Selon BFM Bourse, la Bourse de Tokyo connaît un phénomène surprenant depuis le début de l’année 2026. Des entreprises japonaises, loin d’être des géants technologiques, voient leurs actions s’envoler grâce à l’engouement pour l’intelligence artificielle (IA). Cette tendance bouleverse les hiérarchies boursières et révèle des opportunités inattendues.
Ce qu'il faut retenir
- Toto, fabricant de toilettes haut de gamme, affiche une progression de 72,39 % depuis janvier 2026 grâce à ses mandrins électrostatiques utilisés dans la fabrication de semi-conducteurs.
- Ajinomoto, connu pour son assaisonnement umami, voit son segment « Santé et autres » (incluant l’ABF, un matériau pour semi-conducteurs) progresser de 45,1 % en résultat d’exploitation.
- Nittobo, spécialiste de la fibre de verre, enregistre une hausse de 54,73 % de son action en 2026, portée par la demande en matériaux pour l’électronique et l’IA.
- Le marché des mandrins électrostatiques devrait atteindre 213,43 millions de dollars d’ici 2034, contre 147,41 millions en 2025, selon The Insight Partners.
- Kioxia, spécialiste de la mémoire NAND, a vu son action progresser de 445,20 % depuis le début de l’année, dopé par la pénurie de mémoire vive.
L’IA redessine la hiérarchie boursière à Tokyo
Depuis plusieurs mois, l’IA s’impose comme le moteur de l’économie mondiale. Au Japon, ce phénomène se traduit par une ruée vers les actions des entreprises liées, directement ou indirectement, à cette technologie. Selon BFM Bourse, la fièvre boursière a même poussé SoftBank à détrôner Toyota en juin 2026, devenant temporairement la première capitalisation de la Bourse de Tokyo. Le conglomérat, qui a investi des dizaines de milliards de dollars dans OpenAI (créateur de ChatGPT), incarne cette nouvelle donne.
Mais l’originalité de cette tendance réside dans son impact sur des secteurs a priori éloignés de la tech. Des entreprises comme Toto, Ajinomoto ou Nittobo profitent de l’essor de l’IA pour dynamiser leurs cours. « Ces sociétés, bien que traditionnelles, ont su développer des activités parallèles liées à l’électronique et aux semi-conducteurs », explique un analyste cité par BFM Bourse.
Toto mise sur les mandrins électrostatiques pour les semi-conducteurs
Fondé en 1917, Toto est mondialement connu pour son Washlet, un WC équipé d’un bidet automatique. Pourtant, depuis les années 1980, l’entreprise cultive une autre corde à son arc : les céramiques avancées. Cette division, longtemps déficitaire, connaît aujourd’hui un essor spectaculaire grâce à ses mandrins électrostatiques, des composants essentiels à la fabrication des semi-conducteurs.
En 2025, Toto a enregistré une hausse de 34 % de son chiffre d’affaires et de 41,7 % de son bénéfice opérationnel, portée par la demande en mandrins électrostatiques. « Notre activité historique d’équipements pour l’habitat a reculé de 0,6 %, mais cette baisse a été compensée par le dynamisme de nos céramiques avancées », précise Toto dans un communiqué. L’entreprise, qui a déjà écoulé 70 millions de Washlet depuis 1980, ne compte pas abandonner son cœur de métier : « Nous maintenons un équilibre entre les deux segments pour assurer une croissance durable. »
Les projections sont encourageantes : le marché des mandrins électrostatiques devrait atteindre 213,43 millions de dollars en 2034, contre 147,41 millions en 2025. « Nous tablons sur une demande accrue liée à l’essor de l’IA et à la nécessité de remplacer des équipements dans des environnements exigeants », souligne Toto.
Ajinomoto, du glutamate aux matériaux pour l’électronique
Ajinomoto, géant japonais de l’agroalimentaire, doit son nom à son invention de 1909 : l’acide glutamique, à l’origine du goût umami. Pourtant, cette entreprise plus que centenaire joue désormais un rôle clé dans l’industrie des semi-conducteurs grâce à son matériau Ajinomoto Build-up Film (ABF), un isolant indispensable aux ordinateurs et serveurs hautes performances.
Commercialisé depuis 1999, l’ABF est issu de la paraffine chlorée, un sous-produit de la fabrication du glutamate monosodique. « La quasi-totalité des serveurs et ordinateurs haute performance dans le monde utilise notre ABF », affirme Ajinomoto. Cette diversification a porté ses fruits : le segment « Santé et autres » (incluant l’ABF) a vu son chiffre d’affaires progresser de 4 % en 2026, tandis que son résultat d’exploitation a bondi de 45,1 % grâce à la hausse des ventes de matériaux électroniques.
En revanche, le segment des produits surgelés, autre pilier du groupe, affiche des résultats contrastés. Son chiffre d’affaires est resté stable, mais son résultat d’exploitation a chuté de 35 %, notamment à cause d’une baisse des bénéfices en Amérique du Nord. « Nous restons concentrés sur nos deux activités, mais l’ABF est clairement un moteur de croissance pour les années à venir », indique Ajinomoto.
Nittobo et son « Special Glass », un pilier pour les serveurs d’IA
Avec une progression de 54,73 % de son action en 2026, Nittobo (ou Nitto Boseki) s’impose comme l’un des grands bénéficiaires indirects de l’IA. Spécialiste de la fibre de verre, l’entreprise commercialise depuis 1984 le T-glass, un matériau utilisé dans les circuits imprimés et les composants électroniques. « Le T-glass et nos autres matériaux électroniques constituent le pilier de notre croissance pour la prochaine décennie », déclare Nittobo.
Les résultats de l’exercice clos en mars 2026 confirment cette tendance : les ventes de produits à forte valeur ajoutée ont progressé de 20,4 %, tandis que le résultat d’exploitation a bondi de près de 40 %. « La demande en serveurs d’IA reste soutenue, et nos verres spéciaux à faible dilatation thermique ou constante diélectrique contribuent à cette performance », explique l’entreprise dans ses résultats annuels. Pour l’exercice 2026-2027, Nittobo prévoit d’investir massivement pour répondre à la demande, notamment dans les substrats de boîtiers de semi-conducteurs et les équipements réseau.
La question reste entière : ces entreprises parviendront-elles à maintenir leur élan une fois l’engouement initial pour l’IA retombé ? Seul l’avenir nous le dira.
Ces entreprises ont développé des activités parallèles liées à l’électronique et aux semi-conducteurs. Par exemple, Toto fabrique des mandrins électrostatiques utilisés dans la fabrication des puces, tandis qu’Ajinomoto produit un matériau isolant (l’ABF) essentiel aux serveurs. Leur diversification leur permet de bénéficier indirectement du boom de l’IA.
La demande accrue en semi-conducteurs, dopée par l’IA, a créé une pénurie de mémoire vive (« RAMmageddon »), faisant exploser les cours de Kioxia (+445,20 % en 2026). Cette situation a aussi profité aux entreprises fournissant des composants ou matériaux liés à la fabrication des puces, comme Toto, Ajinomoto ou Nittobo.