Selon BFM Bourse, la saison des résultats semestriels 2026 s’est achevée sur une note positive pour les groupes aéronautiques du CAC 40, malgré un contexte initial marqué par des incertitudes. Safran, Dassault Aviation et Thales ont vu leurs actions progresser significativement après la publication de leurs comptes, tandis qu’Airbus, bien que confronté à un léger repli, a su rassurer les investisseurs lors d’un « business update » dédié.
Ce qu'il faut retenir
- Safran a relevé ses objectifs 2026 et enregistré une croissance de 40,4 % dans les services pour moteurs civils, propulsant son action de 2,94 %.
- Dassault Aviation a dépassé les attentes avec 23 commandes de jets d’affaires Falcon au premier semestre 2026, soit près de trois fois plus qu’en 2025.
- Thales a renoué avec la croissance dans ses activités de cybersécurité et voit ses perspectives dans la défense et l’espace s’éclaircir.
- Airbus a confirmé ses objectifs à l’horizon 2029, malgré un repli de -2,81 % de son action après ses résultats trimestriels, en raison d’un récent bond de 7 % lors de son « business update ».
- Les équipementiers automobiles Valeo (+5,6 %) et OPMobility (+1,6 %) ont également brillé, tandis que la construction a été le secteur le plus dynamique avec des hausses pour Bouygues (+7,1 %), Saint-Gobain (+6,89 %) et Vinci (+4,69 %).
Un secteur aéronautique sous pression avant les résultats
Avant même l’annonce des résultats semestriels, les groupes aéronautiques et de défense devaient faire face à un environnement complexe. Dassault Aviation et Thales subissaient les conséquences des interrogations sur les budgets européens de défense, ainsi que des retards sur des programmes clés comme le Système de combat aérien du futur (Scaf) ou le char du futur MGCS. Les craintes liées à l’obsolescence de certains équipements face à l’évolution des drones pesaient également sur leur valorisation.
Pour Thales, la cybersécurité constituait un point faible récurrent, avec des performances en demi-teinte sur ce segment ces derniers trimestres. « Même si cela constitue clairement un point négatif pour tous les partenaires concernés, il a été largement rapporté qu’un accord entre la France et l’Allemagne sur le Scaf semblait peu probable depuis un certain temps déjà », analysait Jefferies en juin 2026.
Safran, quant à lui, a traversé une période de forte volatilité entre mars et juin, en raison des tensions au Moyen-Orient. Le conflit a perturbé les vols des compagnies du Golfe et jeté un doute sur la croissance du trafic aérien. Or, Safran dépend largement de l’activité des services de maintenance et de pièces détachées pour les moteurs civils, un segment qui représente une part majeure de sa rentabilité.
Airbus en difficulté opérationnelle au premier trimestre, puis regain de confiance
Airbus a connu un début d’année difficile, avec des retards importants sur ses livraisons au premier trimestre 2026. Ces contre-performances avaient suscité des interrogations sur la capacité du groupe à améliorer sa rentabilité avec l’augmentation des volumes. Les résultats annuels publiés en février avaient également laissé planer des doutes sur le levier opérationnel d’Airbus, c’est-à-dire sa capacité à transformer une hausse des revenus en profits accrus.
Pourtant, la situation s’est redressée les mois suivants. Le 17 juillet, Airbus a organisé une mini-journée investisseurs – un « business update » – lors de laquelle il a dévoilé des objectifs ambitieux pour 2029 : un résultat opérationnel ajusté entre 12 et 13 milliards d’euros, dont 10 milliards pour sa division aéronautique civile. Le groupe a également annoncé un programme de rachats d’actions de 5 milliards d’euros. Ces annonces ont provoqué une hausse de 7 % du titre en une séance.
Les résultats trimestriels, publiés une semaine plus tard, ont confirmé cette dynamique. Airbus a dépassé les attentes sur la plupart des indicateurs et confirmé ses objectifs. « Le deuxième trimestre est robuste, mais le débat porte désormais sur 2029 », a résumé Barclays, qui a relevé son objectif de cours à 260 euros, contre environ 200 euros à l’époque. Pourtant, l’action a reculé de -2,81 % après cette publication, sous l’effet de prises de bénéfices.
« Notre thèse d’investissement initiale reposait sur le fait qu’Airbus était sous-évalué, car les investisseurs se concentraient sur les défis opérationnels à court terme plutôt que sur la capacité bénéficiaire à long terme du groupe. Cet argument reste valable, mais nous disposons désormais d’une visibilité nettement meilleure sur les perspectives d’avenir. »
Barclays, juillet 2026
Dassault et Thales en tête des surprises positives
Dassault Aviation a surpris les analystes en publiant des résultats semestriels supérieurs aux attentes. Le groupe a bénéficié d’une hausse des livraisons de Rafale et d’un meilleur financement de la part de ses clients à l’export. Surtout, l’avionneur a enregistré 23 commandes de jets d’affaires Falcon au premier semestre 2026, un niveau trois fois supérieur à celui de 2025. « La remontée des commandes de Falcon, qui s’élèvent à 23 unités, représente le troisième meilleur résultat du premier semestre de ces dix dernières années, ce qui pourrait marquer un tournant dans la demande », a souligné Deutsche Bank.
Thales a, lui aussi, rassuré les marchés. Le groupe a publié des résultats semestriels conformes aux attentes, avec une rentabilité en hausse dans ses activités de défense et d’aérospatial (spatial et avionique). La cybersécurité, qui avait pesé sur les performances passées, est revenue à meilleure fortune, renouant avec la croissance au deuxième trimestre. Deutsche Bank a réagi en relevant sa recommandation à l’achat sur le titre, estimant que les perspectives de Thales dans la défense et l’espace s’étaient éclaircies.
« Les perspectives de Thales dans la défense se sont éclaircies, que son activité spatiale bénéficiera de l’augmentation des budgets alloués à l’espace en Europe, et que la division ‘Cyber and Digital’ semble avoir possiblement atteint un creux. »
Deutsche Bank, juillet 2026
Safran dépasse les attentes avec un relèvement massif de ses objectifs
Safran a été le grand gagnant de cette saison des résultats. Après des mois de volatilité liés aux tensions géopolitiques, le groupe a publié des comptes solides, avec une croissance de 40,4 % dans les services pour moteurs civils et de 27,9 % dans les pièces de rechange au premier semestre. Les investisseurs, qui attendaient une révision à la hausse des objectifs, n’ont pas été déçus : Safran a relevé ses cibles pour 2026 en matière de chiffre d’affaires, de cash et de résultat opérationnel.
« La solidité et la qualité de ce relèvement d’objectifs sont impressionnantes », a jugé Oddo BHF, tandis que Royal Bank of Canada a salué une révision « significative ». L’action a progressé de 2,9 % à l’annonce des résultats, une performance d’autant plus notable que GE Aerospace, partenaire à 50 % de CFM International (coentreprise clé de Safran), avait déjà publié des comptes encourageants.
Les objectifs 2028 de Safran, déjà revus à la hausse en 2024, pourraient encore être dépassés. Le groupe vise désormais un résultat opérationnel courant ajusté compris entre 7 et 7,5 milliards d’euros, contre une fourchette initiale de 6 à 6,5 milliards. Bank of America va plus loin et anticipe un dépassement des 8 milliards d’euros.
La saison des résultats 2026 aura donc permis aux groupes aéronautiques du CAC 40 de démontrer leur résilience, malgré un environnement initial difficile. La prochaine échéance à surveiller ? Les publications annuelles de 2026, qui pourraient confirmer ou infirmer ces tendances.
Le repli du titre d’Airbus après ses résultats s’explique par des prises de bénéfices après une forte hausse de 7 % lors de son « business update » une semaine plus tôt. Les investisseurs avaient déjà intégré les bonnes nouvelles et ont préféré sécuriser leurs gains.