Le mémorial du camp de Rivesaltes, situé dans les Pyrénées-Orientales, inaugure ce vendredi 29 mai 2026 sa nouvelle exposition permanente. Depuis plusieurs mois, le site mémoriel fait l’objet d’attaques répétées de la part de l’extrême droite, particulièrement ciblées sur la question des harkis et de la mémoire de l’Algérie française. Selon Libération, cette offensive s’inscrit dans une stratégie délibérée portée notamment par Louis Aliot, maire de Perpignan et figure du Rassemblement National (RN), visant à imposer une version alternative de l’histoire.

Ce qu'il faut retenir

  • Le mémorial de Rivesaltes inaugure le 29 mai 2026 une nouvelle exposition permanente après plusieurs mois de travaux.
  • L’extrême droite, notamment via Louis Aliot, cherche à promouvoir une mémoire concurrentielle, centrée sur les harkis et l’Algérie française.
  • Le RN tente de créer des « circuits mémoriels » parallèles, en opposition avec la version historique officielle du camp de Rivesaltes.
  • Le camp de Rivesaltes a servi successivement de camp d’internement pendant la Seconde Guerre mondiale, puis de lieu de transit pour les harkis après 1962.

Le camp de Rivesaltes, l’un des lieux de mémoire les plus symboliques de France, a joué un rôle central dans plusieurs épisodes douloureux de l’histoire nationale. Entre 1941 et 1942, il a servi de camp d’internement pour des réfugiés espagnols, des Juifs étrangers et des Tsiganes. Après la guerre d’Algérie, il est devenu un camp de transit pour les harkis, ces anciens combattants algériens ayant combattu aux côtés de l’armée française. On estime à plus de 90 000 le nombre de harkis passés par Rivesaltes entre 1962 et 1964, avant leur dispersion dans des camps à travers la France.

C’est précisément ce passé que le RN cherche aujourd’hui à réinterpréter. Louis Aliot, qui a fait de la mémoire un axe central de son action politique, multiplie les prises de position pour mettre en avant la cause des harkis et de l’Algérie française. Selon ses détracteurs, cette démarche s’inscrit dans une volonté de brouiller les repères historiques, en minimisant le rôle du camp dans la déportation des Juifs ou en réhabilitant la colonisation. « Le RN instrumentalise une mémoire douloureuse pour servir un récit politique », a souligné un historien spécialiste des mémoires coloniales, cité par Libération.

Le mémorial de Rivesaltes, géré par la région Occitanie, a toujours assumé une approche globale de l’histoire du site, intégrant ses différentes périodes. Sa nouvelle exposition permanente, conçue avec des historiens et des associations de mémoire, vise justement à éviter toute récupération politique. « Nous ne voulons pas d’une mémoire tronquée », a rappelé Jean Vila, président du mémorial, dans un entretien accordé à Libération. Pourtant, la pression politique se fait sentir. Des élus RN locaux ont récemment demandé l’ajout de panneaux dédiés aux harkis, suscitant des craintes de réécriture unilatérale.

Cette offensive contre la mémoire officielle n’est pas isolée. Depuis plusieurs années, le RN développe une stratégie de « concurrence des mémoires », en s’appuyant sur des sujets sensibles comme la colonisation, la guerre d’Algérie ou les harkis. À Perpignan, Louis Aliot a ainsi organisé des colloques et des commémorations parallèles, en marge des cérémonies officielles. « Le RN cherche à créer ses propres circuits mémoriels, en parallèle des institutions républicaines », explique un chercheur en sciences politiques interrogé par Libération. — Autant dire que l’enjeu dépasse le cadre local.

Et maintenant ?

La nouvelle exposition du mémorial de Rivesaltes ouvre officiellement ses portes ce 29 mai 2026, mais les tensions autour de sa gestion pourraient s’intensifier. Une réunion prévue en juin entre la région Occitanie, les associations mémorielles et les élus locaux devra clarifier les modalités de collaboration. Par ailleurs, la publication prochaine d’un rapport parlementaire sur la mémoire de la colonisation, attendu d’ici la fin de l’année, pourrait relancer le débat. Reste à voir si les institutions parviendront à préserver l’intégrité historique du site.

La question reste entière : dans un contexte où les mémoires collectives sont de plus en plus convoitées à des fins politiques, comment garantir la rigueur historique des lieux de mémoire ? Alors que le RN continue de promouvoir sa propre vision, les acteurs institutionnels et associatifs devront-ils adapter leur discours pour éviter une confiscation partisane ? Les prochains mois diront si le mémorial de Rivesaltes restera un espace de débat apaisé ou si le champ des interprétations historiques continuera de se polariser.

Le RN mise sur la mémoire des harkis pour toucher un électorat nostalgique de l’Algérie française et promouvoir une vision révisionniste de la colonisation. Cette stratégie permet aussi de s’opposer aux politiques de reconnaissance des crimes coloniaux, comme celle portée par Emmanuel Macron en 2018.