L’Assemblée nationale a définitivement abrogé, le 28 mai 2026, le Code noir de 1685, texte fondateur de l’esclavage transatlantique dans les colonies françaises. Une décision saluée par plusieurs spécialistes, mais qui soulève des critiques quant à son caractère incomplet. Selon Le Monde – Politique, trois historiens spécialistes de l’histoire de La Réunion ont en effet publié une tribune pour rappeler que deux autres Codes noirs, appliqués dans l’océan Indien, n’ont pas été concernés par cette abrogation.

Ce qu'il faut retenir

  • Abrogation du Code noir de 1685 par l’Assemblée nationale le 28 mai 2026, concernant exclusivement l’esclavage transatlantique.
  • Trois historiens de La Réunion dénoncent dans une tribune au Monde l’absence de mention des deux autres Codes noirs, notamment celui appliqué dans l’océan Indien.
  • Le Code noir de 1723, spécifique à l’île Bourbon (La Réunion actuelle), reste en vigueur malgré les débats sur sa symbolique.
  • Les signataires de la tribune estiment que cette abrogation partielle « signifie que l’esclavage dans l’océan Indien n’appartient pas au même récit national ».
  • La question de la mémoire coloniale et de la réparation historique reste au cœur des débats politiques et historiographiques.

Une abrogation symbolique, mais incomplète

L’abrogation du Code noir de 1685 intervient dans un contexte de réévaluation du passé colonial français. Ce texte, promulgué sous Louis XIV, encadrait juridiquement la traite et l’esclavage dans les Antilles, en Guyane et à Saint-Domingue. Son abrogation est perçue comme une avancée symbolique, mais elle laisse de côté d’autres textes similaires, notamment celui de 1723, qui s’appliquait spécifiquement à l’île Bourbon (future La Réunion). D’après Le Monde – Politique, les trois historiens signataires de la tribune rappellent que ces Codes « structuraient un système esclavagiste distinct selon les territoires », et que leur maintien interroge sur la cohérence de la mémoire nationale.

Parmi les signataires figurent Prosper Eve, professeur d’histoire contemporaine à l’université de La Réunion, Yvan Combeau, historien spécialiste des outre-mer, et Emmanuel Richon, conservateur du patrimoine. Dans leur texte, ils soulignent que « ces Codes ne sont pas de simples documents juridiques : ils incarnent une politique d’asservissement systématique, adaptée aux réalités locales ». Leur abrogation partielle laisse donc planer un doute sur la volonté politique de traiter uniformément l’héritage colonial.

L’océan Indien, un angle mort de la mémoire coloniale

Le Code noir de 1723, appliqué à La Réunion, était pourtant tout aussi répressif que son homologue transatlantique. Il réglementait les châtiments, les conditions de vie des esclaves et les modalités de leur affranchissement. Pourtant, il n’a jamais fait l’objet d’une abrogation officielle, malgré les demandes répétées d’associations et d’historiens. Pour les signataires de la tribune, cette omission « renvoie à une hiérarchisation implicite des mémoires », où l’esclavage dans les Antilles serait davantage reconnu que celui de l’océan Indien.

Cette question rejoint des travaux récents sur l’histoire coloniale française, comme ceux de l’historien Olivier Le Cour Grandmaison, qui a montré comment la France a construit une « mémoire différenciée » de ses crimes coloniaux. Le maintien en vigueur d’un Code noir dans l’océan Indien pose ainsi la question de la réconciliation avec un passé encore douloureux pour les populations ultramarines.

Quelles suites pour les Codes coloniaux de l’océan Indien ?

Si l’abrogation du Code noir de 1685 a été votée à l’unanimité, celle du Code de 1723 n’est pas à l’ordre du jour. Pourtant, des associations comme le Collectif des descendants d’esclaves de La Réunion (CDER) réclament depuis des années son abrogation, ainsi que des réparations symboliques et matérielles. Selon Le Monde – Politique, le gouvernement n’a pour l’instant pas réagi à cette omission, malgré les demandes pressantes de certains élus ultramarins.

Une proposition de loi pourrait être déposée à l’Assemblée nationale d’ici la fin de l’année, portée par des députés de La Réunion ou de Mayotte. Son objectif : étendre l’abrogation à l’ensemble des Codes noirs, afin de « réparer une injustice historique », comme l’a déclaré un élu local sous couvert d’anonymat. Pour autant, rien n’indique que cette initiative aboutira rapidement, tant le sujet reste sensible dans le débat public.

Et maintenant ?

La question de l’abrogation des Codes noirs de l’océan Indien devrait rester au cœur des discussions parlementaires dans les mois à venir. Une mission d’information sur la mémoire coloniale, annoncée par le ministère des Outre-mer, pourrait notamment aborder ce dossier. Les associations, elles, appellent à une mobilisation accrue pour que ce sujet ne soit pas relégué au second plan. La date butoir de décembre 2026, marquant les 200 ans de l’abolition de l’esclavage à La Réunion, pourrait servir de catalyseur à des annonces politiques.

Pour les historiens, cette affaire illustre une fois de plus les tensions persistantes entre mémoire officielle et mémoire des territoires ultramarins. Tant que les Codes coloniaux de l’océan Indien ne seront pas abrogés, la question de l’unité du récit national restera en suspens.

Le Code noir de 1723 était un texte juridique appliqué à l’île Bourbon (La Réunion actuelle), réglementant l’esclavage et la traite dans l’océan Indien. Il prévoyait des châtiments sévères pour les esclaves et encadrait leur condition. Contrairement à celui de 1685, il n’a jamais été abrogé, faute de volonté politique ou de pression suffisante. Son maintien symbolise une mémoire coloniale inégale entre les territoires.