Une affaire de démission forcée, évoquant des enjeux de genre, secoue la vie politique locale à Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine). Selon Franceinfo - Politique, Béatrice Homo, commerçante et élue d'opposition divers droite, affirme avoir été contrainte de démissionner de la liste municipale après les élections de mars 2026. Elle dénonce une manœuvre visant à lui retirer sa place au profit d'un homme, une version que conteste catégoriquement Benoît Aguelon, tête de liste et désormais son ancien allié politique.
Ce qu'il faut retenir
- Béatrice Homo, quatrième sur la liste d'opposition divers droite menée par Benoît Aguelon, affirme avoir été poussée à démissionner après les municipales de 2026 pour laisser sa place à un colistier masculin.
- Elle évoque des propos tenus par Benoît Aguelon et son « directeur de la communication » : « Tu n’as pas les épaules assez solides », selon ses déclarations.
- Béatrice Homo a saisi le tribunal administratif de Cergy pour tenter d’annuler sa démission, estimant avoir été trompée.
- Benoît Aguelon rejette ces accusations, affirmant qu’elle a simplement changé d’avis après les résultats des élections.
- Le maire de Neuilly-sur-Seine a saisi le procureur de la République de Nanterre pour faire la lumière sur cette affaire.
Une démission présentée comme une évidence
Dans les jours qui ont suivi les élections municipales de mars 2026 à Neuilly-sur-Seine, Béatrice Homo, commerçante et membre de la liste divers droite menée par Benoît Aguelon, raconte avoir reçu la visite de ce dernier dans son magasin. Accompagné d’un homme présenté comme son « directeur de la communication », il lui aurait directement demandé de céder sa place au cinquième de la liste, Hugo Braillon. « Ils m’ont dit : 'Béa, ce qu’on voudrait, c’est que tu laisses la place à Hugo Braillon' », déclare Béatrice Homo à Franceinfo.
Le ton employé aurait ensuite franchi une ligne, selon elle. « Il me dit : 'tu sais, nous on est des hommes, des guerriers, tu ne feras pas le poids, tu n’as pas les épaules assez solides' », rapporte l’élue. « Je n’ai pas réfléchi sur le moment, j’ai pris ça comme une attaque personnelle. Ce n’est qu’après que j’ai réalisé que cela signifiait aussi qu’il n’y aurait plus de femmes dans la délégation d’opposition. »
Des pressions répétées et une démission rapide
Béatrice Homo affirme avoir été mise sous pression pour agir vite. « On m’a aussi dit qu’il fallait que ça se fasse rapidement parce que pour le prochain conseil municipal, c’était très important qu’ils soient tous les trois », précise-t-elle. Dès le lendemain de cette conversation, elle signe sa lettre de démission. « Ils m’ont présenté cela comme une évidence, comme si je n’avais pas le choix », explique-t-elle. Dans son récit, elle évoque aussi la promesse implicite qu’une autre colistière, une femme, démissionnerait également de son côté — ce qui ne s’est finalement pas produit.
Pour Béatrice Homo, ces événements ne sont pas anodins. « En fait, ils sont trois mecs, il n’y a plus de femmes ! » s’insurge-t-elle. Son désarroi reflète une frustration plus large : celle de voir son engagement politique réduit à néant par ce qu’elle perçoit comme une volonté délibérée d’exclure les femmes de l’opposition municipale.
Benoît Aguelon conteste fermement les accusations
De son côté, Benoît Aguelon, qui fut tête de liste divers droite aux dernières municipales, rejette catégoriquement la version de Béatrice Homo. « Ce n’est pas sa qualité de femme qui a amené sa démission », a-t-il affirmé à Franceinfo. Selon lui, la commerçante aurait simplement changé d’avis après les résultats des élections. « Elle était un peu déçue du résultat, elle était plus intéressée par un mandat dans la majorité et peut-être [qu’elle a] des difficultés à se positionner dans un mandat d’opposition », a-t-il expliqué.
Il ajoute que Béatrice Homo n’a jamais exprimé de désaccord pendant la campagne ou après les élections, jusqu’à ce qu’elle décide de démissionner. « Je ne vois pas en quoi sa place aurait été menacée par sa condition de femme », insiste-t-il. Pour lui, cette affaire relève davantage d’un désaccord personnel que d’une volonté structurelle d’exclure les femmes de la vie politique locale.
Une procédure judiciaire engagée pour faire la lumière
Face à ce qu’elle considère comme une injustice, Béatrice Homo a décidé de saisir la justice. Le 28 mai 2026, elle a déposé un recours devant le tribunal administratif de Cergy afin d’obtenir l’annulation de sa démission. Elle estime avoir été trompée et mise sous pression pour agir contre son gré. « Je ne voulais pas démissionner, mais j’ai été manipulée », déclare-t-elle.
Cette affaire a également pris une dimension institutionnelle. Le maire de Neuilly-sur-Seine, en poste depuis 2020, a choisi de saisir le procureur de la République de Nanterre. « Nous prenons cette situation très au sérieux », a indiqué un proche du maire, souhaitant rester anonyme. L’objectif est de clarifier les circonstances de cette démission et de déterminer s’il y a eu pression abusive ou manipulation.
Un contexte local déjà marqué par des tensions politiques
Neuilly-sur-Seine, ville emblématique des Hauts-de-Seine dirigée par un maire LR depuis plusieurs décennies, est un territoire où les équilibres politiques sont traditionnellement fragiles. Aux dernières élections municipales, la liste menée par Benoît Aguelon, divers droite, avait terminé en troisième position derrière la majorité sortante et la liste de gauche. Avec seulement trois sièges obtenus, chaque place comptait, ce qui pourrait expliquer, selon certains observateurs, une logique de « tout le monde doit compter » dans l’attribution des rôles au sein de la délégation d’opposition.
Cette affaire survient également dans un contexte national où la parité en politique reste un sujet de débat récurrent. Malgré les lois incitant à une meilleure représentation des femmes, des situations comme celle de Béatrice Homo rappellent que les obstacles persistent, notamment dans les instances locales où les rapports de force traditionnels pèsent encore lourdement.
Quoi qu’il en soit, cette situation illustre les tensions persistantes autour de la parité en politique, y compris dans des villes réputées progressistes comme Neuilly-sur-Seine. Reste à savoir si cette affaire aboutira à une prise de conscience collective ou si elle ne restera qu’un épisode isolé dans le paysage politique français.
Béatrice Homo a saisi le tribunal administratif de Cergy pour tenter d’annuler sa démission. Une audience devrait se tenir dans les prochaines semaines, tandis que le procureur de la République de Nanterre examine également le dossier après la saisine du maire de Neuilly-sur-Seine.