En Grèce, l’accès aux traitements innovants reste un parcours semé d’embûches pour des milliers de patients. Selon Euronews FR, les données les plus récentes révèlent un écart croissant entre les avancées médicales européennes et la réalité des malades grecs. Entre délais d’attente dépassant parfois deux ans et un nombre limité de médicaments disponibles, la situation s’aggrave malgré les promesses d’innovation dans la prise en charge des cancers, des maladies rares et des pathologies chroniques.

Ce qu'il faut retenir

  • Seuls 36 médicaments sur 168 approuvés par l’Agence européenne du médicament (EMA) entre 2021 et 2024 sont pleinement accessibles aux patients grecs via le système de remboursement.
  • Le délai moyen pour obtenir un nouveau traitement en Grèce atteint 641 jours, soit près de 21 mois, contre 158 jours en Allemagne.
  • La Grèce affiche un taux de disponibilité des médicaments innovants de 41 %, bien en dessous de la moyenne européenne (45 %) et loin derrière l’Allemagne (93 %).
  • Près des deux tiers des médicaments innovants (62 %) ne devraient jamais être commercialisés en Grèce d’ici 2025, contre 49 % entre 2021 et 2024.
  • Les « médicaments orphelins » (pour maladies rares) et les thérapies combinées ne sont disponibles qu’à 30 % en Grèce, contre 57 % précédemment.

Un système à deux vitesses pour les patients grecs

L’innovation médicale en Europe est en pleine expansion, portée par des traitements révolutionnaires contre le cancer ou les maladies rares. Pourtant, en Grèce, cette dynamique peine à se traduire en accès concret pour les malades. D’après l’étude Patients W.A.I.T. Indicator 2025, menée par l’EFPIA et IQVIA et relayée par Euronews FR, seuls 69 médicaments sur 168 approuvés par l’EMA entre 2021 et 2024 sont arrivés sur le marché grec. Parmi eux, 36 sont pleinement remboursés, tandis que les autres nécessitent des procédures restrictives comme l’IFET ou des autorisations électroniques préalables.

Pour illustrer cette disparité, le SFEE (Syndicat des entreprises pharmaceutiques de Grèce) compare la situation à cinq médicaments innovants approuvés en Europe : un patient grec n’aura accès sans restriction qu’à un seul d’entre eux, un accès limité à un second, et aucun à trois autres. Une réalité qui frappe particulièrement les patients atteints de maladies chroniques graves, comme certains cancers ou maladies du sang, pour lesquels l’absence de traitement adapté peut être critique.

« Un médecin doit disposer d’un éventail large d’options thérapeutiques, car chaque médicament agit différemment selon les patients. Il n’existe pas de traitement unique qui convienne à tous », a déclaré à Euronews FR Olympios Papadimitriou, président du SFEE. « Aujourd’hui, des malades risquent de ne pas avoir accès au traitement le plus adapté à leur situation. »

Des délais et un taux de disponibilité alarmants

La Grèce cumule deux handicaps majeurs : des délais d’accès parmi les plus longs d’Europe et un taux de disponibilité des médicaments innovants inférieur à la moyenne continentale. Entre l’autorisation européenne d’un médicament et son remboursement en Grèce, il s’écoule en moyenne 641 jours, contre 597 jours pour l’ensemble de l’UE. Ce retard place le pays derrière l’Italie (441 jours) et l’Autriche (363 jours), mais surtout très loin de l’Allemagne, où le délai est de seulement 158 jours.

Le taux de disponibilité des nouveaux médicaments en Grèce s’établit à 41 %, contre 45 % en moyenne en Europe. Des chiffres qui placent le pays en queue de peloton, derrière l’Allemagne (93 %), l’Autriche (85 %) ou l’Italie (79 %). Pire encore, cette situation se dégrade : la probabilité qu’un médicament innovant ne soit jamais commercialisé en Grèce est passée de 49 % (période 2021-2024) à 62 % (2022-2025), selon les projections du SFEE.

Des laboratoires de plus en plus réticents

Cette réticence croissante des laboratoires à introduire de nouveaux médicaments en Grèce s’explique en grande partie par le contexte économique du marché grec. Les entreprises pharmaceutiques pointent du doigt les remises obligatoires élevées (clawback et rabais), héritées des mesures drastiques prises pendant la crise de la dette pour réduire les dépenses publiques. Ces contraintes, destinées à lutter contre la fraude et la corruption, rendent aujourd’hui le marché grec peu attractif pour l’introduction de nouveaux traitements.

« Nous sommes victimes des mémorandums », a souligné Michalis Cheimonas, directeur général du SFEE, dans un entretien accordé à Euronews FR. « À l’époque, nous avons réduit les dépenses publiques, mais aujourd’hui, nous payons le prix de ces décisions. » Le syndicat réclame un cadre transparent et prévisible pour les trois prochaines années, incluant une redéfinition de la dépense publique en médicaments et une meilleure efficacité via des outils numériques et des contrôles renforcés. L’objectif : permettre aux laboratoires de planifier leurs investissements et aux patients d’accéder aux traitements dont ils ont besoin.

Des traitements spécialisés particulièrement touchés

Les difficultés sont encore plus marquées pour certaines catégories de médicaments, notamment les « médicaments orphelins » (destinés aux maladies rares) et les thérapies combinées. Leur taux de disponibilité en Grèce s’est effondré à 30 %, contre 57 % lors de la précédente étude. Une chute qui illustre la fragilité du système pour les pathologies les plus complexes et les moins rentables pour les laboratoires.p>

Autre source d’inquiétude : le changement imminent de l’échantillon de pays de référence pour la fixation des prix des médicaments. Jusqu’à présent, la Grèce s’appuyait sur des références comme l’Allemagne, l’Autriche ou l’Italie. Mais à partir de 2026, elle utilisera des pays comme la Pologne, la Slovénie ou la Tchéquie, ce qui pourrait ajouter 79 jours supplémentaires de retard dans l’accès aux nouveaux traitements. Pour les patients, cela signifie que l’attente pourrait dépasser deux ans entre l’autorisation européenne et la disponibilité effective en Grèce.

Et maintenant ?

Pour inverser cette tendance, le SFEE mise sur une révision des politiques de remboursement et une stabilité réglementaire sur trois ans. Les prochaines échéances budgétaires et les discussions au Parlement grec sur la réforme du système pharmaceutique seront déterminantes. Si aucune mesure forte n’est prise, la Grèce pourrait voir son retard se creuser davantage, avec des conséquences directes sur la santé des patients et l’attractivité du pays pour les investisseurs pharmaceutiques. Reste à voir si les promesses de changement se concrétiseront avant 2026.

Ce déséquilibre entre l’innovation médicale européenne et l’accès réel des patients grecs soulève une question plus large : comment garantir une égalité d’accès aux traitements innovants dans toute l’Union ? Les inégalités entre États membres risquent en effet de s’aggraver, mettant en lumière les limites d’un système où l’approbation par l’EMA ne suffit pas à garantir la disponibilité sur le terrain.

Les entreprises pointent principalement le niveau élevé des remises obligatoires (clawback et rabais), imposées pendant la crise de la dette pour limiter les dépenses publiques. Ces mesures, bien que destinées à lutter contre la fraude, rendent le marché grec peu rentable et donc peu attractif pour l’introduction de nouveaux traitements.

Les « médicaments orphelins » (pour maladies rares) et les thérapies combinées sont particulièrement affectés. Leur taux de disponibilité en Grèce est tombé à 30 %, contre 57 % précédemment, ce qui limite fortement les options thérapeutiques pour les patients atteints de pathologies complexes.