l’État.
Des retards qui s’accumulent depuis des années
Les difficultés ne datent pas d’hier. Depuis plusieurs années, les associations locales et les élus mahorais alertent sur les lenteurs administratives qui freinent le déblocage des aides. En 2024 déjà, la chambre régionale des comptes avait pointé du doigt les retards dans la gestion des fonds européens, sans que des solutions concrètes ne soient mises en place. « On assiste à une gestion laborieuse, voire chaotique, des dispositifs européens à Mayotte », a déclaré un élu local sous couvert d’anonymat à Le Monde – Politique.
Parmi les exemples cités, le rapport évoque des projets d’infrastructures sanitaires ou éducatives bloqués pendant des mois, faute de dossiers complets ou de validation par les services de l’État. Ces retards ont des conséquences directes sur la population, déjà confrontée à des services publics sous tension et à un taux de pauvreté supérieur à 80 %.
L’État mis en cause pour son manque d’adaptation
Le rapport ne se contente pas de pointer les faiblesses du GIP. Il met également en lumière les carences de l’État dans l’accompagnement de Mayotte, département confronté à des défis uniques en matière de développement. Les procédures administratives, conçues pour l’Hexagone, s’avèrent inadaptées aux réalités mahoraises, où les besoins en infrastructures et en services publics sont immenses.
« Les dispositifs européens sont souvent conçus pour des territoires où l’administration fonctionne à plein régime. À Mayotte, c’est l’inverse », a expliqué un haut fonctionnaire du ministère des Outre-mer. Le rapport recommande une refonte des modalités de gestion, avec un accompagnement renforcé des porteurs de projets et une simplification des procédures. Pour l’instant, ces mesures restent à l’état de propositions.
Cette situation illustre plus largement les défis auxquels sont confrontés les territoires ultramarins dans l’utilisation des fonds européens. Entre lourdeurs administratives et spécificités locales, la gestion des aides reste un casse-tête persistant pour les pouvoirs publics.