Selon Le Monde, l’Université européenne des humanités, établie à Vilnius depuis 2005, a été classée en avril 2026 comme « organisation extrémiste » par le régime de Minsk. Cette décision s’inscrit dans une série de mesures coercitives visant les établissements académiques biélorusses en exil, perçus comme des foyers de contestation par Alexandre Loukachenko. Les conséquences de cette classification se font déjà sentir : ces dernières semaines, les agents du KGB ont multiplié les perquisitions au domicile d’étudiants ou de parents d’étudiants installés en Lituanie, souvent sans mandat clair.

Ce qu'il faut retenir

  • L’Université européenne des humanités est établie à Vilnius depuis 2005.
  • Elle a été classée « organisation extrémiste » par Minsk en avril 2026.
  • Les agents du KGB procèdent à des perquisitions en Biélorussie contre des familles d’étudiants ou d’enseignants exilés.
  • Ces actions visent des personnes liées à une institution basée hors de Biélorussie, mais dont les membres conservent des liens familiaux ou sociaux dans le pays.
  • Le régime de Loukachenko renforce ainsi sa pression sur les opposants, y compris ceux installés à l’étranger.

Une institution académique au cœur d’une crise politique

Fondée en 1992 à Minsk, l’Université européenne des humanités (UEH) a dû quitter la Biélorussie après la répression des manifestations de 2020. Elle s’est repliée à Vilnius, où elle continue d’accueillir des étudiants biélorusses, mais aussi des enseignants ayant fui le régime. Selon des sources internes citées par Le Monde, la classification de l’UEH comme « organisation extrémiste » en avril dernier a marqué un tournant dans la stratégie de Minsk. « Mon seul crime a été de vouloir faire mes études en Lituanie », déclare une étudiante anonyme interrogée par le quotidien, dont les propos sont rapportés. Sa famille en Biélorussie a fait l’objet de plusieurs perquisitions ces derniers mois.

Les perquisitions ne se limitent pas aux étudiants. Des proches, parfois sans lien direct avec l’université, sont visés. Un parent d’étudiant, contacté par Le Monde, confirme avoir été interrogé à plusieurs reprises par des agents en civil, qui cherchaient des informations sur les activités de son enfant à l’étranger. « Ils me demandent où il vit, ce qu’il étudie, avec qui il parle », explique-t-il. Ces méthodes s’inscrivent dans une logique de terreur visant à dissuader toute forme de résistance, même symbolique.

Le KGB à l’offensive : une répression étendue aux familles

Les perquisitions menées par le KGB s’accompagnent parfois de confiscations de matériel ou de documents. Selon des témoignages recueillis par Le Monde, plusieurs familles ont vu leurs ordinateurs saisis sous prétexte de « vérification administrative ». Aucune charge n’a pour l’instant été retenue contre ces personnes, mais la pression psychologique est forte. « On vit dans la peur permanente que nos proches soient arrêtés ou molestés », confie un enseignant de l’UEH sous couvert d’anonymat. L’université, elle-même, fait l’objet d’une surveillance accrue, avec des tentatives répétées de piratage de ses serveurs.

Cette stratégie n’est pas nouvelle, mais elle s’intensifie depuis le début de l’année 2026. Les autorités biélorusses justifient ces mesures par la lutte contre « l’ingérence étrangère » et la « déstabilisation ». Pourtant, les cibles sont souvent des citoyens ordinaires, dont le seul lien avec l’opposition réside dans leur appartenance à une communauté étudiante ou intellectuelle. Le régime de Loukachenko semble déterminé à étouffer toute velléité de contestation, même à distance.

Et maintenant ?

L’Université européenne des humanités continue ses activités depuis Vilnius, mais son avenir dépendra de la capacité de ses membres à résister à la pression. Des organisations de défense des droits humains, comme Human Rights Watch, ont déjà condamné ces agissements. Une réunion d’urgence du Conseil de l’Europe est prévue pour la fin du mois d’août afin d’évaluer la situation des étudiants et enseignants biélorusses en exil. Par ailleurs, la Lituanie, qui accueille plusieurs milliers de réfugiés politiques biélorusses, pourrait renforcer ses mesures de protection à leur égard. Reste à voir si Minsk assouplira sa politique ou, au contraire, intensifiera ses représailles dans les semaines à venir.

Réactions et perspectives

Interrogé par Le Monde, le ministère lituanien des Affaires étrangères a rappelé que son pays « condamne fermement toute forme de harcèlement ou d’intimidation visant des ressortissants étrangers sur son territoire ». De son côté, l’UEH a annoncé qu’elle porterait plainte auprès des instances internationales pour « violation des droits fondamentaux ». Cependant, les procédures judiciaires promises par Minsk pour examiner les recours des familles visées restent lettre morte.

Dans ce contexte, la solidarité entre les exilés devient un enjeu majeur. Plusieurs associations locales organisent désormais des sessions de soutien psychologique pour les familles affectées, tandis que des collectifs étudiants appellent à des manifestations symboliques devant les ambassades biélorusses en Europe. Autant dire que la tension ne risque pas de retomber de sitôt.

L’Université européenne des humanités est perçue comme un bastion de la pensée critique et de l’opposition au régime. Depuis son exil, elle forme des étudiants biélorusses qui pourraient, une fois rentrés au pays, contribuer à un changement politique. Le régime de Loukachenko considère donc cette institution comme une menace, même basée à l’étranger.