Le Syndicat des compagnies aériennes autonomes (Scara) a dénoncé, ce lundi 8 août 2026, l’accord conclu entre Aéroports de Paris (ADP) et l’État pour la période 2027-2034. Selon BFM Business, cet accord prévoit une hausse significative des redevances passagers, que les compagnies membres du syndicat jugent déséquilibrée et défavorable à leurs activités.
Ce qu'il faut retenir
- Une hausse moyenne annuelle de 2,1 % des redevances passagers hors inflation, mais avec des écarts majeurs selon les types de dessertes.
- Les redevances augmenteront de 34 % sur les lignes domestiques et de 21 % sur les liaisons européennes et ultramarines, contre seulement 16 % pour les dessertes internationales.
- Les compagnies du Scara dénoncent un financement qui ne leur profite pas, 40 % des investissements étant concentrés sur le hub de Roissy-CDG, alors que les passagers en correspondance ne représentent que 29,5 % du trafic total des plateformes ADP.
- Le syndicat demande à l’État de « réexaminer sa proposition » pour limiter les hausses tarifaires à l’inflation sur les dessertes point-à-point.
- Une taxe de solidarité sur les billets d’avion (TSBA) de 4,77 € en classe économique et 3,70 € en classe affaires, ainsi qu’une « contribution spéciale CDG Express », viendront s’ajouter aux coûts pour les passagers.
Un accord contesté par les compagnies indépendantes
Le projet de Contrat de régulation économique (CRE) signé entre ADP et l’État prévoit une hausse des tarifs d’usage des infrastructures aéroportuaires pour les compagnies aériennes. Selon les termes de cet accord, les redevances passagers devraient progresser en moyenne de 2,1 % par an hors inflation sur la période 2027-2034. Pourtant, le Scara souligne des disparités importantes dans cette augmentation, qui touchera différemment les dessertes selon leur destination. « Les redevances passagers progresseront de 34 % sur les lignes domestiques et de 21 % sur les liaisons européennes et ultramarines, contre 16 % seulement sur les dessertes internationales », précise le syndicat dans un communiqué.
Les compagnies adhérentes au Scara, parmi lesquelles figurent Air Caraïbes, Air Antilles, Air Austral et Air Saint-Pierre, estiment que cette hausse ne reflète pas leurs intérêts. Elles dénoncent un système qui, selon elles, « fait porter le financement d’une stratégie qui ne les concerne pas ». Leur cible ? La volonté d’ADP de faire de Roissy-CDG un hub de correspondances capable de rivaliser avec les grandes plateformes internationales, une ambition qui profiterait surtout à Air France, principale opératrice de lignes internationales depuis cet aéroport.
Des investissements jugés déséquilibrés
Au cœur des tensions se trouve aussi la répartition des investissements prévus dans le cadre de cet accord. ADP a annoncé une enveloppe globale de 8,2 milliards d’euros pour moderniser ses infrastructures, dont près de 40 % seront alloués au hub de correspondance de Roissy-CDG. Viennent ensuite 20 % pour les liaisons point-à-point, et les 40 % restants pour des investissements communs à l’ensemble des infrastructures. Un déséquilibre, selon le Scara, qui rappelle que « les passagers en correspondance ne représentent que 29,5 % du trafic total des plateformes ADP ». « On ne peut pas faire payer aux compagnies qui opèrent principalement des liaisons point-à-point le financement d’un hub dont elles ne bénéficieront pas directement », argue le syndicat.
Le Scara met également en garde contre le risque d’une « perte d’attractivité » des aéroports franciliens. Déjà fragilisée par la hausse de la taxe de solidarité sur les billets d’avion (TSBA), qui s’élève à 4,77 € en classe économique et 3,70 € en classe affaires pour les dessertes françaises et européennes, la compétitivité des plateformes françaises pourrait encore se dégrader. À cette taxe s’ajoutera prochainement une « contribution spéciale CDG Express », liée à la mise en service en 2027 du nouveau métro rapide reliant Roissy à Paris. « L’accumulation de ces coûts risque de rendre nos tarifs moins compétitifs face à d’autres hubs européens », craint un porte-parole du Scara.
Les compagnies réclament un réexamen de l’accord
Face à cette situation, le Scara a réitéré sa demande auprès de l’État pour que soit étudié « un scénario d’investissements alternatifs ». Le syndicat plaide pour une limitation des hausses tarifaires à l’inflation sur les dessertes point-à-point européennes, domestiques et ultramarines. « Il est essentiel que l’État réexamine sa proposition pour éviter que les compagnies indépendantes ne subissent des coûts disproportionnés au regard des bénéfices qu’elles retirent des infrastructures aéroportuaires », a déclaré un représentant du Scara à BFM Business.
Pour les compagnies concernées, l’enjeu est double : préserver leur rentabilité et maintenir leur attractivité auprès des voyageurs. Avec des hausses de redevances dépassant largement l’inflation sur certains segments, la rentabilité de leurs vols pourrait être menacée, surtout sur des liaisons déjà soumises à une forte concurrence. « Si rien n’est fait, nous pourrions être contraints de réduire notre offre ou d’augmenter nos tarifs, ce qui nuirait in fine aux passagers et à l’économie locale », met en garde le syndicat.
Quoi qu’il en soit, ce conflit illustre les tensions croissantes autour de la gestion des infrastructures aéroportuaires en France, entre impératifs de modernisation, équité entre opérateurs et préservation de la compétitivité des plateformes.
Le Syndicat des compagnies aériennes autonomes (Scara) regroupe notamment Air Caraïbes, Air Antilles, Air Austral et Air Saint-Pierre, ainsi que d’autres transporteurs opérant principalement sur des lignes court et moyen-courrier, domestiques et ultramarines.
Le syndicat estime que 40 % des 8,2 milliards d’euros prévus par ADP pour moderniser ses infrastructures seront consacrés au hub de Roissy-CDG, alors que les passagers en correspondance ne représentent que 29,5 % du trafic total des plateformes. Selon le Scara, cette répartition déséquilibrée fait peser une charge excessive sur les compagnies opérant des liaisons point-à-point.